Germain Barre

Langue Sale : Busy Nasa brasse le rap anglophone

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, on parle de Guy A. Lepage, des views d’Enima et de la relève du rap anglo montréalaisLessgo!

Jeune Loup — Céline

« J’ai des images de Guy A. Lepage

Qui me pose des questions à Tout le monde en parle

Les murs ont des oreilles et les briques parlent »

Je ne pouvais passer sous le silence la sortie de RX, le premier projet de Jeune Loup. Arrivé comme un ovni il y a quelques mois avec Back sur le BS, le rappeur affilié au LITGANG de Mike Shabb et Kevin Na$h, entre autres, arrive avec le EP de dix chansons, le projet le plus court du rap jeu. La production minimaliste de Shabbo sied parfaitement Big W: c’est évident sur Céline, où les quelques notes de piano viennent donner une ambiance bien trapped out.

Ce qui me fascine chez Jeune Loup, c’est sa capacité à mélanger les références street et le knowledge québ. D’une phrase à l’autre, on passe du Xanax à Guy A. Lepage. Dans une scène street rap où énormément de gens s’efforcent à sonner comme des Français, des gars comme Jeune Loup ou Tizzo arrivent à proposer quelque chose d’original, de typiquement québ dans l’âme, mais adapté aux codes du street rap. Ce n’est pas pour rien que, dans la majorité des cercles rap de la métropole, les deux rappeurs monopolisent les conversations.

Ce qui est frappant avec Big Wolf, c’est que malgré sa désinvolture, il a des vraies punchlines et un débit qui le rend relativement attachant. Il arrive à créer des images fortes, comme lui qui serait invité à TLMEP, ou sa reprise de l’expression « les murs ont des oreilles » pour faire comprendre que dans la rue, tout s’entend et tout se dit. C’est con de simplicité, mais génial dans l’approche. Des fois, il n’en faut pas plus que ça.

Enima feat VT Toute la nuit

« On a des armes, avec de la drogue et des numéros

J’ai mis 100 000$ sur l’avocat, j’beat le case ooooohh »

Je vous ai parlé récemment d’Enima à la sortie du vidéoclip de la chanson Easy, premier single de son album De rien, dont la date de sortie avait beaucoup fait jaser. Une semaine plus tard, on apprenait que l’album était repoussé au 29 mars. Peu importe les raisons, le rappeur de St-Léonard a sorti ce featuring avec VT pour ne pas laisser ses fans en reste.

Ce qui est fou, c’est qu’Enima pète des scores jamais vus pour un rappeur d’ici en termes de views. Certaines langues sales (pas la mienne) prétendent qu’il s’agit de supercherie, de fausses écoutes achetées dans des recoins lugubres d’Internet. Sauf qu’il s’agit aussi peut-être de la nouvelle réalité du street rap montréalais, de plus en plus populaire en Europe. La chaîne YouTube d’Enima compte 40 000 abonnés et un 200 000 views en une semaine, c’est pas si louche. Si certains se surprennent de la montée rapide des écoutes, il faut surtout reconnaître et célébrer la montée en flèche de l’intérêt local et international pour le rap d’ici. Supercherie ou pas, l’engouement est clair d’ici jusqu’à Paris. 

Si on retourne vers la chanson, j’aime beaucoup le back-and-forth entre les deux rappeurs qui s’échangent des bars librement à travers la chanson. Très complémentaires, Enima et VT arrivent avec une bonne vibe, même si on doit reconnaître qu’Enima est bien au-dessus de son jeune collègue pour la qualité de son écriture. Peu importe, c’est bien de voir un gars comme Enima offrir ce genre de plateforme à un jeune up-and-comer comme VT.

Surtout, on sent un Enima libéré et décomplexé, lui qui, comme il le dit si bien, a réussi à se tirer de tous ses problèmes légaux, et peut désormais se concentrer à fond sur la musique. Il en doit une à Serge Avocat sur celle-là.

Busy Nasa — Fixate

« Couple snakes in the grass

Don’t need snakes on my belt

Couple haters in the past, couple bitches in the trash

I was right, so I left »

Parlant du LITGANG, Busy Nasa est probablement le prochain rappeur du crew à se démarquer. Plus traditionnel dans son approche de l’écriture que ses collègues, Nasa est ce qu’on appelle un rapper’s rapper: il a les bars, le flow et l’attitude que les rappeurs aiment, mais que le public snobe parfois. Par contre, sur Fixate, il arrive avec une proposition qui mélange bien son univers avec celui de ses patnè du LITGANG qui risque de mettre tout le monde d’accord.

La scène anglo est bizarrement tranquille en ce moment et ça va prendre des nouveaux challengers comme Busy Nasa pour brasser un peu la cage, ce qu’il fait très bien sur Fixate, petit brûlot d’un peu plus de deux minutes qui met la table pour son EP Stay Off the Internet, qui devrait être disponible dans la prochaine semaine. D’ailleurs, je ne peux passer sous le silence le nom du EP qui est génial et qui, au minimum, attirera sûrement l’attention des auditeurs.

En tout cas, je l’espère, car Busy est le genre de rappeur qui peut sortir des punchlines de fou tout en étant capable de faire des chansons qui s’écoutent bien. Dans un paysage où les mumble rappers racontent les mêmes choses de la même façon, et se reposent sur la puissance des 808s pour faire vibrer les gens, ça prend des rappeurs capables d’utiliser ce vibe tout en gardant un flow et une écriture de haut niveau.

Et même si Busy Nasa n’a pas besoin de peau de serpent sur sa ceinture, on lui souhaite que le rap finisse par payer assez pour qu’il puisse en acheter une quand même.

SHOUTOUTS

Un gros shoutout aux boys de L’Amalgame qui arrivent avec Concret, un gros track bien hype qui prépare parfaitement le terrain pour leur nouvel album Aux frontières du concret qui sera disponible le 29 mars. Des shoutouts au verse de Sould… Vendou, et au adlib à la Damso de John Ouain. C’est effectivement très très concret tout ça.

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