Entrevue : Sylvain Chartier et Judith Lussier nous parlent du spectacle Rock N’ Rap LGBTQIA2+

De la diversité musicale, sexuelle et de genres.

Coup de cœur francophone est à nos portes. Dès ce soir, une centaine de spectacles auront lieu un peu partout à Montréal pour faire valoir la culture francophone. Du lot, le spectacle Rock N Rap LGBTQIA2+ a piqué ma curiosité.

Ce vendredi, Donzelle, Les Deuxluxes, Poulin, Soucy et Léolo se relaieront sur scène à la Maison de la culture Maisonneuve et c’est la journaliste, chroniqueuse et animatrice Judith Lussier qui aura la chance de les présenter.

« Je sais que le public d’Hochelaga est très ouvert à la diversité et à découvrir de nouveaux artistes », m’explique Judith Lussier au téléphone. « Je pense que ça s’adresse aux mélomanes, aux curieux et au public des Francouvertes. »

La nouvelle saveur

Outre Poulin, qui a fait belle figure lors des Francouvertes le printemps dernier, le lien entre le spectacle Rock N Rap LGBTQIA2+ et le concours-vitrine est très fort. Le concert est en effet présenté par Umami, la nouvelle série hors-concours des Francouvertes. Celle-ci est essentiellement une formule revampée de l’ancienne série Révèle la relève.

L’idée du spectacle est venue de Sylvain Chartier, alors qu’il effectuait l’un de ses premiers mandats au sein des Francouvertes. Judith Lussier n’a d’ailleurs que de bons mots pour le metteur en scène du spectacle.

« On avait fait ensemble le Show de la relève dans le cadre de Fierté Montréal », m’explique l’animatrice de la soirée. Il a une façon de faire des mises en scène qui sortent vraiment du cadre et qui mettent en valeur les artistes. Chaque fois que je travaille avec Sylvain, ce sont de belles découvertes que je fais. »

Pour Sylvain, l’idée du spectacle est venue d’un désir de faire rayonner la diversité en dehors de ses cadres habituels. « J’ai rencontré bien des artistes de la communauté, me confie-t-il. En jasant avec eux, ce qui ressortait c’était que leurs démarches artistiques étaient vraiment catégorisées gaies, queer, trans… et ils trouvaient que les diffuseurs ne les bookaient presque pas. Ils se faisaient booker trois fois dans l’année : à Pride Vancouver, Pride Toronto et Fierté Montréal. »

Buffet à volonté

Puisqu’il fallait inaugurer la nouvelle série Umami, le timing était parfait pour créer un nouveau spectacle avec eux. Des noms de la communauté LGBT!IA2+ côtoient donc des artistes qui s’identifient comme des alliés. Sylvain Chartier est fier que le spectacle Rock N’ Rap aille dans tous les sens. C’est à l’image de la communauté qui est très hétéroclite. « C’est assez éclaté, c’est des styles complètement différents. C’est ce que je veux : qu’on ne connaisse pas tout le monde, que le public dans la salle se demande si on est encore dans la même soirée? »

Le volet rock sera surtout représenté par Les Deuxluxes et l’autrice-compositrice-interprète Poulin. Ils se réuniront même sur scène le temps d’une chanson. « J’ai formulé des petites demandes, des petits fantasmes », avoue le cerveau derrière l’événement. Les deux artistes font un rock pesant de road trip et de gravelle, mais avec une touche de glam pour Les Deuxluxes et une passion théâtrale difficile à retenir pour Poulin. Les Deuxluxes, connus pour chanter en anglais, iront même essayer de nouveaux morceaux en français.

Le volet rap sera quant à lui l’affaire de Donzelle. L’artiste, qui offre un hip-hop débridé et sexuellement décomplexé, sera accompagnée sur scène par ses fidèles danseuses. Ce sera l’occasion de voir ou de revoir la reine du rap féministe au Québec. Une sorte de Lizzo irrévérencieuse avant que tout le monde l’écoute.

« Et là-dedans, il y a Léolo et Soucy, résume Sylvain Chartier. Léolo me fait penser à Björk, à cet univers-là très orchestral, voire épique. Il va faire un numéro d’ouverture avec Mx Macbeth, qui est un drag queer qui s’identifie comme non binaire, transmaculin. » Quant à lui, Soucy est un auteur-compositeur-interprète à l’armoire pleine de trophées. Reconnu surtout pour ses performances en concert, il prendra la scène accompagné de ses choristes et de sa mise en scène théâtrale habituelle. Le mot « théâtral » a d’ailleurs été utilisé à plusieurs reprises durant l’entrevue. « C’était mon leitmotiv pour monter cette soirée-là. »

Découvertes au menu

En plus de représenter la diversité, les artistes ont tous décidé de remettre une partie de leur cachet à la Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+. Pour Judith Lussier, il s’agit d’une raison de plus d’avoir hâte à vendredi. « Il y a tout le temps un effet de sentiment collectif. On fait quelque chose pour la jeunesse, on sait qu’on est là pour une bonne raison. »

Avec tout cet accent mis sur la diversité sexuelle et de genre, je demande à Sylvain si le concert s’adresse aux personnes queers. Je savais déjà où irait sa réponse, mais mieux vaux le souligner. « Oh que non! Non, non, non. Non, pantoute. Du tout. C’est sûr que… non, pas pantoute. Je sais pas quoi dire de plus que non! » Voilà, ça a le mérite d’être clair.

« Ça s’adresse à des tripeux d’auteurs-compositeurs-interprètes, à des tripeux de chansons en français. Ça s’adresse au même public qui suivait Révèle la relève pendant 14 ans. C’est un show pour monsieur madame tout le monde. Et ce sont des numéros. Alors au pire, si ça fitte moins avec le goût personnel de la personne, c’est quand même juste des numéros. Il y en aura un autre après. Et il y a de la découverte à faire! »

Parlant de découverte, je n’avais jamais entendu parler de Léolo avant de le voir sur l’affiche du spectacle. Artiste queer bilingue, il a fait paraître une première chanson en français le lendemain de mon entrevue avec Sylvain Chartier. Et comme de fait, sa musique hypnotique me donne bien hâte à vendredi. Bien joué, Sylvain.

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