Sara Hébert

L’album culte de… Sonia Cordeau

Le film « Inside Llewyn Davis » a été l'étincelle pour beaucoup de ses projets actuels.

Sonia Cordeau ne se limite plus pour donner vie aux projets qui mijotent dans sa tête. Si on la connaît principalement pour ses rôles de comédienne (dont le fameux René des Rois de la Main), elle travaille aussi depuis quelques années sur des initiatives personnelles dont le Projet Bocal, sa compagnie de théâtre indépendant, en plus de son rôle d’auteure-compositrice-interprète au sein de la formation folk Joli-Bois.

Ce désir d’assumer de pousser enfin ses propres projets, elle le doit en partie aux chansons de Inside Llewyn Davis, une comédie noire des frères Ethan et Joel Coen, parue en 2013, qui présente les mésaventures d’un artiste folk blasé errant dans le Greenwich Village de New York en 1961. Le film est d’ailleurs librement inspiré par la vie du musicien américain Dave Van Ronk.

Fidèle admiratrice des frères Coen, Sonia s’est rendue en salle à la sortie du film alors qu’elle traversait une passe un peu rushante. L’expérience s’est avérée marquante et est venue brasser pas mal de choses en elle. « Ce film-là, on dirait qu’ils l’avaient fait pour moi. J’aimais les tounes, les acteurs, le contexte dans lequel l’histoire se déroulait, le feeling général du film. Et surtout la voix de Oscar Isaac. Tout était parfait. En sortant de la salle, je suis allée chercher l’album. » 

Produite par T Bone Burnett, la trame sonore de Inside Llewyn Davis se démarque d’ailleurs par ses chansons étant toutes, ou presque, interprétées par les acteurs du film : Stark Sands, Carey Mulligan, Justin Timberlake, Adam Driver, etc. Ensemble, nous avons survolé les différentes pistes de l’album.

500 Miles

Originalement écrite par Hedy West, cette chanson a été popularisée par une variété d’artistes qui sévissaient pendant le folk revival des années 1960. Dans le cas présent, la performance de Stark Sands, Carey Mulligan et Justin Timberlake a résonné très fort chez Sonia. « Je connaissais la version de Peter, Paul & Mary et celle en français de Gainsbourg, mais celle-ci est parfaite. C’est tellement beau. Je braillais quand je l’ai entendu pour la première fois au cinéma. »

« Dans les paroles des chansons folk du film, il est souvent question de sentiments raffinés. Dans le sens que les artistes vont prendre un sujet assez large comme l’abandon, par exemple, mais ils vont le développer de manière super précise. Ils vont souvent mettre des mots sur une émotion un peu floue ou un feeling physique. Ils vont aussi beaucoup aller dans les images qui font référence à la nature. Il y a quelque chose de contemplatif là-dedans. Et je suis quand même vraiment comme ça moi aussi. »

The Auld Triangle

« Celle-là, je trouve qu’ils l’ont tellement bien faite sur la trame sonore. J’aime les tounes a capella avec plusieurs voix où il y a plein de couches. Elle me fait vraiment triper. Il y a le glissement de doigts sur les cordes, les guitares qui résonnent un peu trop, etc. On entend les petites erreurs pis c’est correct. »

La plupart des chansons qu’on retrouve dans la trame sonore sont issues du répertoire américain, anglais et irlandais. Celle-ci, originalement écrite par Dominic Behan, ne fait pas exception à la règle. « Pour vrai, avant ça, j’aimais le folk mais j’écoutais des trucs comme Skeeter Davis pis Patsy Cline. Pis là, on dirait que ça m’a emmené à écouter des affaires un peu plus sales où tout n’est pas parfait. Depuis, j’aime les affaires pas trop slick. En fouillant, j’ai découvert beaucoup d’artistes que je ne connaissais pas. »

Please Mr. Kennedy

Dans le lot de covers se trouve cette chanson partiellement originale écrite par T Bone Burnett, agrémentée par Justin Timberlake et les frères Coen. Tout est une question de préférence « Celle-là me fait rire à cause d’Adam Driver. Elle me casse un peu le mood, mais des fois j’ai appris à l’aimer au fil du temps. Je trouvais que Justin [Timberlake] avait le bon ton dans le film. Il a réussi à me faire oublier son passé de cheveux frisés dans N Sync. »

Fare Thee Well (Dink’s song)

Directement tirée du répertoire traditionnel américain, Fare Thee Well faisait partie des pièces habituelles de Dave Von Ronk. Cette chanson de rupture a pris une nouvelle vie lorsque Oscar Isaac se l’est appropriée. Et ça vient certainement faire résonner une corde chez notre invitée d’honneur. « C’est sa voix qui vient vraiment me chercher. Et ça, c’est un genre de truc qui ne s’explique pas trop. Tous les sons qu’il fait, je les aime… sur l’album en tout cas, » précise-t-elle avec un certain rire dans la voix.

