Keven Daigle

Entrevue : Souldia en route vers la délivrance

Dans son nouvel album, le rappeur trace une ligne entre son passé et son futur.

Kevin St-Laurent n’avait que 15 ans lorsqu’il s’est mis à esquisser ses premières rhymes sous son alter ego Souldia. Inspiré par le franc-parler et la dure réalité urbaine du hardcore rap de la côte est américaine, le emcee s’est mis à dépeindre avec une déstabilisante authenticité son propre vécu forgé entre les centres jeunesse et les rues de Limoilou, son quartier d’origine. Grâce à un style très direct mené de force par son flow graveleux dépourvu de filtre et à d’efficaces morceaux de gangsta rap à saveur purement québécoise, il s’est rapidement fait remarquer dans l’underground local au sein des collectifs 187 et Northsiderz. Un phénomène prenait forme à un rythme étourdissant dans le game québécois.

Au fil des années, le rappeur s’est construit un impressionnant fanbase qui a rapidement gagné en nombre un peu partout à travers la province. Après la parution de son premier album solo Art Kontrol (2009), il s’est associé à la mythique étiquette locale Explicit Productions pour mettre au monde trois albums avec FaceKché, le trio qu’il a formé avec les rappeurs Infrak et Die-On. Ce qui n’a pas empêché l’artiste de composer une foule d’albums solo en parallèle : Les origines du mal (2012), Krime Grave (2014), Sacrifice (2016) et Ad Vitam Aeternam, pour toujours (2017). À tout cela se sont ajoutés les projets collaboratifs Double tranchant (2011) avec Saye et Amsterdam (2016) avec Rymz.

« Je suis le genre de gars qui ne prend jamais de pause au niveau de l’écriture. »

Bref, un gars qui n’a pas de temps à perdre et qui n’est jamais en manque d’idées. Cumulant désormais des dizaines de millions de views pour ses vidéos et affichant sold out pratiquement partout où il passe, Souldia est incontestablement un des street rappers les plus populaires du Québec, voire de la francophonie. Un hype qu’il a entièrement bâti par les voies du web et du bouche-à-oreille.

Au bout d’une année ponctuée de quelques revirements tragiques inattendus, Souldia s’est retrouvé avec un gros stack de nouveaux textes faisant le récit de ses états d’âme et de ses combats personnels. De ce fil de création est ressorti Survivant, un sixième album solo renouant avec sa signature stylistique sur lequel le rappeur aux rimes crues regarde le chemin parcouru et trace une ligne entre son passé et son futur. Pour ce nouveau projet, Souldia a pris soin de bien s’entourer pour avancer vers de meilleurs lendemains avec la force du combattant qu’on lui connait. C’est avec la main sur le cœur et le devil en l’air qu’il a pris une partie de son après-midi pour en parler avec nous.

LA FORCE DU NOMBRE

« Je suis le genre de gars qui ne prend jamais de pause au niveau de l’écriture. Je suis chez-moi une soirée, il me passe une idée pis je vais l’écrire tout de suite. C’est maladif. »

Reconnu pour sa nature prolifique, le emcee de Limoilou n’est pas resté en place bien longtemps suite à la parution de Ad Vitam Aeternam, pour toujours, son cinquième album solo paru en octobre 2017. Le projet venait tout juste de tomber sur les tablettes que déjà les idées se bousculaient pour la suite des choses. En novembre, il était déjà en studio en train de créer de nouvelles chansons. « Je n’avais pas encore de titre, mais j’étais déjà en train de créer de nouvelles maquettes pour enligner la suite des évènements. On peut presque qualifier ça de maladif je crois. Je suis toujours dans les mots. »

« L’album a été enregistré tout le long de l’année. J’ai été beaucoup accoté par les gars en studio, ce qui veut dire qu’on a fait des sessions avec quelques meilleurs amis qui allaient dans la boîte avec moi. Les gens me conseillaient beaucoup. J’ai fait ça en m’amusant. C’était ça l’ambiance. C’était comme un retour aux sources, si on veut. »

Faisant opposition au caractère solitaire de Ad Vitam Aeternam, pour toujours, un projet qu’il avait créé lors d’une retraite en pleine nature, ce nouvel album frappe par son caractère participatif mettant en vedettes des invités de différents horizons et de différentes générations. Au tracklisting, on peut dénoter l’input de Dawa Mafia, Izzy-S, Marième, Malkay Lacrymogene, Rymz, Enima, Fou Furieux et le légendaire rappeur français Sinik. Des membres du 5sang14 (soit White-B, Lōst et MB) font aussi une apparition remarquée sur la pièce Le bonheur des autres. Une collaboration notoire sur une prod de TooSik.

