Obscene Extreme Festival

La chaotique histoire de Last Days of Humanity, le groupe qui terrorise parents et enfants

Pour devenir une légende de la musique goregrind, faut pas être normal.

Last Days of Humanity, c’est eux : 

C’est un groupe vraiment étrange qui joue un style musical encore plus étrange appelé goregrind, un sous-genre du grindcore. Pour ceux qui ne savent pas, le grindcore c’est un peu le pendant punk du death metal. C’est lourd, abrasif, les paroles sont beuglées âprement, mais remplacez les structures complexes par des microchansons et les solos de guitare par des breakdown et vous avez un peu le portrait sonore. Le goregrind et surtout Last Days of Humanity, c’est cette logique poussée à l’extrême. 

Pour faire une histoire courte, Last Days of Humanity me fascine depuis plus de 15 ans maintenant et j’me cherche toujours des raisons d’en parler. À ma grande surprise, ils sont ressortis des boules à mites en mars dernier pour lancer un nouvel EP magnifiquement intitulé : The Complicated Reflex And Depraved Scent Of The Retrograde Reflux In Formula. Vous pouvez d’ailleurs l’écouter gratuitement sur Bandcamp :

C’est encore plus weird en version studio, hein?

Le chanteur et co-fondateur du groupe Hans Smits m’a patiemment raconté l’histoire du groupe il y a quelques semaines. Paraîtrait qu’il ne reçoit pas tant de demandes médias que ça. 

Deux chums qui hurlent dans des micros

Le projet Last Days of Humanity est né le 30 décembre 1989, dans la ville de Volkel, aux Pays-Bas. À l’origine, c’était l’idée un peu folle d’Hans Smits et son bon chum Erwin de Wit, qui organisaient des spectacles de musique extrême dans un endroit qui s’appelle Soos Plock. Ça ressemble à un peu à une salle de bingo paroissiale :

Les groupes goregrind aujourd’hui légendaires Drudge et Agathocles y jouaient ce soir-là. En tant qu’organisateur, de Wit a décidé de s’ajouter lui-même à la programmation : « Erwin m’a demandé si ça me tentait de faire une séance de beuglage dans les micros pour réchauffer la foule avant que les premiers groupes jouent. C’est là qu’on a décidé de s’appeler Last Days of Humanity,» me raconte Smits avec une simplicité désarmante.

Deux gars. Deux micros. Pas d’instruments. 

On ne parle pas de deux musiciens ici : « Après le show, on a décidé de fonder officiellement le band et de jouer de la musique noisecore, dans la veine de 7 Minutes of Nausea et Anal Cunt. On avait une vague idée d’où on s’en allait musicalement, mais on ne connaissait personne qui jouait d’instruments. »

Ça sonne comme si Lou Reed et un ours avaient enregistré un démo dans une valise de char.

Last Days of Humanity ne lancera son premier démo qu’en 1992, avec un son beaucoup plus noise que celui pour lequel ils se sont fait connaître. Pour vous donner une idée, ça sonne comme si Lou Reed et un ours avaient enregistré un démo dans une valise de char. Même dans vos pires cauchemars, vous n’avez jamais pu conceptualiser de musique aussi terrifiante :

30 ans et 21 membres plus tard

Un truc fascinant à propos de Last Days of Humanity, c’est que le groupe n’a jamais eu une identité très stable. Tout le monde a quitté à un moment donné, y compris Smits et de Wit eux-mêmes. Le groupe a eu pas moins de cinq chanteurs, dont les légendes de la musique grindcore Boris Cornelissen et Erwin de Groot.

Le groupe a eu pas moins de cinq chanteurs, dont les légendes de la musique grindcore Boris Cornelissen et Erwin de Groot.

« On est partis pendant un certain temps, Erwin et moi, mais Last Days of Humanity ça a toujours été l’histoire d’une gang d’amis très proches. On est donc restés en contact pendant tout ce temps. Les décisions créatives ont toujours été prises par les membres actifs du lineup. Ceux-ci ont changé à travers le temps, mais pas la recette » explique Smits.

Leur premier album The Sound of Rancid Juices Sloshing Around Your Coffin ne verra le jour qu’en 1998, un peu plus de huit ans après la fondation du groupe. Leur iconographie-choc (cliquez à vos risques), leur usage extrême de la distorsion et leurs titres de chansons répugnants captureront immédiatement l’imaginaire des fans de musique goregrind et feront d’eux une légende urbaine à l’âge de l’internet. Le groupe de musique le plus fucké qu’on pouvait trouver sur serveur FTP louche à 4 heures du matin, c’était eux.

Une des rumeurs folles à leur sujet, c’est que leurs chansons n’ont pas de paroles. Que Smits ne fait que répéter le titre des chansons encore et encore.

Celle-là, il ne me l’a pas confirmée! Mais avec un tel niveau de distorsion sur la voix, le contraire serait étonnant :

Pourquoi donc écouter de la musique goregrind?

Malgré leur succès auprès de leur niche de fans, Last Days of Humanity demeure un phénomène relativement incompris. Ils comptent un peu plus de 18 000 fans sur leur page Facebook et il s’agit probablement de… pas mal tout le monde qui les écoute. Je n’ai moi-même jamais osé mettre Hymns of Indigestible Suppuration en faisant à souper, de peur que ma chérie mette en doute nos douze années passées ensemble en raison de choix musicaux douteux. 

C’est pas de la bonne musique au sens conventionnel. Ça ne prend probablement pas une énorme vision pour composer des chansons de Last Days of Humanity et un talent encore moins énorme pour les interpréter. Mais ça dégage une émotion forte et crue. C’est de la musique méchante, faite pour faire sortir les freaks de chez eux comme des zombies et terroriser les bien pensants. Last Days of Humanity, c’est le groupe que mes parents ont toujours eu peur que j’écoute. 

Selon Hans Smits, ce ne sont pas juste les parents ou les blondes (allo chérie!) qui ne comprennent pas : « La plupart du monde pète les plombs lorsqu’ils entendent quelque chose de plus heavy que l’album noir de Metallica. Mes propres enfants ne me comprennent pas. Lorsqu’ils écoutent ma musique, ils secouent la tête et s’en vont. »

Tant pis pour eux, Last Days of Humanity demeurera le p’tit secret vicieux des gens comme moi, qui trippent à écouter de la musique de Bonhomme Sept Heures lorsque personne ne regarde.  

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