Hugo Mudie « critique » Man of the Woods de Justin Timberlake

L'ancien NSYNC lui inspire une fiction sur une rupture en tournée.

Selon Hugo Mudie, le CD est mort. Personne en achète. Les critiques aussi sont morts. Ils ne servent plus à rien. On peut écouter ce qu’on veut quand on veut. Pas besoin que personne vous dise ce qui est cool et ce qui l’est pas. Pas besoin de suivre personne. Vous pouvez enfin écouter ce que vous voulez, sans vous soucier de savoir si URBANIA à donné 2/5 ou 4,5/5. C’est donc le moment parfait pour Hugo de réinventer la critique de disque.

Le CD est mort, vive la musique, vive Hugo. Cette semaine, un voyage dans l’univers que lui a inspiré Man Of The Woods, le nouvel album de la vedette de la dernière mi-temps du Super Bowl.

Je n’ai jamais vraiment compris comment avait fait Justin Timberlake pour être considéré comme un artiste crédible et même cool. L’ancien membre ultra quétaine d’un boys band atroce s’est lancé en solo pour tranquillement faire sa place en tant que maitre du groove sexy des dancefloors conventionnels du monde entier aux côtés des légendes que sont Prince et Michael Jackson. Il est définitivement talentueux, cute et relativement drôle (Dick in a Box pis toute), mais en écoutant sa prestation au Super Bowl, j’ai eu de la misère à fredonner 2-3 refrains. Mis à part sa toune pour le film des Trolls que ma fille avait déjà blasté dans les speakers de notre char, je connaissais presque aucune de ses pièces, pourtant considérées comme des classiques modernes (on a le classique facile de nos jours).

J’ai fait ma petite enquête sur les réseaux sociaux et bien évidemment, comme sur à peu près n’importe quel sujet aujourd’hui, les gens qui avaient DÉTESTÉ ça étaient beaucoup plus nombreux et fiers que ceux qui avaient trouvé ça nice. Pour ma part, j’avais trouvé ça mieux que Coldplay mais moins bon que Katy Perry (lors de leurs propres prestations au Super Bowl récentes). J’ai donc décidé d’écouter son dernier album où il tient à nous rappeler qu’il à des racines du Sud des États Unis et qu’il est game de porter une chemise carotté un p’tit dimanche matin pour jaser de chasse avec son beau-père col bleu.

J’ai écrit une histoire en l’écoutant. Man of the Woods de JT:

Il fallait monter sur scène dans 10 minutes. Une salle pleine. À Newcastle en Angleterre.

La première partie d’un rapper qu’on écoutait depuis qu’on était jeune. À force de se promener partout dans le monde à faire notre musique, on s’était fait un nom. À force de revenir à Québec avec plein d’histoires et de posters de festivals avec notre nom dessus, les gens ont fini par croire qu’on était big pour vrai. Ils ont fini par se rendre compte qu’on était peut-être même bon. Moi j’étais même pas certain qu’on était si bon que ça, mais le genre de rap qu’on faisait avait pas encore été fait ici pis on avait l’attitude, l’originalité et le swag pour se faire réinviter partout.

J’étais actif. Un genre de manager pour le band. J’étais aussi le frontman. Ceux que les gens reconnaissaient, mais Bill qui faisait mes beats était dans le fond tout aussi important sinon plus que moi. Mais je n’aimais pas penser à ça.

Bill venait de recevoir un texto de sa blonde. Nez pointu snobbish d’école privé. Elle me gossait raide, mais lui il l’aimait. Il était super fidèle en plus. Il avait essayé de se pogner une autre fille une fois pour essayer. La fille avait puké et passé-out avant même qu’il puisse la frencher.

Elle le textait pour lui dire que c’était fini. Elle était tannée des tournées. Elle était tannée de la musique. Elle était tannée du p’tit appart frette aux planchers croches. Elle était tannée du weed, pis des pills, pis du fucking rap game. Je la comprenais, j’étais tanné moi aussi, mais j’avais juste ça. Dans le fond de moi, j’me trouvais pas cool. J’me sentais pas comme un rapper non plus. J’me sentais même pas comme un artiste. J’aurais dû rester à l’école et être prof de philo comme ma mère.

