Jay Kearney

Entrevue : TEKE :  : TEKE, le groupe multiculturel de surf-rock japonais

Le surf-rock japonais à la signature montréalaise.

C’est en marge d’un karaoké où on entend du Marjo se faire chanter à gorge déployée qu’on a rencontré Serge Nakauchi Pelletier (guitariste et fondateur) et Hidetaka Yoneyama (guitariste) du groupe TEKE::TEKE, juste avant leur prestation au Festif!.

Le groupe, qui rendait à la base hommage au guitariste japonais Takeshi Terauchi a depuis évolué et signe maintenant des pièces 100 % originales de surf-rock à la sauce montréalaise.

Incursion dans un genre musical influencé par chacun des sept membres du groupe.

Comment qualifieriez-vous votre genre musical?

Hidetaka : C’est très difficile à définir. On a commencé par un hommage à Takeshi Terauchi qui a fait de la musique punk surf japonaise psychédélique des années 50 à 70. 

Serge : En ce moment, il fait toujours de la musique. C’est un guitariste légendaire au Japon. 

Hidetaka : Mais au fil du temps, on a trouvé notre propre style. On est toujours inspirés par Takeshi Terauchi, mais on fait des choses un peu plus expérimentales.

Justement, vous dites avoir une touche plus montréalaise. Comment est-elle reconnaissable dans votre musique? C’est quoi votre signature personnelle?

Serge : La touche montréalaise, c’est le fait qu’on soit sept musiciens, musiciennes basés à Montréal. Juste ça, ça veut dire que tout le monde a des influences différentes.

Hidetaka : Mais déjà à la base, quand on faisait des reprises de Takeshi Terauchi, ce n’étaient pas toujours de la même manière. On avait une énergie punk et on ajoutait des instruments qui n’existaient pas dans son arrangement original : de la flûte, des trombones, certains effets de guitares.

Si on était au Japon, on aurait eu la même démarche, mais pas le même son. On n’aurait pas eu Mishka Stein qui est d’origine ukrainienne et russe, Étienne Lebel qui fait beaucoup de musique bulgare. Moi, j’aime beaucoup la musique noise japonaise. On a chacun nos sons qu’on aime bien. C’est comme si ça se matchait naturellement. 

Serge : Si on allait au Japon un jour, je pense que de la même façon qu’on est exotique ici, on le serait là-bas.

Comment vous êtes-vous retrouvés à être sept à tripper sur cet artiste Japonais?

Serge : C’est un peu moi qui ai initié le projet. Ça fait maintenant deux ans. J’étais en tournée avec un autre artiste à Los Angeles comme musicien engagé et je magasinais chez un disquaire avec Ian Lettre (batterie) et Étienne Lebel (trombone), puis on a pris un disque de Takeshi Terauchi. On l’a écouté beaucoup en tournée et on s’est dit que ce serait le fun de faire un cover band de lui. Dans les soundchecks on commençait déjà à jammer et c’est parti de là en fait.

Ensuite, j’ai repêché des gens qui, je sentais, auraient une compréhension de l’œuvre et du genre musical. Et je voulais qu’humainement parlant ce soit le fun. Et c’est ça qui s’est passé.

Maintenant, vous composez vos propres chansons. Dans un spectacle, c’est quoi la proportion de covers et de musique originale?

Serge : C’est au moins 75 % de compositions. Et le 25 % de covers, ce n’est plus seulement des covers de Takeshi Terauchi, c’est aussi des covers d’autres artistes de cette époque-là. 

C’était quoi l’importance du surf rock dans les années 50 à 70 au Japon?

Serge : Ça a tout changé!

Hidetaka : Auparavant, les jeunes, avant l’arrivée du surf punk, dansaient sur du rockabilly. Il a des groupes comme The Ventures qui sont arrivés au Japon et qui ont influencé tous les jeunes. Ça a créé une commotion. Les jeunes ont commencé à acheter des instruments de musique et à jouer par eux-mêmes. Ça a changé la société japonaise. Ils ont commencé à fabriquer des instruments. C’était moins cher, parce qu’avant il fallait les importer.

Serge : C’était principalement instrumental. Tous les jeunes voulaient jouer de la guitare.

Est-ce que vous avez eu des commentaires de gens qui disaient découvrir un genre musical grâce à vous?

Serge : C’est arrivé, mais c’est drôle parce que même s’ils ne connaissant pas l’artiste, la musique sonne familière. Ils vont associer le son surf rock à d’autres artistes. Dans l’œuvre de Takeshi Terauchi, tu entends le son très américain, mais lui il a donné une twist avec des mélodies plus traditionnelles japonaises. 

Donc quand les gens vont voir nos shows, ils retrouvent une certaine familiarité avec d’autres artistes, mais en même temps découvrent un exotisme.

Est-ce que vous avez des fans qui connaissent vos paroles, même si elles sont en japonais?

Hidetaka : Dans notre EP Jikaku, il y a des moments où on fait des « OH » et c’est là que les gens sont synchronisés. Et c’est pas évident, parce qu’ils ne sont pas nécessairement réguliers. 

Serge : Au festival La Noce, une spectatrice est venue me voir après le show en me disant qu’on n’avait pas joué « Sayonara ». Ce n’est pas ça le nom de la chanson, mais le public capte et retient certains mots.

Qu’est-ce qu’elles racontent, vos paroles?

Hidetaka :  C’est souvent très abstrait, flottant, dark et spirituel. C’est un peu différent de Takeshi Terauchi parce qu’on le rend beaucoup plus sombre.

Serge : Maya la chanteuse écrit tous les textes et elle explique que dans les années 60-70, il y avait beaucoup de chanteuses qui écrivaient des textes très sombres. C’était très pessimiste comme vision de la vie. Mais il y avait quelque chose de beau là-dedans, principalement la relation avec la musique derrière. C’est un peu là qu’on joue.

Hidetaka : La différence c’est que Maya ajoute une lueur d’espoir à la fin. 

Quels sont vos projets à venir avec TEKE::TEKE?

Serge : On commence l’enregistrement de l’album dans quelques jours et c’est 100 % compositions et on s’en va dans un studio aux États-Unis. C’est le gros projet de l’été! On passe une semaine là-bas, vraiment intense : on couche là, on cuisine ensemble et on enregistre. Ensuite, on termine la production à Montréal.

Dans notre échéancier idéal, on aurait les masters en septembre, donc on vise février-mars 2020 pour une sortie officielle. Il y aura huit pièces originales… peut-être neuf.

On sera à Osheaga à Montréal, on s’en va faire deux shows dans un festival japonais de Vancouver (The Powell Street Festival) et on ouvre pour Québec Redneck Bluegrass Project le 12 septembre prochain. 

Pour suivre TEKE::TEKE, c’est ici.

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