Sara Hébert

L’album culte de… Karelle Tremblay

On a survolé avec la comédienne l'oeuvre de France Gall.

Avant de s’imposer dans le milieu télévisuel adulte, l’actrice Karelle Tremblay a tracé son chemin dans les séries jeunesse dès l’âge de 12 ans. Se démarquant grâce à son jeu et sa dégaine naturellement casual, la jeune comédienne a teinté chacun des rôles, notamment dans la série jeunesse Jérémie, la populaire Unité 9 et dans le long-métrage La Disparition des Lucioles de Sébastien Pilote.

Bien qu’elle nourrisse son esprit créatif florissant d’œuvres de réalisateurs comme Hamorny Korine ou Wes Anderson, elle puise également beaucoup de son inspiration dans le monde de la musique, un art qu’elle chérit particulièrement. Son père est d’ailleurs musicien professionnel et sa mère l’a bercé avec les voix de Bob Dylan et George Brassens.

Karelle entretient également de puissants souvenirs avec les candides morceaux d’une chanteuse française qui a tracé à sa manière la révolution culturelle des sixties : France Gall. Pour l’actrice, ses chansons évoquent des moments d’accalmie solitaire et de réconfort familier. Quelque chose de franchement nécessaire quand on vit sous les spotlights.

Un peu de contexte…

Au tournant des années 1960, un révolutionnaire courant culturel était en pleine ébullition. Inspirée par le rock et le twist américain, la France met alors au monde de nouvelles idoles qui misaient sur des productions pop et des mélodies accrocheuses pour se définir dans le paysage générationnel. Ainsi sont nés les Brigitte Bardot, Johnny Hallyday, Françoise Hardy et Jacques Dutronc de ce monde.

De ce lot, une toute jeune chanteuse blonde à l’air candide et aux charmantes chansons allait s’établir comme une icône du genre. France Gall, avec sa douce voix et ses pièces qui flirtaient avec la comptine pour enfants, allait laisser une marque indélébile dans l’univers culturel. Cette musique, Karelle l’a découvert par le biais de sa mère qui lui faisait constamment jouer lorsqu’elle était très jeune.

Fast-forward plusieurs années plus tard, la tragédie frappe : France Gall décède en 2018. C’est à ce moment que tous ses souvenirs lui remontent à la tête. « Ça m’a vraiment marqué », révèle-t-elle. « La musique de France Gall, ça a vraiment fait partie d’une longue période de mon enfance. Quand c’est arrivé, je suis retombée là-dedans. Ça devait faire environ 13 ou 14 ans que je n’avais pas entendu ces chansons-là. Je l’ai fait rejouer pis ça m’a tellement ramenée. C’est comme sentir un parfum qui te rappelle quelque chose de vraiment spécifique. »

Des souvenirs clairs et du gros throwback

Parmi ses préférées dans le lot, la douce Ne dis pas aux copains ne laisse pas sa place.

« C’est une petite histoire d’amour, mais vraiment dans les tout débuts. C’est une chanson sur laquelle elle dit qu’elle se moquait avec lui des autres qui étaient en amour, pis que, finalement, ils sont eux-mêmes en amour et il ne faut pas que les autres le sachent. C’est comme une mini histoire d’amour cachée ou secrète. Je trouve ça vraiment cute », admet-elle.

« C’est presque enfantin, mais en même temps c’est pas bébé. Ça reste crédible. Et tu peux relate à n’importe quel âge.  Ça me ramène exactement au moment où j’étais quand j’écoutais ça. C’est comme un réconfort. »

Dans un esprit similaire, la brillante N’écoute pas les idoles se démarque pour diverses raisons.

« C’est la première chanson que Gainsbourg a écrite pour France Gall. C’est vraiment drôle. C’est qu’elle parle à son amoureux, j’imagine, pis elle lui dit d’arrêter d’écouter les personnes plus dominantes dans la société comme les personnes à la radio ou à la télé. Mais elle chante cette chanson à la radio, donc elle fait partie d’une de ces personnes-là. Il y a comme un 2e, un 3e ou un 4e sens. Mais quand j’écoutais ça quand j’étais petite, je comprenais fuck all. Et maintenant, de la réécouter, de retomber dedans, je capte un peu plus. »

« Dans certaines chansons, comme celle-là, elle joue un peu la nunuche contre son gré. Elle avait un peu eu la commande de faire des chansons pour enfants. C’est vraiment candide. »

Malgré toute son appréciation pour les chansons sélectionnées jusqu’à présent, il y en a une qui évoque encore plus son enfance et qui vient rebrasser des émotions plus que toutes les autres : Bébé Requin.

