Mat Turner

FouKi ou comment être «  zaaaay  »

Zay, son premier album, sort aujourd'hui.

« Un imbécile. Un total imbécile. »

Clairement c’est ce que l’équipe de FouKi était en train de se dire à propos de moi alors que j’entrais dans le Darling Bar avec 30 minutes de retard.

Du moins c’est ce que je croyais jusqu’à ce que les trois gars se retournent pour me serrer la main avec un grand sourire au visage.

-Yo vraiment désolé du retard les boys.

-Ben voyons, y’a pas de stress! Viens on va s’asseoir ici.

Pendant que l’on s’installe, les boys se présentent :

-Salut moi c’est Sam Rick  (manager du groupe)

-Salut moi c’est QuietMike  (alias Le Michel Silencieux, beatmaker et ami du MC depuis secondaire 3)

-Pis moi c’est FouKi (rappeur du plateau de 21 ans)

Crédit photo : Mat Turner

Autour de la table se trouvent donc les trois mousquetaires représentant l’avenir du rap québécois, et un intervieweur pas capable de gérer Google Maps.

Et dire que les chilleurs devant moi viennent tout juste d’être signés par 7ième Ciel, le plus gros label de hip-hop québécois. « C’est comme si on s’était fait drafter par le Canadien de Montréal. On est les jeunes rookies qui viennent de se faire repêcher par l’équipe, fak on a encore tout à prouver. C’est juste que maintenant on est rendu dans la vraie ligue ».

Ceci dit pour des rookies, FouKi et QuietMike ont une fiche impressionnante de trois mixtapes (Plato Hess, Extendo et Pré-Zay) ainsi qu’un EP en collaboration avec Kevin Na$h. S’ajoute aujourd’hui un premier vrai album studio : Zay.

«Zay ç’a plusieurs significations. Ça dépend du contexte. Être “zay” moi je le vois quasiment comme “vivre et laisser vivre”, laisser les choses aller. C’est un mode de vie un peu.»

« Zay ç’a plusieurs significations. Ça dépend du contexte. Être “zay” moi je le vois quasiment comme “vivre et laisser vivre”, laisser les choses aller. C’est un mode de vie un peu. Nous des fois on voit une personne dans la rue pis on se dit ‘Oh shit cette personne-là est zay’. C’est être à l’aise, être real, être zay. En gros c’est être soi-même. »

Et c’est ce que FouKi prône dans son nouvel album, en plus d’aborder plusieurs autres thèmes comme l’amitié, la séduction, le realness, le « plato hess », rester actif et évidemment, le weed. Mais comment peut-on rester « actif », même en fumant des battes?

« J’en parle beaucoup dans mes chansons parce c’est une réalité qui me fait chier. Les gens ont tendance à dire “Ah tu vas fumer un batte pis tu vas rien faire”, mais c’est pas vrai. Au final je peux ben fumer trois battes pis je vais faire plus de choses que toi! Être actif c’est faire les moves, se donner des défis, se dépasser. J’pense pas que le pot a rapport avec ça. »

Bon, décidément ma question était épaisse alors on va changer de sujet : parlons un peu des featurings sur l’album! Qu’est-ce qui a motivé ton choix?

« L’affaire c’est qu’on aurait pu choisir tellement de boy pour les featurings. Tsé y’aurait pu avoir 20 feats sur le projet si on voulait. Rendu là le choix des feats c’est même pas fait sur un niveau musical. J’y vais avec ceux avec qui je vais bien m’entendre, ceux avec qui j’ai envie de chiller. Fak Mike Shabb, Kevin Na$h, Vendou, ce sont des boys avec qui je passe mon temps à faire de la musique. Le tri s’est fait naturellement. »

Sur l’album on compte aussi deux featurings de vétérans du rapqueb soit Jam et Koriass, eux aussi signés sur 7ième Ciel. J’étais donc curieux de savoir ce que les « vieux » pensaient de l’arrivée de sang neuf dans le label. Cette fois-ci, c’est Sam Rick, le manager du duo qui répond à ma question.

