Fêter le Canada à Petite-Vallée, c’est étrange et agréable

Mon expérience au 36e Festival en chanson de Petite-Vallée.

L’avantage de prendre le long congé du premier juillet pour s’endurcir les talons sur les galets imprévisibles des grèves gaspésiennes, c’est qu’on peut fêter la Confédération canadienne là où la francophonie est une chanson douce et réconfortante.

Ce n’est pas banal comme sensation, même que c’est résolument agréable de souligner l’anniversaire du « plussse beau pays au monde » comme dirait Elvis Gratton loin des phrases-fleuves sans queue ni tête des émissaires de Justin Trudeau, dans les deux langues s’il vous plaît.

Le Festival en chanson de Petite-Vallée ne soulignait pas explicitement la fête du Canada, surtout que les jours se fondent les uns aux autres lorsqu’on se laisse bercer par les musiciens invités à cette fête de la musique francophone. Sauf que le cœur était à la fête, même si la fierté d’être encore associée aux Rocheuses est flexible, au mieux.

Après la performance inspirée d’une chorale dans l’église de Grande-Vallée, Émile Proulx-Cloutier est venu faire un saut dans la région devant un chapiteau rempli à craquer (chapiteau servant de Théâtre de la Vieille Forge temporaire). La poésie et la théâtralité de l’auteur-compositeur interprète donnaient le ton à cette soirée canadienne, d’une certaine façon.

C’est un brin ironique d’avoir l’Unifolié en tête à Petite-Vallée, car ici, l’influence du Canada anglais est à peu près inexistante. Quelques mots empruntés à l’anglais ici et là, un solitaire drapeau du Royaume-Uni dans la portion de l’anse derrière notre logis et un discours quelconque et vite oublié de Mélanie Joly à la radio.

En fait, le seul moment où le Canada m’est venu en tête, c’est lors de la performance de Jean-Pierre Ferland sous le chapiteau de Grande-Vallée en soirée. Le vénérable chanteur, fort de ses 84 ans, y est allé de quelques-uns de ses plus grands succès devant une foule plutôt grisonnante au lieu des mélanges familiaux auxquels nous avaient habitués les autres spectacles de cette 36e édition du Festival.

Les chansons de Ferland, intemporelles, encapsulent un choc des générations qui me rappelle notre rapport au Canada pour les mauvaises raisons. Il y avait, dans les malaises des blagues de Ferland entre ses compositions, quelque chose comme une métaphore à faire sur la position du Canada devant l’exploitation des produits pétroliers, par exemple.

Il y avait, dans les malaises des blagues de Ferland entre ses compositions, quelque chose comme une métaphore à faire sur la position du Canada devant l’exploitation des produits pétroliers, par exemple.

Ferland est une voix d’un autre temps qui, même en célébrant le riche héritage musical de l’homme au Petit roi, n’est pas sans rappeler qu’en 2018 on souhaite vivre les choses autrement. L’à-plat-ventrisme de Justin Trudeau devant les pétrolières, comme l’humour sexiste de « Mononc » Ferland, ne sont plus les bienvenus en 2018.

Quand je vous disais qu’on fêtait le Canada à Petite-Vallée, c’était plus ironique que sincère. Prenons Philippe Brach, par exemple, qui portait fièrement une casquette aux couleurs du Canada achetée dans un magasin à un dollar avant l’un de ses rares spectacles de l’été. Le virulent compositeur, fidèle à ses couleurs, portait le couvre-chef avec grande ironie et plusieurs musiciens se sont passés le casque maudit durant leurs performances, parfois même en le piétinant au passage.

Fêter le Canada en français, c’est un peu aussi comme ça qu’on le fait au Québec – avec beaucoup d’ironie.

Cette performance à cœur ouvert de Placard était plus à l’image du Québec qu’on souhaite aux côtés du Canada au 21e siècle – c’est-à-dire libre, généreux et les deux pieds dans le ciment des valeurs familiales.

Heureusement, la soirée s’est terminée sur une belle note avec la prestation intime et sentie d’un Dany Placard qui profitait de son séjour dans l’Est pour jouer à Carleton-sur-Mer et Amqui, avant d’accoster au Théâtre de la Vieille-Forge.  Le quarantenaire de Laterrière, au Saguenay, venait nous offrir modestement quelques chansons de son album Full Face en plus de quelques succès de son répertoire.

Après le déstabilisant voyage dans le passé offert par Ferland, cette performance à cœur ouvert de Placard était plus à l’image du Québec qu’on souhaite aux côtés du Canada au 21e siècle – c’est-à-dire libre, généreux et les deux pieds dans le ciment des valeurs familiales.

Laissons d’ailleurs les derniers mots de cette fête canadienne à Placard qui a tranché l’énergie de sa prestation en deux entités avec l’écorche-âme de chanson Parc’qui m’fallait de son album Démon vert.

Faut croire que j’ai pas pris l’bon chemin
Moé la fin d’semaine j’joue dans bars
J’m’ennuie d’ma femme, pis d’mes enfants
J’reviens brûlé plus souvent qu’autrement

Quelques minutes avant mon départ de la Gaspésie, au lendemain de Jour du Canada marquant, je regardais l’horizon avec ces mots de Placard en tête.

Plus souvent qu’autrement, concluait-il — plus souvent qu’autrement on devrait prendre le temps de célébrer les petites et les grandes choses à notre façon. À Petite-Vallée, c’était le Canada, mais j’espère le faire au quotidien, même dans l’incubateur qu’est devenue la Métropole durant mon absence.

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