J’écoute des disques : Sade – Lovers Rock

Se faire du cinéma avec Sade.

Sade

Lovers Rock

Epic, 2000

Réédition Music on Vinyl (EU), 2010

Plus ça va, moins la vie m’offre l’occasion de me retrouver complètement seul. Remarquez, du temps solo, j’en ai eu assez pour donner aux plus démunis d’intimité. De ce côté-là, ça va. Et surtout, c’est que je suis un homme, maintenant, y’a une femme et un enfant à bord, les choses importantes ont pris une nouvelle couleur et pour la première fois de ma vie, la priorité va ailleurs qu’à mon nombril, grand bien lui fasse.

Alors, quand je suis seul pour vrai, j’en profite et je me rince de trucs que j’ose pas faire subir à femme et enfant. Des trucs qu’on écoute fort, qu’une oreille bien intentionnée, mais mal préparée pourrait rejeter avant la fin de la face A. Et la plupart du temps, je bois et fume en même temps. Une brosse en tête à tête avec Ornette Coleman, Naked City, Can ou Galaxie.

Quand je suis seul pour vrai, j’en profite et je me rince de trucs que j’ose pas faire subir à femme et enfant. Et la plupart du temps, je bois et fume en même temps.

Puis y’a ces fois où je feele doux, du genre à groover sans bouger les pieds. Ces fois-là, je reviens presque inévitablement — et ce, depuis près de vingt ans — à cet album avec lequel l’immensément discrète Sade Adu a gratifié le nouveau millénaire.

Vous savez, il y a longtemps que j’ai libéré mon quotidien du concept d’envie. Je regrette rarement avoir raté tel ou tel événement. Je ne cherche plus à écrire comme Carver ou Djian.

Je suis en paix avec mes 5 pieds 3, mon bide de saison et les cheveux qui me restent, tant que j’ai une platine, un jardin, quelques bières et des yeux bleus où me perdre. Mais y’a un truc : je demeure amer de ne pas avoir été Paul Denman, le bassiste de Sade qui, au même titre que les autres boys, Stuart Matthewman et Andrew Hale, est au poste depuis Diamond Life en 1984. Sade, on l’oublie ou l’ignore, c’est un vrai groupe, pas une simple chanteuse. Un groupe dont je ne fais pas partie.

Alors voilà, je vous explique mon scénario : Je suis seul assis au bar et j’engage la discussion avec une fille, ça se passe, un petit fond de charme de base, sans autres pensées. On jase. Elle finit par m’avouer qu’elle a un petit projet R&B qu’elle met en branle tranquillement. Et on se retrouve en studio, pas pour enregistrer un album, mais cet album, qui incidemment, n’aurait jamais existé auparavant.

Sade, on l’oublie ou l’ignore, c’est un vrai groupe, pas une simple chanteuse.

Elle, elle a une voix à faire fondre les guerres et moi, je suis le gars derrière ces lignes de basse terriblement smooth où le bon goût l’emporte sur la technique. Même qu’en spectacle, je me charge des backs-vocals de fille parce que oui, dans mon scénario, c’est pas un problème. J’ai beau avoir un passé pop-rock-country-folk, je deviens une référence sur la scène R&B. Les gens disent de moi exactement ce que je me dis de Denman : « Y’est même pas si bon. Mais man, quel taste ! »

Ainsi va mon scénario, instant de vie rêvée ou volée, que j’expérimente seul au salon, les yeux à demi-fermés, une air-basse dans les mains et je suis bien, si bien, d’être une part de la musique la plus cool de l’histoire.

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