Germain Barre

Langue Sale : Dramatik renait de ses cendres

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, on souligne le retour de Dramatik, grand OG du game, l’ouverture de Robert Nelson et le franglais européen de Kekra.

Dramatik – Ghetto Genetik (Tome 5)

« Deux clans se battent et le troisième est là

Invisible comme un Rockefeller

Ceux qui contrôlent le ghetto ont un coeur avec aucun battement comme un a capella »

Je vous parle souvent de l’essor du rap québ ces temps-ci. Si cette montée en popularité est explicable principalement par la nouvelle vague d’artistes, elle doit aussi profiter aux OGs ,comme Dramatik, qui ont pavé le chemin pour que les Loud, FouKi et autres fassent leur place. C’est donc avec grand bonheur que j’ai écouté Ghetto Genetik (Tome 5), premier single de l’album Le phénix, il était plusieurs fois. L’album, qui sera disponible le 17 mai 2019 via 7ième Ciel est un nouveau volet de la série Ghetto Genetik qui revient souvent dans les albums de Drama.

On y retrouve un Drama en grande forme, au flow toujours aussi affûté, en osmose avec les bombes multisyllabiques que le vétéran balance phrase après phrase. C’est également une belle actualisation au niveau du style alors que le membre de Muzion flirte avec les flows et les cadences trap, sans jamais tomber dans la facilité ni la copie. Il se permet même à la fin de la chanson un petit passage autotuné. Le rappeur, qui signe également la production de Ghetto Genetik (Tome 5), est en pleine forme, et ça augure extrêmement bien pour l’album.

Dans ses lyrics, Drama nous fait encore part de son amour pour l’allitération, qu’il manie habilement. Le lyriciste est au sommet de son art, et les homophones se mélangent pour créer un univers verbal dense, sans pour autant confondre l’auditeur. Surtout, c’est rempli de knowledge. Y’a des punchlines et du gros life talk, le tout avec une énergie débordante. Cette énergie est contagieuse, et donne envie de tout pitcher dans les airs pour aller bounce avec Dramatik. On sent aussi un genre de sentiment d’urgence de la part du vétéran du rap québ. Pas par rapport à sa carrière ou sa vie, mais plutôt par rapport au monde dans lequel on vit. Tout va vite, et on le ressent dans son flow vigoureux.

En tout cas, cet extrait met la table de façon admirable pour ce nouvel opus à paraître. Drama est un monument du rap d’ici, alors célébrons le phénix avant qu’il n’ait à renaître de ses cendres à nouveau.

Robert Nelson feat Knlo – Le ruisseau est motivé

« Tu devrais ouvrir un livre

Au pire check juste les images

Demande-toi pas pourquoi c’est toujours au masculin quand on se demande c’est qui l’cave »

QUEL. GROS. VIBE.

Non, mais sérieux là! Le boy Robert Nelson est arrivé sur un immense vibe. Je me demandais ce que nous réservait le membre le plus volatile d’Alaclair Ensemble avec son album solo Nul n’est roé en son royaume. Finalement, c’est un mélange parfait de knowledge, d’humour et de philosophie à la Bobby Nel’ comme on l’aime.

Avec son boy KNLO en feat, Le ruisseau est motivé ne pouvait qu’être un gros vibe, et ça ne déçoit pas. Le piano un peu jumpy sied parfaitement le style des deux rappeurs qui arrivent avec des flows qui rebondissent habilement sur le beat. D’ailleurs, les lignes de piano signées Caro Dupont qui entrent au début du deuxième verse de Bobby sont juste incroyables. Pis sérieux, Ogden drop tellement de gros savoirs dans la chanson, chaque bar mériterait qu’on s’y attarde.

Malheureusement, question d’espace et de temps, j’vais seulement vous parler de la citation plus haut. Parce que la culture et le savoir, c’est important, et ça, on peut l’upgrade en lisant, surtout. Sauf que Robert Nelson est un homme du peuple, et il comprend qu’en 2019, ce n’est plus tout le monde qui sait lire. Faut dire qu’on a réussi à retourner à l’Égypte ancienne: en 2019, on vénère les chats et on écrit en hiéroglyphes. Alors, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Puis, on a aussi réalisé l’ampleur des dommages du patriarcat dans la société moderne. Content de voir que le Roé en est conscient, malgré sa noblesse et sa position de monarque du Bas-Canada.

L’important, c’est d’être capable de se regarder dans le miroir et de dépasser notre seule perspective sur le monde. Si on commence à écouter ceux qui ont des vies différentes des nôtres, on pourra peut-être finir par se comprendre. En gros, NE SOIS PAS LE CAVE DONT ROBERT PARLE.

Kekra feat Niska – Vréalité

« J’suis qu’à five percent, l’game en a la haine, j’sais pas s’tu vois la scène

Pas d’problème, j’circule dans leurs veines parce que zombie saigne

Leur corps est d’or, mais ces nnes-chie mordent, like a Wolverine

Elle m’parle de love, j’fais déjà mes loves, qu’est-c’que ça m’amène »

Grosse collaboration française alors que l’omniprésent Niska se joint au cagoulé Kekra le temps de Vréalité, une bonne track bien faite qui sonne un peu beaucoup comme du Enima, surtout pendant le refrain.

Ce que je trouve fascinant, c’est l’utilisation du franglais de Kekra. Qu’on ne se demande pas pourquoi le rap québ est finalement en train de percer en France; c’est parce que même les rappeurs français se sont mis au franglais. Quand j’entends le «everyday» de Kekra, ça me propulse directement dans mes référents du rap québ des dernières années. Ça pourrait être du Enima, du Lost, du White-B, du Salimo, etc.

Attention, n’allez pas croire que ça me dérange! Au contraire, je trouve ça bien que les langues se mélangent pour former un nouveau French international (hehehe). Bon, probablement que Céline Galipeau va être un peu perdue, elle qui était auparavant le symbole du français dit «international». Sauf que finalement, si Loud peut bump en France avec des chansons comme Hell, what a view ou TTTTT, c’est que le public européen est prêt à dealer avec le mélange de l’anglais et du français.

Puis c’est tant mieux, parce qu’il y a tellement de bons artistes qui vont sortir du Québec dans les prochaines années que l’Europe est mieux d’être prête. Serré dans un jet, Québec arrive.   

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