Festivals : 3 artistes, 3 premières expériences différentes

Lou-Adrianne Cassidy, Crabe et Florence Bourget ont vécu chacun à leur façon leurs premiers festivals.

URBANIA et le Festival Grande Tribu s’unissent pour vous faire vivre les premiers festivals du point de vue de 3 artistes fascinants.

Le Festival Grande Tribu en est seulement rendu à sa quatrième édition, mais il bouillonne déjà de talent. Du 3 au 5 mai, des noms plus établis comme Caracol et Jérôme Charlebois vont côtoyer ces artistes émergeant que j’aime affectueusement appeler « les p’tits nouveaux ».

Pour les musicien.nes assoiffé.es d’émancipation, participer à son premier festival est un gros morceau. Curieux d’en savoir plus sur les sensations fortes que la relève doit ressentir en jouant devant des inconnus dans un parking d’église pour la première fois, je suis allé cogner à la porte de trois artistes aux genres complètement différents. Croyez-moi, leurs premières expériences de scène sont plus palpitantes encore que les hauts et les bas de Lady Gaga dans A Star Is Born.

Lou-Adrianne Cassidy — Progresser vers la scène

Même si elle a déjà chanté pour Keith Kouna, Pierre-Hervé Goulet, accompagné Hubert Lenoir en tournée et suivi sa mère, Paule-Andrée Cassidy, sous les projecteurs en Europe, Lou-Adrianne se sent encore toute neuve dans l’industrie. « Dans ce milieu-là, tu existes quand tu as un album. »

« Mes premiers festivals étaient les résultats de prix gagnés à des concours. J’ai été prise à Chanson Fleuve, c’est ce qui m’a amené à Petite-Vallée. Les Francouvertes m’ont fait gagner d’autres festivals. »

Cet album est sorti le 8 février, concrétisation d’un talent qui s’était affirmé dès les premiers concours à la Chanson Fleuve ou Grande Tribu. « Mes premiers festivals étaient les résultats de prix gagnés à des concours. J’ai été prise à Chanson Fleuve, c’est ce qui m’a amené à Petite-Vallée. Les Francouvertes m’ont fait gagner d’autres festivals. Cette année, c’est la première fois où je suis vraiment “programmée”. C’est l’album qui a débloqué ça. »

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Lou-Adrianne a toujours fait de la musique, et le passage vers le « monde professionnel » s’est fait un peu sans qu’elle s’en rende compte. Alors qu’elle semble apparaître de nulle part sur la scène musicale, l’artiste a déjà rodé plusieurs versions de son spectacle. « Souvent on est en band de 5, sinon mon projet existe en formule duo ou trio. Pour des festivals, c’est certain que l’ambiance se fait plus en band. »

« L’expérience de scène en général ça te rend plus à l’aise, » continue-t-elle, « Ton projet tu le portes sur tes épaules. Le chanteur principal, c’est comme le prisme qui prend l’énergie du public et la rediffuse. » Son savoir-faire m’éblouit, j’ai soudainement le goût d’assister à une classe de maître donné par Lou, même si elle n’a que 21 ans. 

Peut-être a-t-elle su tirer rapidement des leçons de performances d’Hubert lors de ses premiers grands festivals. « Dans les spectacles j’ai appris à être plus libérée. Réconcilier plus de parties de moi. Ce que je fais c’est plus introspectif et sobre, mais il y a de la place pour que ça lève. Depuis Hubert j’ai trouvé un entre-deux. »

Elle me promet qu’en spectacle, les chansons sont déjà ailleurs que sur son premier effort. « L’album est un processus que je n’ai pas le goût de reproduire. Je veux suivre mes buzz ». Depuis ses premiers shows, Lou-Adrianne fait des pas de géants. Des empreintes qu’on a juste envie de suivre, où qu’elles aillent.

Crabe — Jouer devant qui?

Un autre groupe, une autre vibe. Les inclassables Crabe s’apprêtent à sortir un album le 3 mai et m’accordent le droit à une entrevue téléphonique en direct de leur local de pratique. Difficile de dire, avec leur téléphone en mode mains libres si c’est Martin Hoëk ou Gabriel Lapierre qui m’adresse la parole. Une voix caverneuse me met en contexte.

« C’est vraiment un beau hasard que Grande Tribu t’envoie nous poser des questions. Mon band Après l’asphalte y jouera pour la première fois cette année! » Ok, ça c’est définitivement Gabriel. Il m’explique qu’il a un peu oublié ses premiers festivals, me donne une leçon sur la nature floue de certains événements. « Il y a parfois des demi-festivals. »

« Te rappelles-tu du Buckfest? Le festival avait lieu à l’Esco et plein de bands y jouaient, mais je sais pas si ça compte vu que c’est dans une salle habituelle. Est-ce que Pop Montréal est un festival si on joue dans les mêmes salles que d’habitude? Une transition smooth (de shows réguliers à show de festival) se fait en jouant dans les mêmes lieux, mais pour différents événements. »

« Un moment donné un a joué dans un skate parc pour un festival d’été. On nous avait parlé de milliers de personnes. Il y avait littéralement juste 6 kids qui faisaient du skate et les danses de Fortnite. »

L’étape suivante : le Festif, et ses semblables. Le genre de festival à se booker au max UN projet excentrique à chaque édition. « Ils se donnent le droit à un band de musique fucké. Victime OU Crabe OU Fet.nat » En fait, le Festif se permet plus de folie en mettant sur son stage Crabe ET Fet.nat.  « On a été la folie des Francouvertes. » Je vois où Gab veut en venir.