Comme une étincelle

La trame sonore et toutes les émotions qui y sont reliées auront finalement été l’étincelle que Sonia avait de besoin pour se lancer dans le vide. « C’est après avoir entendu ça, et le film aussi évidemment, que j’ai vraiment commencé à faire de la musique. Je jouais déjà de la mandoline pour le fun, pis après, j’avais envie que ça ne soit pas juste une joke. C’était comme l’étincelle qu’il me fallait. Tsé dans le film, ils ont juste un instrument (ou deux) et les arrangements sont super simples. Et au final, ça donne vraiment de la bonne musique. On dirait que ça a rendu tout ça plus accessible que je pouvais le penser. »

On dirait que ça a rendu tout ça plus accessible que je pouvais le penser.

C’est finalement par le Projet Bocal, aux côtés de ses comparses Raphaëlle Lalande et Simon Lacroix, que la musique originale aura réellement vu le jour, lors du spectacle Oh Lord qui explorait justement le folk américain et le terroir québécois. « Dans le show, on faisait une toune qui s’appelait Les Yeux Tristes. Celle-là était très folk. Je disais “Fare Thee Well” dedans. C’était vraiment inspiré sans gêne de Inside Llewyn Davis. C’était un peu ce qui m’avait donné la permission de me lancer là-dedans, » explique-t-elle.

Toujours aux côtés de Raphaëlle Lalande, sa fidèle complice, Sonia a ensuite poussé ses idées au next level : son duo de folk Joli-Bois. « Raphaëlle et moi, on composait chacune de notre bord depuis un certain temps. Elle jouait du ukulélé et moi de la mandoline. Pis environ trois ans après le show avec le Projet Bocal, on s’est toutes les deux séparées en même temps. On était comme un peu désœuvrées et on a commencé à écrire chacune de notre côté. Finalement, on s’envoyait nos affaires pour se rendre compte qu’il y avait un bon fit. C’est parti de même. » Depuis, le duo a lancé quelques singles sur les internets et a offert quelques spectacles. Elles ont récemment fait paraître un premier EP, Quand Les Vents, en 2018.

C’est une question de feeling

C’est avec un certain recul que Sonia peut maintenant mieux décortiquer et apprécier Inside Llewyn Davis. « Ça me rendait très émotive au début. No joke. Quand tu feel pas, c’est le genre de truc qui ne va pas te faire sentir mieux, mais un peu parce que c’est tellement triste que ça en vient à être complètement en symbiose avec ton feeling… Mais à c’t’heure, j’ai un détachement plus sain. C’est qu’il est tellement arrivé à un bon moment de ma vie. Ça me faisait vraiment du bien. Pis maintenant, je suis capable de l’analyser et d’être moins dans l’affect. Je peux l’écouter de manière plus cérébrale, » dénote-t-elle.

Sonia nous laisse sur ces sages paroles. « Dans certaines tounes, il y a certaines façons de faire qui ramènent vraiment à la base. Surtout dans The Death of Queen Jane, par exemple. En finale, il répète la même ligne. Il ouvre et ferme des genres de parenthèses. J’aime ça. Je peux percevoir la simplicité et l’essence de la création là-dedans. On dirait que des fois, ça me décomplexe dans mon écriture, que ce soit pour le théâtre ou en musique, et je vais plutôt chercher à y aller au feeling. C’est vraiment ce que ça m’a inspiré. »

Les chansons du duo folk Joli-Bois sont toujours disponibles en ligne. Pour écouter (ou acheter) le EP Quand Les Vents, on se rend sur leur page Bandcamp juste ici. Pour suivre le groupe, c’est ici.

Le Projet Bocal annoncera un nouveau projet dans les prochaines semaines. Pour rester à l’affut, ça se passe ici.

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