Germain Barre

Langue Sale : Planet Giza collabore avec Mick Jenkins

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

On arrive en force cette semaine avec la preuve qu’il est possible de sortir de Montréal en faisant du rap anglo et on prend des conseils financiers de Lost et Soubillz.

Planet Giza feat Mick Jenkins – Brk Frm Nrml

« I’m tryna fly and go to space with you babe

Let’s have a conversation with an alien

So we can run right back at Earth and tell them what they’re missing »

Je vous l’ai déjà dit dans une chronique précédente, mais je le répète: Tony $tone, c’est le meilleur. Il a le flow, la voix, l’écriture et la vision nécessaires pour faire de grandes choses. Si on a toujours considéré le membre de Planet Giza comme étant l’avenir de la scène musicale d’ici, bah, on va se le dire: l’avenir, c’est maintenant.

Planet Giza, aussi composé des producteurs Rami.B et DoomX, revient en force avec Brk Frm Nrml, une très grosse track qui marque par sa douceur. Plus gros exploit encore : elle met en vedette Mick Jenkins qui est, à mon avis, un des meilleurs rappeurs américains du moment et qui livre un verse plutôt dope. Si la chanson n’est pas nécessairement une démonstration de la qualité de la plume de $tone, on peut quand même trouver des petites pépites d’or, des images qui font réfléchir, comme la partie citée plus haut. Surtout, c’est la musicalité du flow de Tony qui shine alors qu’il enchaîne les flows, les notes et les débits sans trop d’efforts. Il se tape même une partie en falsetto, c’est pas rien!

Ce que j’ai surtout envie de vous dire par rapport à cette chanson, c’est que les gens qui pensent que les rappeurs anglophones locaux ne peuvent pas sortir de Montréal se trompent ben raide. La vérité, c’est qu’il est extrêmement difficile de se faire voir dans un climat artistique où toutes les grandes villes du monde ont des rappeurs anglophones talentueux. C’est certain que de notre perspective, il est incompréhensible que certains des rappeurs anglos du coin ne percent pas ailleurs. En réalité, ils ne percent pas parce qu’en dehors de la ville, ils ne sont finalement pas si spéciaux.

Surtout, il est important de ne pas comparer avec la scène francophone. Parce que quand on fait du rap en français au Québec, on se bat avec des dizaines, ou peut-être une petite centaine de rappeurs crédibles. Lorsqu’on fait la même chose en anglais, on se bat contre des dizaines de milliers d’artistes. Vous comprendrez que c’est pas du tout la même game quand vient le temps de se démarquer.   

Ceux qui sont spéciaux, comme Tony $tone (ou son jumeau cosmique Zach Zoya), finissent dans des maisons à Los Angeles à faire de la musique avec Mick Jenkins.

YH – 200v

« Change de plug

J’suis à 200v »

Encore une fois, il n’est pas nécessaire de réinventer la poésie francophone pour avoir des bonnes bars, ni d’écrire des lignes interminables. Des fois, tout est dans la légèreté et la subtilité, comme ici avec YH. Tout ce que ça prend, c’est une petite ligne qui joue sur les courants électriques et sur le concept de plug – le fournisseur de produits illicites – pour me faire faire ce genre de face:

La chanson est entraînante et transmet une énergie à l’auditeur qui nous donne envie de la bumper à répétition et de changer de plug, même si la nôtre est parfaitement chill. J’aime bien ce genre de street rap, basé sur le succès, sur le désir de changer ses conditions de vie. Ça diffère de la violence constante que certains rappeurs du street se tuent à propager. Je dis ça, mais en même temps, j’adore le rap violent aussi, ayant accumulé plus de 100 écoutes de Chasse à l’homme de Niska.

Au final, YH, rappeur cagoulé, est arrivé d’un peu nulle part, avec une immense track qui a marqué les esprits – le mien, en tout cas. Alors catch-moi dans le street à crier : « on a claqué, le crime paie, paquet dans le jeans man! »

Soubillz feat Lost – Pour La Mula

« Y’a rien qui a changé à part que j’peux plus mettre toutes mes économies dans mes poches

J’fais des dollars mais j’fais pas de folies je pense au futur ainsi qu’à mes proches »

Après le changement de plug, on a ici droit à de sages conseils financiers de la part de Lost. Une fois le plug changé pour du 200v, on développe un autre problème: la mula ne rentre plus dans les poches. C’est un signe de succès évident, parce qu’on a tous déjà vu des rappeurs sortir des stacks gigantesques de leurs poches.

Il y a deux solutions possibles à ce problème: dépenser tout le cash ou l’économiser pour les temps durs à venir. Lost a choisi la deuxième solution et on le félicite, parce que dans un genre où les rappeurs se bousculent pour étaler leur opulence, le rappeur du 5Sang14 nous offre une leçon de lucidité. Pas de gros chars, pas de gros bling, juste des propos concrets et un peu d’intégrité.

Tout ça est mêlé à l’ambition de Soubillz, jeune rappeur qui s’est démarqué en 2018 par ses nombreux clips, notamment avec Lk Tha Goon. S’il fait son thing pour la mula, SB est également conscient des dangers que la monnaie amène, alors qu’il affirme que « pour la mula, y’a plein de gens qui ont dû succomber ». Morale de l’histoire, faisons comme Lost: on stack et après on reste tranquille sans trop s’afficher question de profiter sereinement de ses profits.

SHOUTOUTS

Un gros shoutout à Salimo qui s’est rendu au Moyen-Orient pour tourner le clip de sa chanson Everyday et le rendu est franchement dope. On attend beaucoup du jeune rappeur en 2019.

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