L’album « Ye » : un Kanye West instable et intouchable

« Je déteste être bi-polaire, c'est génial. »

Vendredi passé, comme annoncé, Kanye West a sorti son nouvel album intitulé Ye. Deux ans après The Life of Pablo, et seulement quelques semaines après avoir créé de nombreux scandales, on peut dire que le retour de Yeezy était attendu, ou du moins anticipé, pour autant de bonnes que de mauvaises raisons.

Disons en effet qu’au cours des dernières semaines, Kanye avait fait beaucoup jaser en déclarant à TMZ que l’esclavage était un choix, en plus d’avoir appuyé Trump sur Twitter, le tout en s’impliquant dans le fameux beef entre Pusha T et Drake qui dure depuis une semaine maintenant.Dans ce court projet de 7 chansons produites par lui-même, Yeezy revient sur son année en dents de scie, qu’il qualifie lui-même de « shaky-ass year » (No Mistakes). Il aborde entre autres les événements de TMZ, son hospitalisation de 2016, et surtout ses problèmes de santé mentale. Ye, c’est Kanye à son plus vulnérable, tout en restant pertinent.

Dès la première chanson, I thought about about killing you, il avoue avoir déjà pensé au suicide. Dans son refrain, il explique qu’il a déjà songé à se tuer, et que s’il a déjà pensé à tuer la personne qu’il aime le plus au monde (c’est-à-dire lui-même), très probablement qu’il a pensé à tuer d’autres personnes.

Ces lignes, répétées 4 fois dans la chanson, ouvrent l’album sur une confession. Elles donnent tout de suite à l’auditeur l’impression de se retrouver dans le journal intime de ce millionnaire mégalomane, oui, mais aussi hautement instable et malheureux.

Les confidences du rappeur de Chicago se poursuivent dans la deuxième chanson,  Yikes, alors qu’il avoue pour la première fois être bipolaire. Cette déclaration fait d’ailleurs écho à la pochette de l’album, que Kanye a pris la veille du lancement de l’album avec son iPhone, sur laquelle on peut voir des montagnes du Wyoming avec l’inscription I hate being bi-polar it’s awesome.

Cette bipolarité, il refuse de la voir comme quelque chose de négatif. C’est pourquoi à la fin de Yikes, le rappeur déclare que sa condition n’est pas un handicap, mais un superpouvoir : I’m a superhero! dit-il, avant de lâcher un cri de tourmente.

Cette thématique de la bipolarité, de la double personnalité « maniaque » et « dépressive » du MC est d’ailleurs un thème récurrent sur l’album. On finit par comprendre que le Kanye « Dieu » (maniaque) a peur du Kanye dépressif :

Sometimes I scare myself, myself . (Yikes)

I’ve been tryin’ to make you love me / But everything I try just takes you further from me. (Ghost Town)

But sometimes I think really bad things / Really, really, really bad things. (I thought about killing you)

Le côté Dr Jekyll/Mr Hyde de l’album donne l’impression à l’auditeur de se trouver dans une montagne russe. Lorsque Kanye est en haut de la côte, il se célèbre et dit qu’il ne prend pas de conseils de gens qui ont moins de succès que lui; une fois dans le creux de la vague, il s’excuse à sa femme pour ses déclarations à TMZ.

Ces deux moods totalement assumés sont justement ce qui déstabilise le public qui ne comprend pas Kanye, et même ses fans. Difficile de savoir où se situer entre le Kanye qui assume à 100 % ses torts et ses « défauts », et celui qui n’hésite pas à déclarer qu’il est le meilleur?

Doit-on le prendre dans nos bras, ou l’envoyer chier?

Cet album me fait penser au dernier rap battle à la fin de 8 Mile, lorsque B-Rabbit (Eminem) utilise son round pour rire de lui-même, avant que son adversaire le fasse. Désamorçant lui-même toutes les possibles flèches qu’on pourrait lui envoyer, il laisse son ennemi sans munition.

Et c’est exactement ce que Kanye fait dans « Ye ».

En parlant de sa dépendance aux opioïdes, son hospitalisation, sa bipolarité, ses idées suicidaires, mais aussi de son génie, Kanye explique son comportement, sans le justifier; il se présente à la fois comme le maître et la victime de sa condition. Le superhéros et le martyr.

Durant 24 minutes, Yeezy se livre en pâture à ses fans, tout en attaquant tout le monde. Une fois l’album terminé, il nous tend le micro en disant « Here, tell these people something they don’t know about me ».

Le public reste alors bouche-bée.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up