Germain Barre

Langue Sale : Enima célèbre la fin de ses problèmes judiciaires

Si le street rap se porte bien, on ne peut en dire autant des finances d'Enima

Les semaines passent, et la langue reste sale. Cette fois-ci, on salue le renouveau de l’ignorance montréalaise, le realness de Izzy-S et on se pose des questions sur les capacités mathématiques d’Enima.

Jeune Loup — Back Sur Le BS

« J’pense que c’est Jeune Loup le D.R.

J’trap dans le back end, j’suis un quart-arrière »

Y a trois semaines, Jeune Loup est sorti de nulle part avec son clip pour la chanson Back Sur Le BS. Au début, j’étais un peu perplexe, j’avais l’impression qu’on avait droit à un autre G.I. Joe qui se vante de recevoir des chèques du gouvernement.

Sauf que non, le rappeur de Villeray est plutôt back sur son bullshit. On sait pas trop quand il a été sur son bullshit avant ça, vu que c’est la première fois qu’on entend parler de lui, mais il arrive avec un vent de fraîcheur sur le rap jeu montréalais.

Proche du LITGANG de Mike Shabb et Kevin Na$h, Jeune Loup se démarque avec un flow volontairement très offbeat. Ça va faire saigner les tympans des puristes, mais c’est en phase avec les Smokepurpp, Hoodrich Pablo Juan et autres rappeurs aux flows décalés qui sont en train de blow up aux States.

Si les lyrics ne sont pas marquantes, je me suis surpris à drop des « ta main bitch est sous sip » de façon random. La qualité des paroles, ça ne se juge pas juste aux acrobaties verbales, mais aussi à ce que j’appelle le facteur « pogné dans tête ». Si tu détestes une chanson, mais qu’elle te reste dans la tête, c’est qu’elle est bien écrite. Même si elle ne révolutionne pas le genre.

Justement, Jeune Loup ne révolutionne pas le rap, mais il vient brasser le rapkeb avec un style nouveau dans le paysage du street montréalais. Si on se fie à son compte Instagram, le meilleur est à venir puisqu’il a été en studio avec Rowjay, Freakey!, 8Ruki et ses boys du LITGANG. À suivre!

Enima — Détour

« Il faut que j’roule un joint toutes les 8 barres

Ma nouvelle pute fait dix mille dollars tous les 8 soirs (ouh, ouh)

J’vois un millionnaire devant le miroir (d’vant le miroir)

J’vais pisser dans leur bouche, je suis l’abreuvoir »

Je dois vous avouer que j’ai été assez déçu par cette chanson. Comme tout le monde, j’attendais impatiemment le retour de celui qui a été le précurseur de la vague street rap actuelle. En plus, l’intro du vidéo laissait croire qu’Enima allait snap sur ses détracteurs, qu’il allait finalement répondre aux haters maintenant que ses troubles légaux sont derrière lui.

Pis finalement… ben non. Déjà, j’ai du mal à ne pas entendre l’instru de Réseaux de Niska quand j’entends le beat de Détour. Ensuite, on a droit à un autre exercice d’autosnitching sur un beat soft où on se dit que le rappeur d’origine algérienne n’a pas appris de ses leçons… ou se croit au-dessus de la loi (respect à @sergeavocat sur Instagram, les vrais savent). Une chose est sûre, on repassera côté respect des femmes et hygiène. J’aimerais bien savoir quand même dans les bouches de qui il compte pisser…

Aussi, on a fait le calcul. Si on accepte que l’employée d’Enima lui rapporte dix mille dollars tous les huit soirs (drôle de semaine de travail…), et qu’elle ne prend pas de vacances, elle lui rapporte environ 450 000 $ par année. Pis, si c’est sa meilleure employée, et que celles d’avant ne rapportaient pas autant… on est loin du millionnaire qu’Enima voit dans le miroir. Il devrait demander conseil à SP qui est « in love avec le cob c’est tout ».

Ma conclusion c’est qu’Enima, sur ce track, c’est un peu une frite du St-Hubert : froid et mou.

Izzy-S — Empire

« C’est vrai qu’j’ai des balles dans le corps

Mais j’peux te dire que j’ai plus d’ennemis que d’amis qui sont morts

Force à tous les musulmans

Quand je suis face à la police moi aussi je n’aime pas les porcs »

Izzy-S est probablement mon rappeur préféré du mouvement de l’Est de la métropole en ce moment. Le rappeur de St-Michel est real, a du cœur à revendre et a su revenir fort après être passé près de la mort, notamment grâce à son passage remarqué dans l’édition québ de Rentre dans le Cercle.

On le retrouve ici avec le premier single de son prochain album, qui sortira à la fin novembre. Coproduite par Ruffsound, la chanson est efficace et pourrait potentiellement traverser l’Atlantique, avec le bon backing.

Ce qui est bien, c’est qu’Izzy-S ne sacrifie pas la qualité de sa plume pour essayer de blow up. Pendant que tous les rappeurs de seconde zone tentent de refaire Toutes les femmes savent danser ou Kankan, Izzy arrive des punchlines, du vrai shit, un vécu qui se ressent.

Finalement, Izzy-S feel un peu comme un underdog qui va finir par dépasser son statut et gagner la popularité qu’il mérite. On lui souhaite, parce qu’au milieu de tous les clones qui font de la musique pour la France alors qu’elle regorge déjà de clones elle-même, Izzy amène quelque chose de vrai et de typiquement montréalais.

SHOUTOUTS

D’abord, un gros shoutout pour les gros bonnets d’O.G.B. qui ont sorti un beau clip pour la chanson Pojanti, une de mes préférées sur leur premier album Volume 1.

Aussi, une grosse dose de respect sur les noms de Ruffsound et d’Ajust qui ont remporté le Félix dans la catégorie « Réalisateur de l’année » pour leur travail sur Une année record de Loud. C’est la première fois qu’un album de rap queb remporte ce prix, et c’est probablement le meilleur symbole de cette scène qui n’a plus rien à envier aux États-Unis ou à la France en termes de qualité de production.

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