« Les nouveaux featurings sont les gens avec qui j’avais jamais travaillé. Selon moi, ça a clairement ramené une autre couleur à ce que je fais, » admet-il d’un ton franc. « Si on regarde le dernier album, je l’avais un peu travaillé tout seul de mon bord. Pour celui-là, j’ai décidé de faire l’inverse. Il y a donc beaucoup de gens qui ont mis la main à la pâte. »

«  Les beatmakers se sont également beaucoup impliqués. Y a deux ou trois nouveaux gars qui ont fait des beats, dont TooSik, mais j’ai laissé beaucoup de place à Farfadet et Christophe Martin qui sont les principaux producers de l’album. Ils ont pris beaucoup plus de temps pour amener leurs propres idées. Ils ont vraiment peaufiné leur contribution. C’est ça qui a été pas mal différent dans le processus. »

VERS LA DÉLIVRANCE

« J’ai vraiment fait tout ce travail dans la vie pour me sortir de ce dans quoi j’étais. Maintenant, je le fais pour faire vivre ma famille, continuer mon évolution artistique et poursuivre mon bon cheminement personnel. Un jour ça va s’arrêter, pis à ce moment-là, j’aurai gagné. »

Fidèle à ses racines artistiques, le jeune trentenaire teinte ce sixième album solo de ses expériences personnelles reliées à sa vie de rue désormais bien documentée. Cette fois-ci, il marque ses propos avec un peu plus d’espoir en soulignant à plusieurs reprises cet esprit combatif ancré dans son ADN qui lui permet d’arriver à ses propres fins sur des pièces comme Fais-le, Dans mon sang et Devil en l’air. « Je pense que ce côté un peu dark, je ne pourrai jamais le perdre. Je vais toujours l’avoir à 50 %. J’ai l’impression que c’est un petit peu ce qui fait le charme de ma musique. Je suis un gars sans filtre, c’est la couleur de ma musique. Y a trop de gens autour de moi qui sont encore là-dedans. Ma musique parle pour ces gens-là. Je suis leur voix. » remarque-t-il.

« Je ne pourrai jamais vraiment m’en sortir, mais je peux toujours m’arranger pour ramener ça au meilleur. La journée où cette vie sera fini pour moi, je pense que ce sera la même chose avec la musique. »

En guise de fermeture de l’album, Souldia rend un vibrant hommage à Infrak, son ami de longue date et comparse de FaceKché subitement décédé en novembre 2017 dû à une polyintoxication aux drogues et aux médicaments. Une pièce nécessaire dont la composition a impliqué son lot de difficultés. « Ça a fait mal. On était amis depuis l’âge de 13 ans. J’ai vraiment essayé de trouver les bons mots. Je voulais parler des bonnes affaires qu’on a vécues. Parce que oui, on est passés par un paquet de choses troublantes, mais à travers tout ça, on a vécu des moments tellement mémorables. Ça a été tough à écrire. J’ai recommencé les couplets à plusieurs reprises. Je me suis donné le temps. C’est la dernière que j’ai enregistré. »

« Si j’ai connu un gars dans ma vie qui connaissait assez la rue pour la raconter à la perfection, c’était lui. »

« Infrak, c’était un vrai. Le showbusiness pis tout ce qui tourne autour, ça ne l’intéressait pas. C’était un gars de rue avec de bons principes. C’était ça le rap à l’époque. Que du realness. Tout ce qui était dit dans ses paroles, c’était que du vrai. Si j’ai connu un gars dans ma vie qui connaissait assez la rue pour la raconter à la perfection, c’était lui. »

Au bout de tout ce chemin, Souldia se retrouve à prendre un certain recul sur des repères et enjeux clés de son passé. Survivant aura été un rite de passage vers la prochaine phase de son parcours, un exercice qu’il complète la tête haute malgré certains constats un peu difficiles à encaisser. « Au final, cet album-là, je m’en suis servi pour fermer un livre. J’ai fermé le livre de FaceKché. Infrak est décédé et Die-On figure parmi les personnes les plus recherchées au Canada. Même chose pour notre collectif 187. Il y a un membre qui a été déporté en Allemagne et un autre qui a pris 10 ans de prison. On était cinq à la base. C’est un peu ça, le concept de Survivant. Je suis le dernier de la lignée qui est encore là, » observe-t-il, prenant une pause, avant de conclure. « Maintenant, on repart à neuf. C’est un nouveau chapitre qui commence. »

Survivant est maintenant disponible en magasins et en streaming sur toutes les plateformes numériques.

Souldia fera le lancement officiel de l’album le 16 novembre à la Coopérative Meduse de Québec. Il sera ensuite de passage pour la même occasion le 24 novembre au Club Soda de Montréal. Les billets partent rapidement, il faut donc faire vite avant que ce soit sold out.

Pour les dates de la tournée Survivant à travers la province, toutes les infos se retrouvent sur ses réseaux sociaux officiels.

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