Ingrid Saint-Pierre sort enfin la tête de l’eau

Retour sur le « Bajada Dialogues ».

C’est complètement sereine qu’Ingrid St-Pierre s’est arrêtée chez Jason Bajada pour discuter de sa dernière année. La compositrice et chanteuse était de retour d’une session de composition pour un projet de « musique à l’image ».

« J’ai toujours rêvé de faire ça. De la musique de film, de pub, de télésérie. Je commence à baigner de plus en plus là-dedans. J’ai fait une couple de pubs ici et là, de la musique de série. »

« Aimes-tu ça ? », lui demande alors Jason.

« Oui vraiment. Et on dirait que depuis j’ai envie de faire ça, je porte plus attention à la musique dans les films ou les séries. Comme le travail de Philippe Brault dans La disparition des lucioles. Ça m’a renversé. Il m’a vraiment jeté à terre. »

Entre deux mondes

Rapidement, la conversation tourne autour du plus récent bouleversement dans la vie de l’artiste : son voyage au Vietnam dont elle peine encore à se remettre.

« T’es revenue depuis quelques semaines, non? »

« Oui, mais j’ai l’impression que je suis arrivée juste depuis une couple de jours parce que je suis encore jet lagged. Je sais pas si c’est ça, ou juste le dépaysement de là-bas. »

Ce qui devait d’abord être un voyage artistique a effectivement pris une tournure beaucoup plus grande.

« Je suis allé rejoindre un réalisateur. Le mandat c’était de faire un clip là-bas. Ça s’est décidé un jeudi et le lundi je suis parti. J’aime ça les coups de tête. J’allais là pour tourner un clip et on est revenus avec deux, fak je pense qu’il s’est vraiment passé quelque chose! »

C’est donc seule qu’Ingrid a entrepris ce périple, elle qui est habituée à voyager en solo.

« Le voyage seule, y a quelque chose de spécial. J’ai averti mes gars : maintenant une fois par année, je vais partir voyager toute seule. Parce j’en ai besoin. C’est le fun voyager à plusieurs parce que tu peux partager l’émerveillement. Tandis que toute seule, l’émerveillement tu le vis juste pour toi, à l’intérieur. »

C’est rendue au Vietnam, pays d’origine de son chum et père de son enfant, qu’elle a justement été happée par cet enchantement.

« Je suis arrivé au Vietnam et je voyais mon fils, ma belle famille partout. »

« Je suis arrivée au Vietnam et je voyais mon fils, ma belle famille partout. C’était vraiment un choc et y avait une charge émotive tellement forte. Fak, finalement je sais pas si c’est tant le jet lag qui m’a virée à l’envers au retour ou le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’intense là-bas. »

Pour elle, c’est important que son enfant connaisse ses origines et qu’il apprenne le vietnamien. Elle-même possède une bonne base, ou du moins, elle le croyait.

« En sortant de l’aéroport, j’avais révisé mes notes et j’essayais de pratiquer mon vietnamien en parlant au chauffeur de taxi. Ça se passait super bien jusqu’à ce que le chauffeur sorte son téléphone pour aller sur Google Translate et écrire : désolé je ne parle pas anglais. C’est là que j’ai réalisé que mon vietnamien ne se passait peut-être pas si bien que ça haha. »

S’isoler pour mieux créer

En revenant du voyage, elle avait donc en banque beaucoup de souvenirs et deux vidéoclips pour son prochain album Petite Plage, composé avec son ami Philippe Brault.

« Si je comprends bien vous l’avez fait à juste deux dans un chalet? » demande Jason.

« Oui, à Saint-Zénon, dans un studio qui s’appelle le Wild. Et je pourrai jamais faire un album ailleurs. J’ai adoré tout de cette démarche-là. Philippe, je l’aime beaucoup et c’était tellement relax les journées là-bas : on a fait à peu près juste deux sessions de studio. Le reste du temps, on se levait pas trop tôt, on se baignait. Moi j’allais à la pêche parce que je suis une pêcheuse et j’avais amené mon gear. Je faisais du kayak et du canot, on mangeait des pâtes pis on finissait la journée et on avait 6 tounes. »

Une ambiance de création qui contrastait grandement avec ce qu’elle a vécue lors de ses premiers essais de composition l’an dernier.

« Y avait rien qui sortait. Honnêtement, la dernière année a quand même été difficile. J’étais malade. Et je pense que c’est pour ça que cet album-là est aussi lumineux : parce que j’en avais besoin. »

Le cliché de la lumière

Ingrid ne s’en cache pas : cet album elle l’a fait pour elle avant tout.

« Chaque chanson est d’un égoïsme épouvantable. C’est l’album le plus égoïste que j’ai fait parce que je l’ai fait pour moi. C’est né d’une… détresse, je pense. »

Une détresse qui l’a frappée après deux années à avoir brûlé la chandelle par les deux bouts à cause de la musique, la tournée et la maternité.

« Chaque chanson est d’un égoïsme épouvantable. »

« J’ai fini la dernière tournée complètement brulée, sur les genoux. Je suis pas gênée de le dire : en burnout. On a vécu intensément pendant deux ans, et quand la tournée s’est terminée, je me suis retrouvée devant des vacances qui me terrifiaient. La semaine suivante, je me suis inscrite dans 3 universités différentes. Je me disais que je devais changer de carrière : je me suis inscrite en psycho, en musicothérapie. Jusqu’à ce que je me rende compte que ça avait pas de bon sens. Je me suis raisonnée parce que quand ta tête comprend pas, ton corps va s’en charger. »

Sans trop s’en rendre compte, et peut-être par un orgueil mal placé, la nouvelle maman s’est fait aspirer par le tourbillon de la vie.

« Ça se fait une tournée en étant maman et tout ça, mais j’ai mal géré mes trucs. J’ai voulu me prouver que ça allait rien changer dans ma vie d’avoir un enfant. Je voulais le prouver aux femmes, aux femmes en musique, aux hommes en général. Qu’on pouvait runner sa petite business, qu’on pouvait être parfaite dans tout. Jusqu’à ce que tu te pètes la gueule et tu tombes. »

« Et après tu tombes par terre et tu peux pus rien faire parce que tu es malade et que t’as pas pris soin de toi. »

Jason, curieux, lui demande alors de décrire les symptômes qu’elle a ressentis lors de son burnout.

« Ça commence avec une fatigue physique. Après ça ça devient une fatigue mentale : j’avais de la difficulté avec mes paroles, ma concentration. Et ensuite ça devient une fatigue émotionnelle. Et c’est là que ça devient gros. »

Maintenant sereine par rapport à la situation, commençant tranquillement à se sentir la tête hors de l’eau, l’artiste ne regrette tout de même pas sa « perte de contrôle » :

« De ça en est né l’album le plus lumineux que j’ai fait de ma vie. Et le bonheur le plus grand aussi. Je vois la lumière tellement plus forte et plus brillante. Et c’est tellement quétaine ce que je te dis, mais en même temps c’est tellement comme ça que je me sens en ce moment : c’est mon cliché. J’ai l’impression que je suis en train d’émerger de tout ça, pis criss que je trouve ça le fun. »

Le nouvel album d’Ingrid St-PierrePetite Plage, sera disponible dès le 25 janvier prochain. Pour la suivre, c’est ici.

Pour entendre Jason Bajada et Ingrid St-Pierre jaser de tout ça et encore plus, écoutez le dernier épisode des Bajada Dialogues juste ici!

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