J’écoute des disques : Daniel Bélanger – Rêver Mieux

«  Merci, Gros B ! »

Daniel Bélanger

Rêver Mieux

Audiogram, 2001, Réédition vinyle 2018

J’avais quinze ans quand Daniel Bélanger est débarqué. Les insomniaques s’amusent, ça arrivait de nulle part, et c’était une quantité impressionnante d’information à gérer ; ces mots-là, mis ensemble et de telle manière, on avait jamais entendu ça avant. Ça venait rajouter un peu de gras autour du vieil os grugé qu’était ce qu’on appelait alors, du québécois.

Le spectacle qui soutenait l’album, Vallières et moi on l’a vu assez de fois, en vrai ou en VHS, pour le connaître par cœur. « Le gros B », qu’on l’appelait. C’était juste de l’amour. On était fans sans demi-mesure ; le Québec ne nous avait encore jamais donné une telle opportunité. Jean Leloup, peut-être, mais ça restait un personnage hors norme, dans la limite de ce que l’on savait du monde jusqu’à maintenant. Gros B, lui, même complètement inatteignable, évoquait somme toute quelque chose de plus près de nous ; un voisin à qui, par exemple, on n’aurait encore jamais osé dire bonjour. Tandis que Leloup comme voisin, ça se peut juste pas. On le souhaite à personne, en tout cas.

Quand est venu le deuxième album, Quatre saisons dans le désordre, le Gros B nous disait une chose bien claire : je ne vais pas me complaire dans ce que vous aimez déjà, dans ce que vous savez de moi. Je suis ailleurs et je vous ai pas averti. Dealez avec. Et on l’a suivi. J’ai quand même été choqué à mon premier spectacle de la tournée ; les sympathiques Rick Hayworth et Mario Légaré avaient été troqués pour un nouveau band qui avait l’air aussi stone que Serge Fiori, à l’époque où aucun souvenir ne lui persiste aujourd’hui. Mais on était fans. On a ouvert les volets. Et on a vite compris. On avait désormais un nouveau standard.

C’est à lui que je devais la prise de conscience que c’est nous qui suivons un artiste, et pas le contraire.

Pour Rêver Mieux, cinq ans plus tard, le fanatisme s’était muté en des sentiments plus adultes ; un respect profond, doublé d’une curiosité bien vivante, mais qu’on s’entende, un jeune homme doit un jour laisser aller ses amours adolescentes s’il veut que barbe lui pousse. J’aurais été en mesure à ce moment-là d’offrir un Bonjour valable à mon voisin renfrogné. J’aurais peut-être même eu les couilles de l’aborder. De le remercier d’avoir été un phare à certains moments précis de ma vie. D’avoir nourri mon éveil en y insufflant une touche de sens critique ; que c’est à lui que je devais la prise de conscience que c’est nous qui suivons un artiste, et pas le contraire. Et que dans certains cas magnifiques, on pouvait se perdre de vue pendant un temps, pour se retrouver et s’entendre encore mieux qu’avant. C’est ce que j’aurais au moins eu envie de lui dire à ce moment, parce que ce Rêver Mieux, je le recevais un peu comme une porte ouverte sur le reste de ma vie. Gros B me disait, à peu de chose près : on se reverra peut-être pas pour un bon bout, mets juste ça dans tes bagages, avant d’aller plus loin. Tu l’auras, en cas.

Et c’est là que je le ressors. Qu’il se ressort lui-même, en fait. Cet album, qui appartient tout à fait à l’ère du CD, est dernièrement réédité en vinyle, même pas pour son vingtième anniversaire, juste quelques années avant, sans raison particulière. Il débarque comme ça, il s’annonce pas et il me dit Hey mon Gasse, ça va la vie ? Dis donc, tu vieillis ben, t’as pas pris un pli !

Toi non plus, t’as pas vieilli, que je lui dis. Bienvenue à nouveau dans ma vie, en tout cas. Elle te va à merveille.

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