Mélissa Desjardins

L’album culte de… Vincent Léonard

On a survolé l’Album blanc des Beatles avec l’humoriste.

Repousser les limites de son art, voilà ce qui anime l’humoriste Vincent Léonard au sein des Denis Drolet depuis plus de vingt ans, au côté de son ami d’enfance Sébastien Dubé. Cette volonté de repenser sa propre démarche artistique n’est pas étrangère à la découverte d’un album mythique dans lequel Vincent s’est confortablement réfugié au début de l’adolescence : le White Album des Beatles.

« Y’a toujours des conversations autour de cet album-là, admet Vincent, d’entrée de jeu. Il est un peu mythique parce que la chicane était pognée et y’a des genres complètement débiles. Ça ressemble vraiment à ce que j’aime. Ça va dans tous les sens et c’est assumé au bout. »

Paru en 1968, The Beatles (surnommé « l’Album blanc ») est le neuvième album des Fab Four. Cet album double est une proposition audacieuse sur laquelle chaque Beatles explorait ses propres idées et chansons inspirées d’une retraite de méditation à laquelle le groupe avait participé en Inde quelques mois plus tôt. Le résultat est un mix éclaté de rock, de ska, de blues et de musiques expérimentales annonçant les tensions qui allaient bientôt se creuser entre John, Paul, George et Ringo.

Bref, un véritable classique du genre qu’on a survolé avec le « Denis à’ palette »!

Mont-Laurier, mon Blanc

C’est à 12 ans, alors qu’il venait de quitter son St-Jérôme natal pour s’installer à Mont-Laurier, que Vincent, loin de ses amis, a apprivoisé l’Album blanc. Il deviendra au fil du temps son préféré.

« Cet album-là, j’en parle pis j’ai des frissons. Moi pis Sebas, vers 12 ans, on venait de découvrir les Beatles, on capotait là-dessus pis là je déménageais à Mont-Laurier. Je me suis réfugié dans les Beatles, dans les textes du White Album que j’avais réussi à acheter. Il était précieux. Je retranscrivais le texte de Julia dans mon agenda, » se remémore-t-il

« J’étais vraiment malheureux là-bas. Je suis arrivé comme un grand fan des Beatles pis je clashais. C’était un autre mode de vie, pis moi j’arrivais avec mes grands chandails, j’m’habillais comme les Beatles, j’avais les cheveux aux mamelons, je parlais à personne pis j’avais des livres de Ionesco. Je ne comprenais pas tout, mais je savais que c’était ça que j’aimais pis si ça n’avait pas existé à ce moment-là dans ma vie, ça aurait été tough. »

Un (très) bref survol de l’album

Amateur des chansons plus douces et plus space de l’Album blanc, Vincent admet qu’il referait le pacing de l’album. Moins intéressé par les singles plus rock comme Back in the U.S.S.R. et Ob-La-Di, Ob-La-Da, ce sont les chansons peut-être moins connues qui retiennent son attention, encore aujourd’hui.

Glass Onion

« C’est souvent dans les textes à Lennon [que ça ouvrait des portes dans mon imaginaire], admet Vincent en riant. Une chanson comme celle-là, ça m’a ouvert l’esprit à la créativité, à d’autres sortes de musiques. J’apprécie les sons et le fait de repousser ça plus loin. Il y a aussi la part de George Martin au montage, aux sonorités, aux ambiances.

Les images fortes comme celle d’un oignon en verre ont fait leur chemin dans le monde des Denis. On pense notamment à leur chanson Une gomme en bois. « C’est sûr qu’il y a des parallèles à faire dans nos compositions. Ils nous ont fait vibrer. C’est là toute la valeur de John, regarder ses textes et se dire ‘’ayoye, c’est malade cette écriture-là. Il faut faire ça!’’ »

Blackbird

« Moi, Blackbird, je me gaze jamais. De toutes les tounes des Beatles, c’est les ballades que j’ai toujours le plus appréciées. Des chansons comme Julia ou I Will, qui a été la chanson de mon mariage. Et de toutes les ballades, pour moi, celle-là, c’est peut-être la plus aboutie et la plus belle. Je joue pas de guit, mais je suis capable de jouer Blackbird. »