« Ça les motive d’avoir des rookies. Ça leur donne un bon coup de pied dans le cul et ça pousse les gars à se dépasser. C’est juste bénéfique pour le label. Ça crée une saine compétition ».

Depuis le début de notre entretien, je suis vraiment impressionné par l’humilité du trio. Même dans sa musique le rappeur reste modeste : pas de frime, pas de flafla, pas de flashage de bling bling pis de bagues en or, juste du love.

Mettons que je te disais que t’es un rappeur « soft », tu me dirais quoi?

« Je dirais que je trouve ça méchant haha! Être soft pour moi on dirait que ça veut dire que tu travailles pas.  Je dirais plus que je suis un rappeur smooth. C’est smooth mais c’est pas soft. L’autre jour je disais à Michel en parlant d’une track “yo tu trouves pas que ma voix est crémeuse là-dessus?” C’est sûr que j’aime les trucs hards mais j’aime surtout être un rappeur smooth, qui réconforte. Moi l’album je le vois vraiment comme une montage russe. On se promène entre le hard et le smooth. »

«J’pense que la nouvelle génération est surtout en train de capitaliser sur le passé du rap. Tsé partout dans le monde, aux États-Unis et en France le rap c’est le style le plus populaire. Les rappeurs c’est des stars là-bas. Ici la star c’est Éric Lapointe…. Pis dans 5 ans ça va être nous les stars.»

Smooth c’est vraiment le mot, parce qu’écouter la musique de FouKi c’est avoir l’impression de se retrouver dans un chilling de boys ou, comme il le dit, dans le « plato hess » : « Tu vas dans l’ouest du Plateau, c’est des grosses baraques pis c’est riche. Si tu vas dans l’est du Plateau, c’est juste la vie normale tsé. Y’a plus de chilling, y’a plein de parcs, tout le monde hang out. C’est vraiment un Plateau Wouesh/Plato Hess. Surtout dans le temps qu’on allait dans le parc, pis qu’on cotait pour une Big Ten, on checkait les maisons autour pis on se disait “Yo on est entouré de richesses, mais on a même pas assez d’argent pour s’acheter de l’alcool”. T’es dans la hess mais t’es entouré de plein de belles choses. »

Décidément, plus notre entretien avance, plus je me retrouve dans ces gars-là. Quand je les écoute parler de leurs bros, de leur musique et de leur jeunesse, j’ai l’impression de me retrouver à Repentigny, à l’époque où on chillait dans un cabanon, mes amis et moi, en fumant des joints et en écoutant du beat.

Pas surprenant que les jeunes aient autant adhéré à leur musique, qu’ils aient réussi à remplir le Club Soda et qu’ils soient l’avenir du rap québécois.

« J’pense que la nouvelle génération est surtout en train de capitaliser sur le passé du rap. Tsé partout dans le monde, aux États-Unis et en France le rap c’est le style le plus populaire. Les rappeurs c’est des stars là-bas. Ici la star c’est Éric Lapointe…. Pis dans 5 ans ça va être nous les stars. »

FouKi et QuietMike lanceront leur album Zay le samedi 21 avril au Artgang Plaza. À quoi on peut s’attendre pour le show?

« Faut que le monde vienne s’ils veulent me voir flipper de la pizza et la pitcher dans la foule ou s’ils veulent me voir rentrer sur mon scooter. Il va aussi y avoir des projections partout, les premières parties de Vendou, Mike Shabb et Kevin Na$h. Et aussi pleins d’autres surprises. »

-Bon ben merci ben gros les boys pour votre temps, et désolé encore du retard.

-Ah relaxe avec ça y’a pas de problème! Viens, on s’en va fumer une clope dehors.

-J’peux-tu t’en bummer une?

-Ben oui certain man!

Clairement, si FouKi avait été à mon école secondaire, on aurait été patnais.

On suit FouKi  ici.

On l’écoute .

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