« Je pense que je comprenais peut-être mieux les paroles, c’est peut-être pour ça que j’ai vraiment accroché sur celle-là. C’est vraiment une toune pour enfant. Elle parle carrément d’un bébé requin. C’est comme une comptine ou une petite balade, pis I guess que ça me parlait à ce moment-là. »

« Quand je réentends la trompette dans cette chanson-là, ça me donne des frissons. »

« Quand je réentends la trompette dans cette chanson-là, ça me donne des frissons. J’ai des souvenirs tellement clairs. Je revois le salon chez ma mère en fin d’après-midi au printemps. J’étais vraiment petite. J’avais peut-être trois ou quatre ans, et ma mère me prenait dans ses bras pis on écoutait ça en boucle. Et moi je lui posais des questions. C’était ma chanson. Je lui demandais de me la chanter », se rappelle-t-elle.

Des chemins parallèles

En plus de tous ses souvenirs qui ont une résonance toute particulière, Karelle peut aussi remarquer certaines similitudes entre son récit et celui de la chanteuse française. Plus que de la musique à proprement dit, France Gall est l’exemple de la jeune vedette au talent indéniable qui a du grandir trop vite dans un monde d’adultes. Une avenue un peu difficile à traverser et dans laquelle la comédienne se reconnait un peu.

« C’est sûr que, dans mon cas, il y avait la différence où ce n’était pas mes parents qui m’ont forcé. C’était vraiment moi qui voulais faire ce métier-là. Mais si c’était à refaire, je pense que je commencerais plus tard », remarque-t-elle.

« Je pense qu’un enfant est censé avoir un développement quand même normal. Dans le sens qu’à 12 ou 13 ans, tu devrais rentrer à l’école secondaire, te faire des amis, tomber en amour, etc. Tu vis des affaires qu’un enfant de cet âge-là devrait vivre. Tandis que quand tu tournes jeune pis que t’es rapidement plongé dans un milieu d’adultes, c’est pas exactement ça qui se passe. »

« J’ai l’impression que ce sont des phases qui sont vraiment importantes, même cruciales, pis c’est comme si on m’avait enlevé ça. Et c’est un peu de ma faute, parce que c’est moi-même qui avais envie de faire ce métier. Mais oui, je me voyais peut-être un peu là-dedans. »

Désormais plus expérimentée et sachant un peu plus dans quoi elle veut se lancer, Karelle a évidemment un regard nouveau sur ces morceaux préférés de France Gall. « J’imagine que je comprends plus les paroles que quand j’étais petite. Je pense que j’aime encore plus ça. Quand j’étais petite, c’était surtout une voix et des mélodies. Maintenant, je comprends mieux son background. Je pense que ça fait en sorte que je l’apprécie plus, » remarque-t-elle.

« J’ai l’impression que ce sont des phases qui sont vraiment importantes, même cruciales, pis c’est comme si on m’avait enlevé ça. »

Longtemps guidée par les aléas du milieu et des personnages qui étaient relativement près de sa propre personne, Karelle se retrouve actuellement elle-même en pleine transition artistique. Inspirée par la liberté artistique qu’implique la création musicale au sens large, la jeune comédienne expérimente en studio avec des musiciens. Elle est également à la recherche de rôles plus costauds pour la challenger dans son métier principal. La suite se dessine tranquillement.

Karelle sera du nouveau film d’Éric Tessier, Tu te souviendras de moi, aux côtés de Rémy Girard, France Castel, Julie Le Breton et David Boutin. Le film prendra l’affiche au cours des prochains mois.

Elle tournera bientôt dans Death of a Ladies Man, un biopic inspiré de la vie de Leonard Cohen, aux côtés de l’acteur irlandais Gabriel Byrne. Le film devrait paraitre en 2020.

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