Hugo Mudie « critique » le Best Ove de François Pérusse

Une auto-fiction-critique du « best-of » de la légende de l'humour

Selon Hugo Mudie, le CD est mort. Personne en achète. Les critiques aussi sont morts. Ils ne servent plus à rien. On peut écouter ce qu’on veut quand on veut. Pas besoin que personne vous dise ce qui est cool et ce qui l’est pas. Pas besoin de suivre personne. Vous pouvez enfin écouter ce que vous voulez, sans vous soucier de savoir si URBANIA à donné 2/5 ou 4,5/5. C’est donc le moment parfait pour Hugo de réinventer la critique de disque.

Le CD est mort, vive la musique, vive Hugo. Cette semaine, un voyage dans l’univers que lui a inspiré Best Ove, les meilleurs moments sur disque de la carrière du très funné François Pérusse.

Aujourd’hui, les gens sont habitués d’être «entertainés» gratuitement. Un album de blagues me semble un produit destiné à ne pas se vendre. Pourtant à chaque parution, Sir Pérusse se retrouve dans les meilleurs vendeurs du Québec, en compagnie des chanteurs de La Voix. Les gens adorent réentendre ces personnages classiques dans de nouvelles mise en scène. Le gars qui magasine au téléphone (le chum de Mona), l’animateur de la Radio Communautaire, etc. Pour ma part je suis un grand fan du personnage de Yoko Who Knows : l’homme qui sait absolument tout.

Rien ne frêne Frank, le maitre du jeu de mots de la Belle Province. Il nous présente ici ce Best Ove (jeux de mots que je ne catch pas totalement) de ses meilleurs moments des 1000 dernières années à faire des sketchs et chansons avec des voix modifiés. Ce maitre de l’humour classique de party de fondue s’est infiltré depuis plusieurs générations dans les jokes et répliques du Québecois moyen, qui tente de reproduire cette petite voix d’oiseau, sans succès avec une réplique du Tome 2 totalement hors contexte (par exemple « Croteau sti » lors d’une rencontre avec un nouveau beau-frère se nommant Jean-Simon Croteau).

J’ai écouté Best Ove de François Pérusse :

****

Au secondaire j’allais en sports-études. J’étais bon au hockey. J’étais goaler. J’ai jamais vraiment été capable d’analyser même 20 ans plus tard si j’aimais vraiment ça être goaler ou si j’avais décidé de l’être parce que je trouvais que ça lookait cool. Je manquais d’attention et être le seul joueur avec du gros stock en cuir pis un masque spécial était une bonne façon d’en avoir.

En sports-études, y’avait 2-3 sortes de personnages. Y’en avait qui voulaient jouer au hockey professionnel à tout prix. Qui même à 15 ans ne se masturbaient pas le jour de match pour ne pas avoir les jambes molles. Qui prenaient des suppléments de protéines quand nous on savait même pas c’était quoi. Y’ont fini par jouer dans LNH. Y’avait moi pis mes amis aussi. On était bons, mais à partir de 13-14 ans on fumait du weed pis on se clenchait des buvards. On allait voir des shows de Planet Smashers au Jailhouse pis on checkait les filles avec des fat jeans pis des colliers avec des billes grosses comme des balles de golf dans le cou. On a fini par pas jouer dans la LNH.

 

Je manquais d’attention et être le seul joueur avec du gros stock en cuir pis un masque spécial était une bonne façon d’en avoir.

Y’avait aussi les weirdos. Ceux qui étaient quand même bons au hockey, mais qui fittaient pas, ni avec les jeunes phénomènes qui se crossent pas, ni avec les gobbeux de buvards. Un de ceux-là me faisait des lifts le matin jusqu’à l’école en secondaire 4 et 5. Y’avait un genre de p’tit char sport muni d’aucun élément de confort. Il portait la toast frisée (aussi appelé « mullet » ou « hockey hair »), s’habillait dans la section Pele Pele d’un magasin X de centre d’achat de la Rive Nord et parlait constamment de filles, mais un peu comme le ferait un bonhomme de 52 ans pervers. J’avais jamais entendu des trucs du genre sortir de la bouche d’un si jeune homme. J’aimais moi aussi les filles, et mes hormones étaient dans le tapis moi too, mais je n’aurais même pas eu l’idée de dire « Viens t’assoir dans ma face ma p’tite vicieuse », bien que je n’aurais pas détesté avoir une fille cool délicatement déposée au niveau de mon visage.

