Julie Artacho

Entrevue : Yseult – « Ma mission en tant qu’artiste ? Tout niquer. »

« Il faut s'affirmer sinon on se fait manger »

C’était la première fois que j’interviewais une artiste en train de se faire maquiller après l’avoir regardé choisir soigneusement ses vêtements. La première fois aussi que j’assistais à une succession de petites métamorphoses sur fond de flashs photographiques. Sous l’œil des caméras, Yseult a pris la pose avec un naturel déconcertant, en donnant au photoshoot des airs d’Orange Is the New Black. J’ai savouré ma chance. « Non seulement t’es belle, mais t’es aussi tellement photogénique », lance la photographe, Julie Artacho, en amour avec sa muse du jour. On la comprend. Retour en mots et en images sur cette matinée haute en couleur. 

C’était ta première fois au Canada. Comment se sont déroulés tes concerts face à ton public québécois ?

C’était génial, il y avait beaucoup de monde, je ne m’y attendais pas. Ils m’ont hyper bien accueillie ! Je me suis sentie sereine et pleine de joie, c’était cool de pouvoir rencontrer mon public d’ici. Je crois qu’ils ont bien kiffé ! (rires) C’était sold out en plus, c’est incroyable. Ça m’étonne que des gens qui ne vivent pas en France me connaissent et m’apprécient… C’est chelou, mais c’est trop bien. C’est le pouvoir de la musique !

Tu t’inspires beaucoup des États-Unis visuellement et musicalement. Pourquoi ?

Je trouve qu’on manque de bon goût en France au niveau visuel, on est à la ramasse. Le bon goût c’est avoir des belles références visuelles, sonores, esthétiques : à part Stromae et Christine and the Queens, il n’y a personne qui m’inspire en France. Moi j’adore ce que fait FKA Twigs par exemple ou même Solange Knowles, il n’y a pas d’équivalent en France. On est très loin encore, on s’en inspire beaucoup, mais on n’arrive pas à avoir ce genre de sons encore.

Tu crées des univers forts et différents pour chacun de tes EP, notamment sur Instagram. Tu as l’air d’aimer changer d’univers en testant certains styles (vêtements, coiffures). Tu peux nous en dire plus ?

Ah, mais J’ADORE ça, je ne fais que ça de ma vie, en vrai ! (rires) J’avoue, j’adore traîner sur Instagram, j’aime regarder les références et tout ce qui se passe ailleurs surtout : ça m’inspire vachement. Je suis en permanence en train de réfléchir et d’évoluer : je suis comme un Pokémon, chaque minute, j’évolue et je me transforme ! (rires)

Dans la majorité de tes clips, tout est souvent en mouvement avec des chorégraphies soignées. Mais pour ton clip « Corps », tu restes statique, immobile. Pourquoi ?

Parce que je trouvais ça intéressant d’avoir une image un peu plus contemporaine et que les gens se concentrent surtout sur les paroles et pas sur les cuts de vidéos. Je voulais un truc contemplatif, comme lorsqu’on va au musée regarder un tableau… Tu prends le temps de bien regarder le tableau. Là, je voulais que les gens regardent mon corps, les plis de mon corps, tout ce qui transmet l’émotion et qui donne une touche un peu drama queen. Ça m’a fait du bien d’être posée, calme, assise et sereine : je voulais donner une image où je suis en paix avec moi-même, sans avoir besoin de faire de grands gestes pour expliquer cette chanson. J’aime bien l’idée d’avoir un tableau filmé, je trouve ça trop beau. J’étais contente du résultat. 

Certains médias te réduisent parfois à tes formes et à ta couleur de peau. Qu’est-ce que ça te fait ? Quels conseils tu donnerais à celles et ceux qui cherchent à s’affirmer au-delà des clichés ?

Il faut s’assumer sans avoir peur des réactions de l’autre, et il faut s’affirmer sinon on se fait manger, tout simplement. À l’heure actuelle, c’est important d’avoir du caractère et d’être réellement qui on est, sans avoir peur du regard des gens, c’est important d’avancer comme ça dans la vie. 

Les Césars 2020 et tout le scandale entourant Polanski, t’en penses quoi ? Et l’intervention d’Aïssa Maïga ?

Beaucoup ont critiqué l’intervention d’Aïssa en mode « on comprend pas pourquoi elle a fait ça » ou « c’était hyper gênant » : mais en fait oui, c’était le but ! C’était exactement l’effet recherché et ça fait du bien d’être un peu bousculés, d’arrêter de faire semblant de ne pas comprendre. En France, à la différence de l’Amérique du Nord, j’ai l’impression qu’on découvre le racisme (rires) Ça fait seulement un an et demi qu’on commence vraiment à en parler ! Alors qu’aux États-Unis et au Canada, il y a plein de conférences là-dessus et des gens qui prennent la parole. Nous, on est à la ramasse. Je crois que c’est culturel et ça dénote un manque d’ouverture d’esprit. En France, on est beaucoup dans le déni sur ce genre de sujets.

Est-ce que tu penses que tu peux aider à faire changer les choses et évoluer les mentalités grâce à ton art ?

Je pense que ma musique est assez universelle (…). Mais ma mission en tant qu’artiste ? Tout niquer, une bonne fois pour toutes ! (rires) Take my fucking crown, la mettre sur ma fucking head and smile, and be like this… Everything is possible, voilà!

Crédits

Photo : Julie Artacho
Assistante : Yancy Chéry
Maquillage : Camille Sabbagh
Stylisme : Laurence Morisset

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