Martin passe d’une voix caverneuse à une voix non caverneuse en se rapprochant de l’appareil. « On a déjà fait le Fast à Sorel-Tracy, on était pas tant trendy à cette époque. Disons qu’on était pas un choix safe pour un festival. On a fini sur un line-up avec un band de blues. C’est hot qu’ils aient osé, mais les gens n’étaient peut-être pas prêts. »

Le syndrome de l’imposteur

« Je pense pas qu’on est des imposteurs. Ce qui arrive souvent c’est que vu que le monde nous prend pour le band fucké, on se ramasse à ouvrir. On est super énergiques et les gens regrettent de nous avoir mis en premier. » Cette confidence me fait immédiatement penser au show de Crabe à la tente CISM pendant les Francofolies de 2016 où leur public principal était un groupe d’enfants surexcités.

« Pendant le soundcheck on a eu une plainte des Respectables qui essayaient de faire leur son à côté. Pourtant, autant que c’était fort pis abrasif, autant les familles s’arrêtaient avec leurs enfants. À la fin c’était un chaos absolu où les enfants voulaient juste avoir du fun et embarquaient au boutte. »

De band de sous-sol de Valleyfield à projet grand-public, Crabe nous rappelle qu’au fond, ce sont nous qui mettons nos propres limites à la musique qu’on ose écouter. « Un moment donné on a joué dans un skate parc pour un festival d’été. On nous avait parlé de milliers de personnes. Il y avait littéralement juste 6 kids qui faisaient du skate et les danses de Fortnite. » Martin parle de cet instant avec beaucoup de tendresse.  « Ils ont fait le floss pendant que je faisais du noise couché à terre. » Il faut prendre la jeunesse en exemple.

Florence Bourget — À l’école du festival

Étant moi-même un musicien de la scène locale, j’ai pu facilement me projeter dans les anecdotes de Lou-Adrianne, Martin et Gabriel (sauf peut-être pour les enfants qui flossent, mais quand même). L’industrie musicale est vaste et complexe. Le parcours d’une chanteuse d’opéra permet d’ouvrir encore plus ses œillères.

« Nos festivals ne sont pas comme les vôtres. Pendant le Toronto Summer Music, par exemple, on est jumelé à un.e pianiste. On développe un répertoire classique qui est du lieder donc pas exactement de l’opéra. »

Mezzo-soprano en résidence à l’Atelier Lyrique, Florence Bourget jouit elle aussi d’une ascension fulgurante. Depuis qu’elle a 9 ans, elle discipline sa voix dans le contexte de la musique classique. Son parcours semble assez clair : CÉGEP en musique, bac en chant, maîtrise dans la même veine. Pourtant, les grandes étapes formatrices pour une musicienne classique détonnent des autres scènes.

« Nos festivals ne sont pas comme les vôtres. Pendant le Toronto Summer Music, par exemple, on est jumelé à un.e pianiste. On développe un répertoire classique qui est du lieder donc pas exactement de l’opéra. On fait des récitals devant public et on a des master class avec des personnes. »

À mi-chemin entre une résidence d’artiste et un festival dans le sens traditionnel du terme, les festivals classiques engagent les artistes sur une plus longue période de temps. Il s’agit d’une étape plutôt nécessaire, mais relativement difficile d’accès. « Pendant les études c’est bien d’aller faire un programme comme ça l’été, mais c’est auditionné. Il faut avoir un niveau intéressant pour eux. Certains font des études en classique sans avoir ce niveau. »

Faire ses classes

Les premières expériences scéniques pour les élèves en chant classique se font à l’église. « Faire des chœurs, ou des gigs dans des églises, c’est une bonne école. Moi, j’aime pas particulièrement faire ça, mais c’est super intéressant, d’autres vont en faire toute leur carrière. » Je me mets à comprendre que chanter à la messe est un peu l’équivalent jouer au Quai des brumes pour un musicien rock. Le spectacle est d’une intimité particulière et l’on peut toujours y retourner, même quand on devient big

« Dans une grosse prod, t’es vraiment dedans. Il n’y a pas d’autres endroits où tu peux catcher comment tout fonctionne. »

Pour Florence, son « petit pas pour l’homme, mais grand pas pour l’humanité » fut d’incarner le rôle de Wellgunde dans l’opéra Das Reingold de Wagner, à la salle Wilfrid Pelletier. « Dans une grosse prod, t’es vraiment dedans. Il n’y a pas d’autres endroits où tu peux catcher comment tout fonctionne. Le Toronto Summer Music, c’est plus intime. Wagner sur la scène du Wilfrid-Pelletier, c’est chanter fucking toute seule avec un orchestre. T’apprends sur toi pis sur comment gérer ton anxiété. »

Les festivals sont une orgie musicale pour les mélomanes, ça, c’est une évidence. Ce qu’on réalise moins, c’est qu’il s’agit d’une école monumentale pour les musiciens. Un test qu’il n’est jamais nécessaire de passer, mais qui donne des méchants points. Envoyer sa musique pointue à un public bigarré, se trouver soi-même et exprimer toute l’exubérance de sa musique, affiner sa technique et prendre exemple sur les plus grands. Le festival, un organe vital dont on peut difficilement se passer.

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Vous êtes vous aussi inspirés à vivre votre premier festival? Essayez l’expérience du festival Grande Tribu qui aura lieu du 3 au 5 mai à Mascouche et dans le Vieux-Terrebonne! Cliquez ici pour en savoir davantage!

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