J’écoute des disques : She & Him – Volume 2

L'histoire d'un amour impossible mort prématurément.

She & Him

Volume 2

Merge, 2010

Je ne saurais pas dire combien de temps ça a duré, mais c’était bel et bien concret ; quelque part autour de mes dix ans, j’ai été profondément en amour avec Alyssa Milano, que je voyais chaque jour à la télé dans Who’s the Boss. Mon sentiment était si fort qu’il était impossible de me retrouver seul dans cette histoire. Je rêvais que mes parents organisaient des vacances, disons à Los Angeles, que je la croisais à l’épicerie et que nos destins se jouaient à ce moment, devant nos familles respectives et émues. Très peu probable, oui, mais pas impossible. Ce à quoi je me rattachais.

Dans ma vie adulte, le même genre de situation s’est présenté avec Zooey Deschanel. Un peu moins candide dans l’approche générale, évidemment, mais je ne m’en cachais pas pour autant. Je balayais le travail en cours, qu’elle se révèle en fond d’écran ; je suivais The New Girl ; j’écoutais She & Him ; je n’ai pas cligné des yeux de tout 500 Days of Summer. Je n’étais pas dupe, mais persistait quand même cette idée que si l’on devait se croiser, elle se retrouverait avec les joues aussi rouges que les miennes. On se reconnaitrait.

Le plus près de Zooey que j’ai pu être, c’est quelque chose comme la rangée K, au balcon de Wilfrid-Pelletier. C’était le Festival de Jazz en 2013 et Vallières avait eu des billets. On était plutôt enthousiastes, parce qu’au-delà de mon fantasme puéril, la musique qui allait être jouée ce soir-là, on l’écoutait à plein. Les deux premiers albums du duo étaient de parfaites collections de chansons aux allures rétro sans jamais tomber dans le pastiche, un travail sensible qui ne faisait qu’accentuer le respect que nous portions déjà aux productions de M. Ward, le gars dans le projet. On était prêts pour du beau, y’a pas à dire.

Je n’étais pas dupe, mais persistait quand même cette idée que si l’on devait se croiser, elle se retrouverait avec les joues aussi rouges que les miennes. On se reconnaitrait.

Mon amour a commencé à flétrir dans le coin de la quatrième chanson, un coup passée la chance au joueur. « C’tu moi ou ben si c’est plate en astie ? » j’ai dit à Vallières, qui plissait les yeux à essayer de trouver quelque chose de beau dans le fouillis. On avait la certitude, en ce début de spectacle, qu’on avait déjà eu droit à la proposition entière de la soirée : une mise en scène drabe et statique, un M. Ward relégué au simple rôle d’accompagnateur, deux choristes bonbon qui enchaînaient des chorégraphies d’enfant de six ans avec la grâce d’une commis de commande à l’auto, mais surtout, une Zooey Deschanel à l’aura gris-beige et toutes les petites robes fleuries du monde ne pourraient rien y faire : ma Zooey était plate plate plate. Son silence entre les chansons transpirait l’indifférence, les imperfections attachantes de sa voix étaient devenues, d’un coup, aussi charmantes qu’un dégât d’eau ; on tombait de haut, en se félicitant au moins de ne pas avoir payé nos billets.

Mon amour est resté là, quelque part au balcon, coincé dans un banc replié. C’est pas plus mal, je me disais, ça fera de la place pour aimer encore mieux ceux et celles qui le méritent en vrai. On s’est pris une bière sur Sainte-Catherine et on a marché vers la musique. C’était Nick Waterhouse et sans le savoir, il a réparé tout ce que le duo venait de briser. Comme on dit, y a sauvé la soirée. Je vous en parle la semaine prochaine.

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