J’ai attendu 2 heures trente pour voir Madonna

Madame X en format intime.

Peut-être parce que j’étais en voyage quand son album Madame X est sorti, on dirait que la vague Madonna a fait moins de remous qu’à l’habitude. Puis, en planifiant un petit séjour à New York, j’ai réalisé que Madonna avait une nouvelle tournée. Je l’ai déjà vue deux fois au Madison Square Garden et évidemment que c’était grandiose. Cette fois, elle joue dans de « petites salles » intimes et reste en résidence dans la même ville (8 villes étatsuniennes, 3 villes européennes).

Nous l’avons vue au Brooklyn Academy of Music qui compte 2100 places (en comparaison, le Théâtre Saint-Denis est un peu plus grand et le Grand Théâtre un peu plus petit).

Une expérience hors du commun

20h00 : arrivée au Théâtre, on connait la Madone : la ponctualité n’est pas sa qualité première. À mes deux autres shows, je l’avais attendue 1h30 et 45 minutes.

20h15 : on nous confisque nos appareils électroniques : cellulaires et montres intelligentes qui sont mis dans une pochette, verrouillée, qu’on garde avec nous. Je veux absolument voir à quelle heure le show va commencer alors j’invente que j’ai besoin de ma montre pour connaître mes battements cardiaques. La panique. Je deviens « la fille avec un pacemaker », j’ai droit à une permission spéciale pour garder ma montre. Gênée, j’assume mon mensonge.

20h20 : un de mes trois billets électroniques ne scanne pas. Mon sang se transforme en Lego (on n’a pas payé nos billets 5 $ mettons). On nous amène à la billetterie et fiou, tout est sous contrôle.

20h30 : heure prévue du show, on entre dans la salle. On attend.

21h00 : on attend.

21h15 : je jase avec un placier : le plus tôt que Madonna a commencé est 22h. Bonne nouvelle, elle est dans le building, mais ils ne savent pas à quelle heure ils partent le show « quand Madame X le voudra ».

21h30 : on visite « l’enclos techno » où on peut faire déverrouiller notre pochette et gosser sur notre cellulaire à notre guise. Petit tour à la table de « merch ». Les casquettes sont tellement cheap, signées « made in China », thanks but no thanks. Madonna, tu me désappointes. Dans la prochaine heure, je gage que tu vas protester contre le mauvais traitement des enfants, à l’échelle planétaire ? Travailler avec des industries de locales, peut-être ? Je dis ça, je dis rien.

22h00 : on attend

22h30 : Les attentes (c’est le cas de le dire) sont grimpées au plafond, Madame X, tu t’arranges pour nous décevoir.

22h45 : La musique d’ambiance cesse. On attend.

Ça part!

22h50 : Enfin ! Le show commence, avec deux heures et vingt minutes de retard. Elle arrive sur scène avec une chemise blanche over sized et de grosses bottes noires style Doc Martens. On dirait qu’elle est « rackée » et qu’elle a du mal à marcher. Elle a 61 ans et elle les fait, dans ces premières minutes: «Ouf, la madame est fatiguée.»

Le décor est simple, mais efficace : deux escaliers blancs imbriqués dos à dos, pour former la base du X de Madame X, sur lesquels de la vidéo et des ambiances sont projetées. Ces escaliers se défont en plusieurs “morceaux”, morceaux qui sont utilisés de 1001 façons tout au long de la soirée. L’effet est aussi spectaculaire que dans un grand amphithéâtre. Pour ce spectacle, Madonna se permet d’aller dans la théâtralité, elle raconte son projet Madame X comme une histoire dans laquelle on la sent plus engagée que jamais. Elle est là pour ouvrir les consciences et déranger, elle bouscule les cadres, parle beaucoup de diversité, de création, de violence gratuite, de liberté, du droit des femmes et des enfants (!).

Chose certaine, elle n’a rien perdu de sa fougue et de sa joie de vivre. Elle semble prendre un réel plaisir avec ses danseurs, musiciens et choristes, même que ses petites jumelles de sept ans participent à certains tableaux. Le moment le plus touchant se produit sur Frozen (tirée de Ray of Light) : toute en sobriété et en voix, la maman chante derrière un rideau de scène transparent sur lequel est projetée une gigantesque vidéo de son aînée Lourdes, dansant au rythme de sa mère. Magnifique !

Sans entracte, le concert fait 2h30. Madonna parle beaucoup à son public, afin de reprendre son souffle, avant d’enchaîner. On se serait passé du disgracieux moment «polaroïd». Quoique l’idée de base est sympathique : «Ce soir, il n’existera qu’une seule photo du show et c’est moi qui prendrai une selfie.» Selfie qu’elle vend dans la salle au plus offrant. «Je ne prends pas les billets en bas de 50 $, you know me, I love money.» Les gens s’avancent avec des liasses de billets qu’ils posent sur scène. Madonna, à quatre pattes, le derrière dans les airs compte les billets. 2200 $ est le prix qu’a déboursé un fan pour repartir avec sa photo. Si cette somme va dans une œuvre de charité, elle ne s’en est pas vantée ce soir-là !

On quitte ce spectacle-événement «coup de poing» le sourire aux lèvres, satisfaits et comblés. On savoure ses inspirations musicales tirées de son année «soccer mom» lorsqu’elle s’est établie à Lisbonne pour permettre à son fils d’y jouer avec les meilleurs coachs. Là-bas, elle a découvert une nouvelle culture et un nouveau son, comme le Batuque: style de musique inventé par les femmes de Cap-Vert dont l’histoire est empreinte d’esclavagisme. Madonna réunit sur scène ces femmes fortes et souriantes, pour chanter et danser avec elles, charge émotive magique qui prend au cœur.

Les voici : 

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up