Je suis allé à Igloofest avec mon père

Une belle façon de consolider une relation père-fils !

URBANIA et Igloofest s’unissent pour vous montrer qu’il n’y a pas d’âge pour danser au frette!

Repaire par excellence des trippeux de musique électronique, Igloofest est probablement l’événement musical le plus fédérateur de l’hiver montréalais. En ce sens, il était inadmissible que mon père, mélomane aguerri et grand adepte d’expériences humaines en général, n’y ait jamais mis les pieds. Écart générationnel trop important avec le public cible du festival? Manque de courage pour affronter l’hiver? Peu importe les excuses, j’ai remédié à la situation jeudi dernier, en l’amenant dans le froid de l’action. Photoreportage d’une soirée paradoxalement chaleureuse.

Avec un ressenti de -24, mon père a sorti l’artillerie lourde côté habillement. Contrairement à moi, il a eu la brillante idée de mettre des pantalons de neige et de vraies bottes d’hiver.

Bref, l’élève présumé de 62 ans est déjà en train de surclasser le maître autoproclamé de 30 ans.

En fait, même les bacs à fleurs du Vieux-Port semblent mieux habillés que moi.

Déjà bien à son aise, mon père s’improvise gardien de sécurité pendant qu’un hurluberlu tente de lui faire perdre l’équilibre en lui tirant la jambe.

Sains et saufs, nous pénétrons le hall d’entrée du pavillon Jacques-Cartier. Un selfie s’impose.

Profitant de la chaleur pour une dernière fois avant un bon moment, j’entame une conversation avec mon père sur sa conception d’Igloofest. Décidément, on part de loin.

  • – À quoi tu t’attends?
  • – Je sais que c’est plus un évènement pour les enfants… En tout cas, je crois qu’il y a une part importante qui leur est dédiée.
  • – Pour les enfants? Pas vraiment. En fait, il y a une journée familiale dans quelques jours, si c’est de ça que tu parles.
  • – Ha bon…
  • – As-tu regardé la programmation un peu?
  • – Même pas.
  • – Je pense que tu vas aimer Polo & Pan, mais ça commence à 21 h 30. Peut-être que ça va être trop tard pour toi, vu que tu travailles demain.
  • – Ben là, franchement, je suis pas Cendrillon!

Je profite de cet enthousiasme marqué pour le faire sortir dehors, direction scène Vidéotron. En chemin, l’escouade équestre de la police lui fait de l’œil.

« On dirait qu’ils dansent », me lance-t-il, emballé, en sortant son cell de ses poches pour tenter de filmer leurs pas de danse.

Après le succès limité de son opération, il reprend sa marche vers la scène. « Hey les mecs, vous avez des super tronches! » envoie-t-il à deux personnes croisées de manière totalement fortuite.

L’un d’entre eux ressemble à ça.

Au loin, c’est le duo montréalais Nymra & Sofisticated qui dévoile son techno avec vigueur. « C’est vraiment stroboscopique comme ambiance », me dit-il, quelque peu aveuglé par les éclairages.

Je profite de cette première critique très sommaire pour l’interroger sur ses connaissances en terme de musique électronique.

  • – Es-tu un fan de musique électronique?
  • – J’adore la musique électronique. Je suis fou de ça! J’écoute ça la nuit, les pieds en éventail dans mon lit

Fin farceur, mon père y va ici de son ironie habituelle. Je poursuis l’entretien, en y allant d’une question plus précise.

  • – Quel artiste aimes-tu?
  • – J’aime bien Dead Punk… ou, plutôt, Punk Dead?
  • – Ça me dit rien, c’est quoi??
  • – Excuse-moi, je voulais dire Daft Punk!
  • – Ha OK, c’est quand même une bonne base.
  • – Mais pour moi le #1, ça reste Jean-Michel Jarre! À part ça, je suis pas mal ouvert. Si c’est du bon stock, c’est sûr que je vais aimer ça.

Je l’emmène alors à la grande scène Sapporo pour poursuivre les découvertes, tout en lui expliquant les principales différences stylistiques entre les genres électroniques les plus connus.