On écoutait souvent François Pérusse dans son char. On ne trouvait pas les mêmes jokes drôles, mais au moins on avait ça en commun.

Ce qui au début me fascinait était venu à me dégoûter. Son espèce de désir animal et sa description de ce qu’il aimerait faire avec la gent féminine me faisait souvent monter de la colère et un début de vomissure à la gorge. Mais il était mon lift, alors je me fermais la yeule. Je voulais pas aller à l’école en bus chaque matin. Deux heures de bus et métro.

Il portait la toast frisée (aussi appelé « mullet » ou « hockey hair »), s’habillait dans la section Pele Pele d’un magasin X de centre d’achat de la Rive Nord et parlait constamment de filles, mais un peu comme le ferait un bonhomme de 52 ans pervers.

En sports-études, on allait à l’école le matin et l’après-midi, on jouait au hockey. Il était dans mon groupe de hockey. Au fur et à mesure que l’année avançait, je me suis rendu compte que pendant les simulations de match, il faisait des petites répliques de Pérusse à travers sa grille. Pas super fort, mais assez fort pour que je l’entende. Il était défenseur et moi goaler, alors quand il se bagarrait pour la rondelle en arrière de mon net ou devant le filet contre un attaquant adverse je l’entendais dire des « p’tit cerveau » « twitee twit anerd » « capouè! capouè! » et autres onomatopées ou répliques des Albums du Peuple, faits par cette petite voix qui tente d’imiter celle modifiée en studio sur les albums.

L’année avançait et ça m’énervait de plus en plus. Il me liftait, me parlait des strings qu’il voulait manger et des liquides qu’il voulait rependre sur des membres et sur la glace il imitait fucking Pérusse. J’étais plus capable.

Lors d’une simulation de match vers la fin de l’année scolaire en juin, il jouait contre moi, pour une fois.

Il part d’en arrière du filet adverse et par magie, réussit à déjouer tout le monde et arriver en échappée contre moi. Bobby Orr style. Il fait une petite feinte des épaules et tire côté opposé direct dans la mitaine. J’ai pas eu ben ben à bouger, mais je mets un peu de moutarde et fais un gros move du bras à la Bill Ranford. Il break sec devant moi m’envoyant de la neige au visage (première erreur). Par la suite je l’entends dire pas fort une réplique de Pérusse qui contenait un « Mona » (deuxième erreur). Je me lève d’un bon et approche mon masque (peinturé en ours polaire comme celui de Ron Hextall avec les Nordiques en 1993) et il m’envoie un petit bec double à travers sa grille. Smack smack (troisième erreur). Mon sang bout. Je lui assène un coup de blocker direct dans grille, il tombe par terre et je le rue de coups sur le casque, pour toutes les p’tites criss de voix qu’il fait sur la glace et pour toutes les images sexuelles que je n’avais aucune envie d’imaginer, sa p’tite toast au vent. Je le tapoche solide.

J’ai été suspendu du hockey jusqu’à la fin de l’année. J’ai été suspendu de l’école pendant une couple de jours. J’ai dû me trouver un autre lift le matin pour me rendre à l’école.

J’ai eu de la misère à écouter Pérusse pendant des années après, mais c’est revenu quand j’étais souvent en tournée aux États-Unis et en Europe et que j’avais le gout d’entendre de la musique ou des jokes Québécoises avec les boys. Pu capable du country Américain et des bands punk. On mettait souvent Pérusse. C’était pas mal moins gossant à écouter dans un camion plus confortable que son char triangle, sans commentaires sur les poitrines de chaque automobiliste que nous croisions vers le prochain Waffle House.

Évaluation : N/A

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