J’écoute des disques : Andrew Bird – I Want to See Pulaski at Night

Ralentir pour mieux écouter.

Andrew Bird

I Want to See Pulaski at Night EP

Grimsey, 2013

Ma relation avec Andrew Bird remonte à son album Andrew Bird & the Mysterious Production of Eggs. Ça nous place quelque part dans un camion Légaré en 2006, en tournée avec Vallières. C’était Louis-Jean, le guitariste à l’époque, et il nous mettait ça dans le radio en nous mimant A Nervous Tic of Motion of the Head to the Left en riant de sa blague et en nous répétant « C’est bon han? C’est bon han? ». C’était bon, en effet, et je crois même que ça se soit maintenu avec le temps. Mais pas de là à me faire acheter tous les albums des douze dernières années.

Andrew Bird remporte peut-être la palme de l’artiste le plus remis à demain. Pauvre Andrew.

En fait, ils sont rares, ceux envers qui j’ai une confiance aveugle qui me fera acheter un nouvel album dès sa parution, sans me poser de questions; Wilco, Spoon, Avec pas d’Casque ou Philippe B, ça va. Mais même Beck, mon amour, est arrivé à m’indifférer un jour. Mes centres d’intérêt varient et fluctuent, m’envoyant régulièrement en terrains inconnus; de cette façon, nombre d’albums incontournables d’artistes confirmés se voient prendre le chemin d’une check-list en expansion, un peu lâche et trop peu checkée. Andrew Bird en fait partie et remporte peut-être la palme de l’artiste le plus remis à demain. Pauvre Andrew.

Mais y a cette fois où j’ai mis fin à la disette alors qu’en spectacle à Québec, on s’était arrêtés chez le défunt disquaire Sillons, j’en étais alors sorti avec la réédition des Early Years Vol.1 de Tom Waits et ce EP d’Andrew Bird, au prix aussi attrayant que le visuel était intriguant. J’ai vite constaté qu’il s’agissait d’un EP instrumental, constitué en grande partie des loops de violon merveilleusement imbriquées qui ont fait la renommée et la preuve du génie sensible de Bird. Des strums rythmiques, étonnants et organiques, auxquels s’ajouteront des pointes d’éclats au pizzicato qui nous font oublier qu’on a affaire à un violon avant une envolée lyrique à l’archet, ajoutez-y une mélodie sifflée dans le reverb ou quoi encore, franchement, j’en étais à me dire que c’était d’une immense beauté tout ça et que j’étais un peu con de ne pas suivre ce gars-là de plus près.

Andrew marquait des points, jusqu’à ce que sa voix surgisse sur Pulaski at Night, la quatrième chanson. Grave, gutturale, déformée, ça sonnait un peu Choco dans Les Goonies. Je me sentais pas très bien. Pauvre Andrew. Il a peut-être eu un accident. Une maladie. Gêné de chanter sur son nouvel album. Puis j’ai réglé ma table à 45 tours, et Andrew a soudainement retrouvé la santé qu’on lui connaît. J’étais soulagé pour lui. J’ai cherché en vain une note, un indice incitant aux 45 tours quelque part sur la pochette avare d’informations. Puis j’ai fait l’exercice de passer d’une vitesse à l’autre, sans étourdir Andrew, avant de me rendre à l’évidence que cet album, joué à 33 tours, est non seulement plus long, mais surtout d’une beauté troublante. Le violon devient simplement cordes; on s’imaginera de l’alto, du violoncelle, de la viole de gambe. Chaque note y prend le temps qu’il faut pour résonner, grave et ronde et remplie de sens dans mon matin de semaine. Même que je vois la partie Goonies comme un simple moment à passer, la voix devient limite touchante. Cet album n’existera jamais pour moi dans sa forme originale et c’est parfait comme ça. Pauvre Andrew. Je t’aime peu importe.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up