Bill pleurait non-stop. On montait sur scène dans 5 minutes. Je savais pas quoi dire. Je savais pas quoi faire.

Bill pleurait non-stop. On montait sur scène dans 5 minutes. Je savais pas quoi dire. Je savais pas quoi faire. Je l’haïssais sa blonde, mais ça me faisait de la peine pareil de le voir de même. C’est tough de régler ça à distance. Y’avait rien à faire. On a mis nos lunettes soleil pis on est monté sur le stage. Le crowd capotait. Quand on a joué Crumbling Cronies y’avait de la fumée de batte partout pis ça sautillait comme une team de baseball au marbre à la fin d’une game qui finit par un circuit. Walk Off Homerun!

Après le show, Bill pleurait plus mais il souriait pas. Dans loge, y avait un dude qu’on connaissait, un genre d’ami d’ami qui habitait maintenant à Leeds, qui était au show. Il avait de l’ectasy. Moi pis Bill on était plus weed pis speed. Speed quand y fallait rester réveillé pour driver toute la nuit ou finir une track. Weed le reste du temps. On a poppé la pilule en même temps. «Fuck elle» y’a dit.

Après le show on est allé dans un bar punk. Y’avait un band fucking tight qui venait d’Allemagne. Vraiment rapide, vraiment loud. Tout le monde riait. Sur le stage, dans la foule. Y’avait plein de genre de monde qui trippait ben raide sur la musique. Beaucoup de filles. Fucking cute. Des ti-culs de 16 ans pis des bonhommes de 52.

Bill pis moi on se regardait pis on dirait qu’en même temps, on s’est dit « Dude on est fucking à côté de la track avec notre rap, ça c’est cool raide » simultanément dans nos têtes. Mais on l’a pas dit fort. J’sais pas si c’est la pilule ou la musique, ou le combo, mais je me sentais tellement à ma place. Je regardais constamment l’heure pour être sûr qu’il me restait encore quelques moments dans ce paradis souterrain de béton noir collant de bière.

Le beau gars parlait mais j’écoutais plus. Je voyais Bill au loin, au milieu de tout le monde. Il était comme au ralenti. Il criait, ses cheveux dans face, tout le monde alentour de lui riait.

Un gars est venu me parler. Accent vraiment thick que je comprenais à peine. Il était vraiment beau. Grand mince, peau très blanche, jeans noir tight, coat en jeans. Vraiment smooth. Sauce, comme nous on disait. Il m’a posé toutes les questions de base de première conversation. La rencontre initiale. Je me trouvais vraiment pas cool devant lui. À ses yeux. Je me rendais compte que ce sur quoi je trippais était pas vraiment ce sur quoi je trippais pour vrai. Je m’étais moi même embarqué dans un jeu dont j’me crissais, mais j’étais pas certain si j’avais encore le temps de tirer le «break à bras» et de débarquer avant de me crisser direct dans le mur. Le beau gars parlait mais j’écoutais plus. Je voyais Bill au loin, au milieu de tout le monde. Il était comme au ralenti. Il criait, ses cheveux dans face, tout le monde alentour de lui riait. Une fille qui était identique à Spike dans Degrassi mais avec les cheveux noirs au lieu de blonds, lui a mis une main au visage tout doucement. Au milieu du chaos. J’ai plissé des yeux pour mieux voir pendant que Bill fermait les siens. La Spike s’est approchée et a déposé sur ses lèvres le plus doux et tendre des baisers que j’avais vus de ma vie. Une mère qui dit bonne nuit à son enfant malade après une dure soirée de fièvre et 7up flat.

Bill a fermé les yeux. Dans sa tête il était au milieu du bois. Dans le Parc National Jacques Cartier. Il neigeait. Des énormes flocons qui tombaient si lentement qu’on en voyait des millions en même temps. Son grand frère était à une trentaine de mètres de lui, un peu plus loin. Les branches craquaient. Quatre personnes l’aimaient pour vrai. C’était assez pour lui.

NOTE : 2 ballons de football semi-dégonflés et demi

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