Entrevue : Yorick et Pierrick, les rockstars du Moyen Âge, lancent leur premier album

Les plus gros hits de 1015 à 1019 en un seul album-spectacle.

« L’objectif serait d’enregistrer un (médiéval) album pour l’an prochain. […] Maintenant que tout ça a été publié dans un magazine de musique, nous sommes obligés de le faire! », écrivait l’humoriste Charles Beauchesne en septembre dernier dans nos pages.

Et aujourd’hui, il tient sa parole en nous offrant sept chansons effectivement médiévales. Ou le sont-elles vraiment? Car sur l’album, on entend guitare basse, drum et ukulélé.

Pas de problèmes, le duo constitué de Yorick le fou (Charles) et de Pierrick le barde (l’humoriste Jessy Sheehy) ne se cantonne pas à un style précis. C’est comme de la bouffe fusion, mais avec des instruments et des époques mélangés. Les deux gars se vantent même, sourire en coin, d’avoir amené le rock’n’roll au Moyen Âge. 

En les rencontrant, leur énergie peut être légèrement étourdissante : où commence le personnage de Yorick, et où se termine Charles? Et quelles sont les limites de l’univers dans lequel baigne leur projet?

Malgré les questions, on a surtout envie d’entrer dans leur vortex passionnel. Leurs envolées lyriques quasi systématiques ne laissent pas de doute : Le Comédiéval Show, une série de quatre spectacles d’humour, d’histoires et de musique qui accompagne leur lancement d’album, c’est quelque chose qui les fait tripper.

« C’est tout ce qu’on aime, rentré de force ensemble dans un château médiéval, puis maintenu avec du tape! », illustre Jessy.

Mais qu’est-ce que ça veut dire, ça? Pour bien le comprendre, on a pris part à leur jeu – and it’s been a wild ride.

Le médiéval fantastique, catalyseur de créativité

Le château médiéval dont parle Jessy, c’est le Duché de Bicolline, en Mauricie. Pour les outsiders, c’est le plus vaste domaine dédié au jeu de rôle médiéval fantastique en Amérique du Nord — ça, ça veut dire 190 bâtiments et entre 3000 et 4000 participants chaque année.

Là-bas, le temps n’est pas figé au Moyen Âge. L’univers de Bicolline s’étend plutôt de l’Antiquité jusqu’à la Révolution industrielle, avec des anachronismes dans le tas, rigole Jessy. Concrètement, ça veut dire que presque tout est permis, ce qui en fait un endroit particulièrement propice à la création.

« C’est une manifestation de l’imaginaire. C’est l’univers des histoires, des contes de fées », avance Charles, pour qui cette escapade annuelle s’est rapidement révélée être une retraite tout indiquée pour se ressourcer et pour développer de nouvelles idées.

Et, sans surprises, c’est là que le projet est né et a grandi.

Le lancement d’un projet qui existait déjà

C’est en l’an 1015 ( 2015 pour nous, Bicolline a un millénaire de retard sur le monde contemporain) que Charles et Jessy ont décidé de créer les personnages de Yorick et de Pierrick.

« Si tu as 1200 $ de lousse dans ton année, il faut que tu choisisses : aller à Cuba ou à Bicolline », blague Jessy. Mais c’est vrai : pour vivre l’expérience à fond, ça prend des costumes, de l’équipement, et… des tounes. Ainsi, avant de se révéler à l’univers du Duché, ils ont pris un mois pour se préparer et pour écrire 4-5 chansons ensemble.

Mais ce n’était pas suffisant pour obtenir leur réputation actuelle (d’autoproclamés) « plus grands ménestrels du Moyen Âge ». Leur breakthrough médiéval est plutôt survenu grâce une chanson composée pour l’une des plus vieilles guildes de la place. Une guilde, c’est l’équivalent des équipes de bowling, mais pour Bicolline, expliquent les deux humoristes, toujours mi-sérieux, mi-blagueurs.

Cette toune, qui prenait la forme d’un roast médiéval bien senti envers une autre team, leur a permis de récolter 20 solars (l’argent du jeu). Mais depuis, les enchères ont monté…

« Maintenant on charge 200 solars, mon chum! », s’exclame Charles. C’est combien, ça? L’équivalent d’acquérir un sablier pour une journée, ce qui permet de ressusciter des joueurs. « On charge le prix entre la vie et la mort! », dit Jessy. Pas mal, comme salaire, quand même.

Une chose a mené à l’autre, et, après quelques saisons de spectacles devant des centaines et des centaines de personnes, Yorick et Pierrick sont devenus un phénomène qu’il fallait décloisonner de l’univers bicollinien.

Le déclic est venu en 1017 (2017), avec la chanson Jacques le dragon. « Quand on l’a jouée pour la première fois de A à Z, je me rappelle avoir dit à Charles : on pourrait vendre cette toune-là aux Trois Accords. Mais Charles a dit non… on fait pas ça, on la garde pour nous! », rigole Jessy.

URBANIA Musique écoute

Évidemment, on ne pouvait pas discuter d’un potentiel tube interépoque sans récolter les commentaires à chaud des deux auteurs-compositeurs!

« Jacques le dragon, à la base, c’est qu’on avait participé au podcast Es-tu game, dans lequel on a joué à Donjon et dragon. On a rencontré l’antagoniste du jeu, qui était un gros dragon qui s’appelait JeanMichel! Ça nous faisait rire le mix du nom contemporain avec une créature mythique, donc on s’est dit qu’on allait se faire notre propre dragon », raconte Jessy.

Et que dire de la morale de la chanson, qui est, ma foi, très actuelle? « Voilà ce qui arrive quand on introduit un animal exotique dans un écosystème inadapté », narre Charles. Dragon ou moule zébrée, même combat.

L’expérience étant concluante, on a décidé de retenter le coup avec La litanie des enquêtes de Yorick et Pierrick.

« On construisait Yorick et Pierrick en fonction de nos fantasmes de joueurs, pis moi, mon fantasme de joueur c’est d’être un très grand détective privé. Je l’ai proposé… en fait je l’ai rentré directement dans la gorge de Jessy et ça a donné que Yorick et Pierrick, dans leur diégèse [histoire], ont toujours des aventures parce qu’ils sont des espèces de détectives privées du Moyen Âge », explique Charles.

Ce n’est pas nécessairement des choses qui sont réellement arrivées, mais ça fait partie de la construction de leur personnage, ajoute Jessy.

Ce qu’il nous reste de l’âge moyen

Le pari que prennent les deux troubadours en s’expatriant de leurs contrées moyenâgeuses pour arriver en ville, c’est que le médiéval fantastique, ça peut rejoindre un public plus large. C’est nerd friendly, mais ça ne s’adresse pas juste aux nerds.

On va se le dire : sans nécessairement troquer Cuba pour Bicolline, on est une méchante gang à apprécier le Seigneur des anneaux et Game of Thrones.

« S’il y a une morale que j’ai envie d’envoyer aux gens, c’est allez vous déguiser, allez triper et avoir du fun comme quand vous étiez des kids! », dit Charles. « C’est weird if you make it weird, ajoute Jessy. C’est pas weird si tu t’assumes, peu importe ce que tu fais ».

Sur cette note d’espoir et d’émerveillement, rappelons donc que c’est avec sept titres musicaux rock’n’Moyen Âge entrecoupés d’une trame narrative riche de blagues et d’anecdotes que les deux humoristes de la relève se produiront au Zoofest!

Ça commence demain, toutes les infos ici!

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