Entrevue : Steve Marcoux – LVL UP ou rien

Le hip-hop envahit le quadrilatère Montmorency en fin de semaine.

C’est ce jeudi que s’amorce le festival LVL UP, le nouveau-né dans l’univers des festivals de musique québécois. Axé vers le rap et les arts numériques, l’événement, organisé par la compagnie [co]motion, Evenko et HUB Studio, envahira le centre-ville de Laval du 19 au 22 septembre avec une multitude de spectacles intérieurs et extérieurs, des installations d’art numérique, des ateliers ainsi que des conférences. Afin de bien vous présenter ce nouveau festival, on est allé rencontrer Steve Marcoux, le programmateur musical de LVL UP, dans un café de Rosemont. 

Laval ou rien

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce festival se tient dans un lieu inédit. Basé autour de la station de métro Montmorency et de la Place Bell, LVL UP arrive dans un quartier un peu aride pour tenter d’y insuffler une dose de vie. Un défi risqué? Pas selon Steve, qui y voit une opportunité de donner un sens à ce lieu un peu désertique par moments. 

« C’est vrai que le quartier est peu fréquenté hors des heures scolaires, avoue-t-il. C’est pas pour rien si on a appelé le site extérieur “Village urbain”. Dès le départ, c’était ça l’idée, un tailgate pour rassembler les gens. La volonté, c’était de créer une vie dans un endroit qui est… bétonné. (rires) »

Pour attirer les foules, le festival a pris les moyens nécessaires. Outre les têtes d’affiche Lauryn Hill (ainsi que les légendes Eric B. & Rakim en première partie) et J. Balvin qui se produiront à la Place Bell, on peut compter sur une programmation locale hyper variée qui saura plaire à la grande majorité des fans de rap queb.

Se bousculent sur le lineup FouKi, White-BQualité Motel, High Klassified, Tizzo, Marie-Gold, Koriass et plusieurs autres. Certains se produiront sur la scène extérieure gratuite, d’autres à l’ANNEXE3 qui est située dans la Salle André-Mathieu, et la finale nationale du concours End of the Weak se tiendra pour sa part au Studio de la Maison des arts de Laval. Cette variété dans l’offre était cruciale à la réussite du festival, selon son programmateur. 

« La naissance de LVL UP, explique Marcoux, c’est la volonté de créer un hub avec Evenko, de mettre de l’avant nos salles et les autres lieux de diffusion, parce que les gens ne comprennent pas que finalement ce quartier, c’est un pôle culturel. C’est pour ça qu’on a fait un parvis gratuit pour montrer qu’au centre de ça, t’as trois lieux de spectacle. Donc tu viens voir le spectacle gratuit et tu réalises qu’il y a trois lieux accessibles en salle. C’est un peu la clé pour entrer dans LVL UP : faites la ride de métro et au pied de la station Montmorency, il y a ça. On vous offre déjà un premier palier gratuit, mais si vous décidez de payer pour des shows, on vous donne une expérience en plus. »

Créer une expérience visuelle hors du commun

Cette expérience en plus, c’est le mariage entre le hip-hop et les arts numériques. De plus en plus liés à travers des spectacles dont l’ambition se décuple, LVL UP veut permettre aux rappeurs de bonifier leur offre live grâce à des collaborations avec des VJs lors des Match Sessions à l’ANNEXE3. Sarahmée, Zach Zoya, Tyleen Johnson ou encore LaF seront matchés avec des VJs pour offrir des prestations hors du commun qui mélangeront rap et projections numériques.

« Tout le cheminement du numérique vient de différentes réflexions, avoue le programmateur musical de la compagnie [co]motion. Le lien entre les artistes, ça vient d’une réflexion autour de stratégies pour attirer les gens vers les spectacles. Il faut s’assurer que les spectacles soient spéciaux, qu’il y ait un attrait qui offre une expérience différente que lorsqu’on écoute la musique d’un artiste chez soi ou dans nos écouteurs. Donc peut-être que le diffuseur peut en faire moins, mais mieux. »

Pas de problèmes, que des solutions

Cette présence importante du contenu numérique est née du désir de [co]motion de participer au développement de liens entre le hip-hop et les arts numériques, mais pas que. C’est que la réalité du quartier a forcé la compagnie lavalloise à repenser l’utilisation des espaces alloués au festival par la ville de Laval, également partenaire de LVL UP.

« L’affaire, c’est que le quadrilatère du festival est très propre, indique Marcoux en riant. On ne peut pas faire de graffitis, le transformer de façon drastique. Donc on s’est demandés comment on pouvait habiller un quadrilatère assez facilement, sans laisser de traces, et le numérique nous est apparu très clairement comme la solution logique à ça. »

Si la hauteur des ambitions de l’équipe de LVL UP est quelque peu limitée par les budgets disponibles, l’organisation se permet de voir grand pour les prochaines éditions.  

« Pour le moment, on rêve à la hauteur de nos moyens, mais éventuellement, on aimerait faire des projections de grande envergure sur la Place Bell, dont la grosse surface blanche se prête bien à l’exercice. Donc au final, ces contraintes-là sont devenues des opportunités qui ont donné son sens à l’événement. »

Approfondir la pensée hip-hop

En plus du volet musical, LVL UP propose également ses Grandmaster Classes, des séminaires qui tiendront place à la salle Multi du Collège Montmorency. La palette d’invités est impressionnante et permettra aux professionnels de l’industrie tout comme aux fans de faire avancer la réflexion sur le hip-hop au Québec. Se croiseront Steve Jolin, Carlos Muñoz, Koriass, Tizzo, Jérémie McEwen, Webster, Myriam Fehmiu, ainsi que plusieurs figures importantes du monde des arts numériques, notamment Marcella Grimaux qui s’occupe des projections pour les spectacles de Loud, entre autres. Le tout animé par Fred Bastien, animateur télé et youtubeur qui baigne dans le hip-hop local depuis plusieurs années. 

Ce volet plus éducatif marque le désir de LVL UP de dépasser l’introduction au hip-hop qui est souvent présentée lors d’activités du genre. 

« Souvent, les conférences sur le hip-hop, ça tourne autour d’un discours qui est une introduction pour les gens qui ne connaissent pas ça, avance Marcoux. Là, ce sont des gens qui connaissent déjà le milieu, et qui veulent approfondir, développer les connaissances et les réflexions autour de ce milieu. C’est d’autant plus pertinent avec la communauté étudiante autour, qui a cru en notre projet et qui s’est impliquée pour nous aider à le mettre sur pied. D’ailleurs, le Collège Montmorency est le seul cégep au Québec à offrir un cours de philosophie du hip-hop, alors ça prend tout son sens! »

C’est donc une fin de semaine remplie de promesses et de potentiel qui s’annonce du côté de la station Montmorency. Qu’est-ce qu’on peut souhaiter à l’organisation pour cette première édition du LVL UP?

« Du beau temps! (rires) Surtout, je souhaite que le jeune de Laval qui pense que le rap, ça se passe à Montréal ose venir dans sa communauté vivre ça, et que la personne de Montréal réalise que finalement LVL UP, c’est juste au bout du métro! On veut que le monde soit aventureux, en proposant une programmation audacieuse, mais aussi sécurisante pour les fans de rap d’ici pour que tout le monde y trouve quelque chose qui pique sa curiosité. »

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up