Arrivés à destination, c’est Robert Robert, producteur et DJ montréalais de renom, qui joue.

  • – Ça me fait penser à des tounes funky des années 1970
  • – Ouais, il y a un peu de ça dans les influences, mais je te dirais que c’est davantage du house que du funk.
  • – T’as raison… Et surtout, il ne faut pas confondre le house avec le lounge!

Manifestement, ses connaissances se développent à une vitesse fulgurante.

Une quinzaine de minutes plus tard, nous reprenons la route pour tester les diverses activités du site. Pour stimuler nos sens, nous nous galvanisons à l’aide d’une mystérieuse cigarette pré-roulée.

« On se croirait à Saint-Tite ben raide. C’est le même genre de place : un genre de terrain avec du monde qui se promène », me dit-il, alors qu’on entame la marche.

Bien gelés, nous nous réfugions aux abords du feu pour y faire cuire une guimauve gracieusement offerte par Igloofest. L’exercice est moins réussi que prévu.

Très populaire, la glissade sur tapis ne titille pas mon père plus qu’il ne faut. « Il y a trop de monde en file, et je veux pas me faire mal », me confie-t-il.

On se dirige alors vers le kiosque Poppers. Après trois petits shooters de dégustation, son choix se rabat sur l’énigmatique sorte à la framboise bleue. « C’est vraiment un goût intéressant. Ça fait changement », dit-il à la préposée.

Tant qu’à y être, un détour vers le kiosque photo promo est de mise.

Complètement « su’a pop », nous nous réchauffons en bonne compagnie en jouant à un jeu qui consiste à lancer des ballons dans les bacs en métal de l’autre équipe. Compétitif de nature, il remporte la partie.

Juste à côté, un jeu percussif qui se résume à fesser sur des tambours avec des bâtons l’excite un peu moins. « Si ça avait été une bonne toune de Santana, j’aurais eu envie de le faire », précise-t-il.

Complètement congelé des pieds, je le convaincs d’aller profiter de la section V.I.P. intérieure quelques instants. « C’est une place de frileux icitte », me lance-t-il, en me rappelant une énième fois que j’aurais dû mieux m’habiller.

Je le laisse seul environ deux minutes pour aller chercher des breuvages et, à mon retour, il me présente sa nouvelle amie : Darcy. « En ce moment, je me sens comme dans une cage, mais bon, j’apprécie la chaleur et les gens qui l’habitent », lui dit-elle.

Nous retournons dès que possible dans le vif du sujet. En attendant les têtes d’affiche de la soirée, nous nous familiarisons avec la foule en regardant le DJ norvégien Skatebard. Deux individus à l’accoutrement singulier sympathisent avec mon père qui, pour des raisons inconnues, a cette tendance particulière de toujours finir par parler de voitures intelligentes lorsqu’il entame une conversation avec quelqu’un.

Au passage, difficile de ne pas tomber sous le charme de ce manteau.

Vers 21 h 30, le plat de résistance arrive : Polo & Pan. Comme d’habitude, le duo français exalte la foule avec son électro aux accents tropicaux, assez unique en son genre. « J’aime bien. Ça me fait penser à du Fine Young Cannibals », indique mon paternel, en parlant de ce groupe new wave britannique de la fin des années 1980.

À vous de comparer.

Un peu avant 23 h, nous quittons le site du festival, histoire de ne pas être pris dans un embouteillage. Juste avant de quitter : une dernière rencontre sympathique qui, sans surprise, se solde par une conversation sur les automobiles du futur.

Un dernier selfie pour la route.

En direction vers le taxi, il me fait son compte-rendu général : « L’ambiance, franchement, était explosive ce soir. Tant mieux, car il faisait pas trop chaud sur le plateau. L’hiver, c’est comme ça, tu n’as pas le choix de t’arranger pour avoir du fun. Il faut que ta vie devienne un beach party, sinon tu finis par juste chialer qu’il fait frette… Comme ta mère! »

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Il vous reste encore deux gros weekends pour faire découvrir Igloofest à votre père, votre mère ou (soyez fous) votre grand-mère!

Cliquez ici pour tout savoir sur la programmation et plus encore.

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