J’écoute des disques : Neil Young – Comes a Time

Dans les pantoufles du père Young.

Neil Young

Comes a Time

Reprise, 1978

Ma relation avec Neil Young remonte à assez loin pour que le Club Columbia soit dans le portrait. J’étais âgé de quinze ans et, de façon plutôt surprenante, j’avais accroché pas à peu près sur la chanson Harvest Moon, dont le vidéoclip à Musique Plus mettait en scène des vieux dansant le two-step dans un bar peut-être en Saskatchewan. J’étais loin de ma zone de confort qui, à l’époque, se limitait à Rush et Iron Maiden. La cassette est débarquée dans la boite aux lettres peu de temps après pour me border ensuite sur une longue série de nuits paisibles. Une belle histoire qui commence tranquille.

Mais je suis pas un fan de Neil Young pour autant. Être fan, mais fan à fond, pour tout dire, ça me fait peur. C’est un peu comme être trop saoul ; on ne peut que s’en trouver grandi de s’arrêter juste avant. Disons alors que le vieux Neil est dans ma vie depuis longtemps, et que je ne vois aucune bonne raison pour qu’il en sorte un jour.

J’aime mon Neil au point de m’être déplacé deux fois au Centre Bell (mon record personnel), mais pas assez pour m’être tapé sa biographie où il parle de chars et de quoi encore. Je sais pas mal de paroles, mais je vous chanterai pas une chanson si vous me sortez une guitare. Et si je connais certains de ses albums mieux que mon numéro d’assurance sociale, il y en a plein d’autres dont je me fous carrément.

Ce gars-là me fait trop de bien pour que je lui laisse l’occasion de me décevoir.

Parce qu’il y a ça de particulier avec le père Young ; il a jamais arrêté. Alors personne ne prend panique devant un nouvel album mauvais. Depuis longtemps. On se dit qu’il est sur une baloune, qu’y feel pas, que ça va passer et y’a ceux qui vont l’écouter quand même, et ceux qui, comme moi, passent droit. Ce gars-là me fait trop de bien pour que je lui laisse l’occasion de me décevoir.

Harvest et Harvest Moon sont deux immenses monuments folk séparés par vingt années d’hymnes rocks le poing en l’air, de solos de guitare plus longs que le carême et de quelques « Oups, excusez-la ». Mais au début de cette période, six ans après Harvest en fait, le père Young effectuait déjà un retour dans le ton avec Comes a Time, un album qui, paniquez pas, est en certains points meilleur que son prédécesseur. Ce qui me fascine, c’est que si je n’étais jamais tombé sur une copie à 3$ en me disant que le risque était mince, je n’en aurais, à ce jour, toujours pas entendu parler. Et croyez-moi, j’ai quelques amis fans du vieux Neil.

Comes a Time ne comporte pas de grands canons à la Out on a Weekend, Old Man ou Heart of Gold, j’en conviens, et pourtant, chacune des chansons qu’on y trouve sonne comme un classique que le corps reconnaît en ami. Mais surtout, surtout, qui d’entre vous en écoutant Harvest n’a jamais skippé la malaisante Man Needs a Maid et la digne de Walt Disney There’s a world pour passer plus vite aux vraies bonnes tounes ? C’est ce que je veux dire. Comes a Time, lui, s’écoute d’une traite et un coup terminé, on le remet. Et la deuxième fois qu’il joue, les chansons font déjà partie de notre vie.

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