« Pour ce qui est de la créativité, la folie, la spontanéité, pis la rage de John, c’est sûr que j’ai ça aussi en dedans de moi, à plus petite dose. Mais disons que le côté de Paul qui guide les projets, qui veut toujours garder ça en vie, qui essaye d’être rassembleur, c’est pas mal moi. Pis la tendresse aussi. »

Revolution 9

« J’étais choqué quand je l’ai entendu pour la première fois. Je voulais l’aimer et j’avais le désir d’embarquer dans un délire psychédélique expérimental débile, mais j’étais plus fan des autres ballades. Pis plus je vieillis, plus je l’écoute, plus on dirait que ça purifie. On dirait qu’après un certain temps, t’es ouvert à tout, » explique-t-il.

« Ça nous ramène juste à la spontanéité du moment et au fait de ne pas attendre la mélodie ou ce qui est convenu. C’est de ne pas savoir où s’en aller, de toujours découvrir un autre son. Y’a des rythmes, des sons de bébé, les violons à l’envers. C’est malade! C’est d’ouvrir les portes de l’esprit et de sortir de la musique pop. »

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre

L’œuvre, avec ses trente chansons, s’étend bien évidemment bien au-dessus de notre échantillon.

« Je trouve que chacune des chansons a son importance pour les Beatles, pour l’évolution de la musique. Y’a Revolution 9 là-dessus, puis ça passe aux petites balades de Paul McCartney, mais aussi à Helter Skelter. Y’a aussi Savoy Truffle et Rocky Racoon. C’est devenu un album précieux pour moi, mais je pense qu’il prend du temps à se faire apprécier. Il est plus compliqué. Pis même si c’est un album un peu moins bien ficelé, chaque chanson dégage quelque chose d’abouti, » affirme Vincent.

Au-delà des chansons, l’évolution du groupe laisse sa trace « Le look des Beatles vient me chercher dans cet album-là. Ils ont arrêté de se suivre et chacun a sa personnalité claire : John s’est laissé pousser les cheveux, Paul est resté Paul, George a commencé à avoir une petite barbe après son voyage en Inde qui a teinté toute sa vie. L’album a été important dans leurs vies (et dans la nôtre). »

« Et après l’avoir découvert, on a eu le désir de composer nos propres tounes, de composer des mélodies, de faire de ce langage-là des images éclatées qui des fois déclenche des rires, et des fois non. Des fois tu te demandes même ce qui s’est passé pour en arriver là. »

Encore plus loin

Bien installé dans le paysage humoristique québécois, « Denis à palettes » assume qu’il reste assurément des traces du White Album dans sa démarche.

« Les Beatles étaient encore jeunes à ce moment-là, mais ils étaient matures dans leur démarche. Je pense que nous, on a pris beaucoup plus de temps, mais on est rendus à la même maturité artistique. Les couleurs sont précises, il y a le caractère, le côté assumé de la patente. »

« En fait, c’est de me dépasser. C’est d’aller toujours plus loin pis de surprendre les gens avec quelque chose de nouveau. Je suis toujours à la recherche de la prochaine façon de puncher, de l’endroit où le personnage va aller… probablement où on ne l’attendait pas… »

« Au stade où on est rendus dans les Denis, on est à peu près à notre White Album. Notre show Comme Du Monde [leur troisième spectacle, lancé en 2010], ça a été un gros succès, ça a gagné des prix, c’était plus léché et théâtral. C’était les Denis dans un cadre qui se peut. Y avait quelque chose à la Sgt. Pepper’s, y avait un concept et quelque chose dans le look, » admet Vincent, pensif.

« Et c’était pas voulu, mais j’réfléchissais à ça, pis j’me disais qu’on en est là avec notre quatrième show En Attendant le Beau Temps. Y a quelque chose de Magical Mystery Tour pis du White Album au stade où on est rendu. Ça fait que c’est très éclaté, mais complètement assumé dans le sens qu’on fait ce qu’on veut et on est à puissance mille dans notre patente. Ça passe de l’humour trash, à l’absurde, au jeu de mots, à de la tendresse, etc. Ça ressemble un peu au White Album. »

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