Jean Counet

On a jasé de tout et de rien avec Orelsan

Une discussion sur Garou, son dernier album et les rappeurs blancs

Quelques jours avant sa venue au Québec pour présenter son dernier album, La fête est finie, dans le cadre d’une série de concerts, URBANIA Musique a eu la chance de jaser une trentaine de minutes avec Orelsan. de tout et rien. Notre collaborateur Simon Tousignant a parlé avec lui de tout et de rien, un peu comme des vieux chums, mais qui ne se connaissent pas encore. Action!

S: De retour au Québec, qu’est-ce que tu apprécies particulièrement ici?

O: Ça va être bien! Je crois que ça fait six ans que je ne suis pas venu. Je suis à fond dans le Québec. Beaucoup de Français disent la même chose, mais les gens sont gentils, y a une vibe différente, j’aime bien le mélange du côté francophone et du côté américain.

S: Par contre au Québec on a pas juste Garou, d’autres artistes marchent bien. (Dans son film Comment c’est loin, Orelsan fracasse un disque de Garou)

O: (rires) Putain j’avais oublié! Quand est-ce que j’vais arrêter d’en entendre parler de cette histoire de Garou, merde!

S: Y a des gens qui t’en veulent encore, faut faire attention.

O: Il (Garou) va me sauter dessus, en plus il est balèze. (rires)

S: Blague à part, on a quand même des artistes au Québec qui commencent à se faire connaître en France, je pense par exemple à Loud…

O: Ouais grave! Il a une bonne hype dans les magasins de Paris, je l’entendais souvent quand il a sorti son projet il y a cinq-six mois. Et j’aime bien Black Atlass (la dernière signature du label XO de The Weeknd), Loud, Koriass, Karim Ouellet, mais ça fait un bail que j’ai pas trop suivi ce qui se fait au Québec. J’étais bien fan de Freddy Gruesum aussi.

S: Comme on le voit avec Loud, un pont se fait entre la France, la Belgique et la Suisse; le Québec est aussi en train de s’y intégrer. Est-ce que le public français comprend peut-être mieux les anglicismes, notre façon de s’exprimer?

O: De ouf! On commence à comprendre que certains francophones n’ont pas la même culture que nous, que c’est normal que ce soit un peu différent. J’écoute évidemment beaucoup de rap belge et quelques rappeurs suisses; tu sens la différence. Mais je pense aussi que ça vient du fait, sans vouloir faire le sociologue, qu’on est devant de plus en plus de personnalités. C’est trop bien de voir des gens hors de France qui font du rap en français, sans être du rap de Français.

Et ce qui est bien pour vous, pour péter (blow up) en France, c’est qu’on a tous pris l’habitude de foutre un peu d’anglais dans nos textes, en reprenant les adlibs américains par exemple, y’en a de plus en plus. Donc ça va, on comprend les trucs anglophones que vous pouvez sortir!

« J’ai commencé le rap en copiant le rap du Queens ou de Brooklyn, je ne vois pas pourquoi je m’arrêterais de copier! (rires) »

S: Sur le dernier album, d’ailleurs, tu vas chercher des sonorités un peu plus populaires, je pense notamment à Christophe où tu reprends le flow de MHD. On voit une ouverture aux styles plus actuels.

O: Avant, j’avais l’impression de vouloir tout inventer, de vouloir un style très rap, propre, alors qu’en vrai, j’écoute plein de trucs. Je n’ai pas honte de poser sur une instru afro, ou un truc un peu caraïbe. J’irais jusqu’à dire que je n’ai pas honte de poser sur un morceau de pur trap, alors qu’à une période j’aurais dit « c’est pas moi ». Maintenant, je m’en fous! J’ai commencé le rap en copiant le rap du Queens ou de Brooklyn, je ne vois pas pourquoi je m’arrêterais de copier! (rires)

S: Qu’est-ce qui motive le fait de venir présenter l’album au Québec avec le lancement des copies physiques, alors que La fête est finie est disponible depuis presque un an?

O: La tournée en France m’a pris beaucoup de temps, c’est ce qui explique qu’on a pas pu venir plus tôt. On vient vraiment à l’occasion d’un concert, et puis on a vu que ça s’est vachement bien rempli, alors on a du remettre une date. J’ai l’impression qu’il y a plus de gens là-bas (au Québec) qui m’écoutent qu’avant.

S:. Six années se sont écoulées depuis ton dernier album. Entre-temps, t’as sorti l’album des Casseurs Flowteurs, t’as as sorti le film Comment c’est loin. Est-ce que c’est pas un peu difficile de retourner au rap après avoir écrit pour le cinéma?

O: Ç’a été super dur! Je pense que le rap, c’est aussi un exercice où mine de rien, quand t’arrêtes, c’est difficile de s’y remettre. Je crois que c’est pour ça que parfois, des gars qui disparaissent un peu, et pour s’y remettre faut vraiment kicker des trucs, faut taffer en fait.

S: C’est un peu comme un muscle.

O: Franchement, je crois! En plus, j’ai beaucoup écrit sur notre série Bloqués, j’ai écrit le film, j’ai écrit plein de trucs et parfois je donne un coup de main sur des scénarios, en cinéma. Je suis obligé, en quelque sorte, de changer la façon dont fonctionne mon cerveau pour écrire du rap, de changer d’automatismes, parce que ça ne s’écrit pas pareil au final.

S: À propos de ta life, Christophe est un peu un hymne à l’appropriation culturelle, un débat qui fait rage en ce moment. T’as vraiment un problème avec les rastas blancs, dans ta musique, dans ton film, ça revient beaucoup. Penses-tu un jour être en paix avec eux?

O: (rires) Tu vois Eminem, tu te dis « Eminem il a un vrai problème avec les rappeurs blancs, il a jamais fait un feat avec l’un d’entre eux. » Rappeur blanc ça veut rien dire en France, prenons des rappeurs dans les plus connus – NTM, IAM – c’est quand même plus ou moins des blancs… bah c’est pas vraiment des blancs en fait. (rires) Mais y a énormément de rappeurs blancs que je kiffe et que je trouve super forts. C’est pour ça que je dis « vous rappez comme des rastas blancs », c’est ce que j’associe à des mecs qui vont prendre un truc, le copier exactement et n’y apporter aucune part de leur personnalité.

« La chanson sert de message à ceux qui ne veulent pas se mélanger : vous voyez, se mélanger c’est bien. »

S: Est-ce que tu sais si Christophe Maé a entendu la chanson?

O: Probablement, puisqu’elle est passée à la radio et tout. Au bout d’un moment il a dû l’entendre. De toute façon, ce n’est pas vraiment contre Christophe Maé, c’est plus histoire de dire : l’artiste français le plus populaire fait une musique où il y a beaucoup d’inspiration de la Nouvelle-Orléans et qui, dans son spectacle, a des références africaines. La chanson sert de message à ceux qui ne veulent pas se mélanger : vous voyez, se mélanger c’est bien, quoi! Après voilà, c’est rigolo de répéter plein de fois « Christophe Maé ». (rires)

Après plus de 25 minutes de discussion, le publiciste d’Orelsan nous coupe, il a d’autres entrevues à donner et notre temps est écoulé. C’est un peu à contrecoeur qu’on a dû mettre fin à notre échange, en lui souhaitant la bienvenue au Québec

S: Et au plaisir de se voir à un de tes concerts ici!

O: Bah ouais, carrément!

Décidément, comme ils disent de l’autre côté de l’Atlantique : le gars c’t’un bon jack!

Orelsan sera en spectacle le 21 et 22 septembre au MTelus.

Vous pouvez le suivre ici.

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