Germain Barre

Langue Sale : on fait des maths avec Tizzo

Le roi des adlibs est de retour.

Cette semaine, on célèbre les adlibs de Tizzo, les références à la Grèce antique de Sam Faye et l’humain qui se cache sous Orelsan. Action!

Tizzo – Intro (J’ai faim)

« (C’est fou!) Pas mind nous on frappe (La F!)

Cinq heures du mat, je fais des maths

J’track un autre app, sur ma gueule y’a un back (un woods!) (ça pue!)

J’dilue mon ‘gnac, avec des facts, tout ça dans un mic, j’encaisse un Nike (un chèque!) »

Qu’on aime Tizzo ou pas, on doit lui donner deux choses : il a les meilleurs adlibs et les meilleurs titres de projets du rap jeu. Il est revenu en force avec ZOWLLOWEEN, son mixtape dédié à la fête des morts.

Dans l’intro du tape, on retrouve une des meilleures démonstrations de la supériorité de ses adlibs. Ils arrivent au bon moment, ont de l’impact et deviennent presque un verse à l’intérieur du verse alors que les paroles et les adlibs s’entremêlent. Des fois, Tizzo va même jusqu’à doubler ses adlibs, comme ici avec son enchaînement de un woods! et ça pue!

Puis, je m’imagine bien Tizzo, à cinq heures du matin, en train de faire de l’algèbre. Il ne serait pas le premier rappeur québ à se lancer dans les grands calculs. Après tout, nous sommes tous des disciples des mathématiques du Roi Heenok.

Finalement, même si les rappeurs associent Nike (et son symbole de crochet) à l’argent depuis longtemps, je vais officiellement commencer à dire que « j’attends des Nikes » quand ma proprio me demande pourquoi mon loyer est en retard. Merci Tizzo!

Sam Faye & Dtrack – Voodoo shit 

« Magie noire, pyramides

On dirait que c’est le Minotaure qui s’ramène

On met sous silence tout ce qui se passe en Palestine

On nous cache les secrets d’Israël »

Je dois vous dire que la musique de Sam Faye & Dtrack est souvent hit-or-miss pour moi. Les deux gars écrivent super bien, ont des flows tight, sont des incroyables beatfaiseurs, mais quand les thématiques ne te rejoignent pas, tu ne peux pas fake le funk.

Cette fois-ci on a plutôt droit à une grosse prod lourde de Sam Faye et un texte un peu ésotérique.

Je dois dire qu’étant féru d’histoire, notamment de la période avant la naissance du Petit Jesus (le vrai, pas la chanson de Lary Kidd), les références aux mythes grecs, ça me parle. Si en plus tu glisses une phrase ou deux sur Israël et la Palestine, ça se peut que j’aille le goût d’en parler au monde et que je me sente moins mal de bump Compte Bancaire Juif de Rowjay

Tout ça pour dire que je suis down avec la formule de Voodoo shit.  Les gars travaillent fort et ça paraît. Ils font partie de ces artistes qui produisent des trucs super legit dans l’ombre. Je vais moi-même pratiquer mon voodoo shit sur ma proprio pendant que j’attends mes Nikes pour lui payer mon loyer.

Orelsan feat Damso – Rêves bizarres 

« Épuisé par la drogue féminine

Rappeur connu; humain anonyme »

Voici une collaboration un peu inattendue entre deux géants du rap français dont les univers se mélangent à merveille. Si on a longtemps perçu Orelsan comme un rappeur humoristique, un adepte du second degré, il a su se révéler avec le temps comme un rappeur honnête et humain. Vous pouvez d’ailleurs avoir un aperçu de son vibe en relisant l’entrevue qu’il m’a donnée il y a quelques mois.

Par contre, cette fois, c’est Damso qui vole la vedette. Ça fait longtemps qu’on avait pas entendu un Dems aussi incisif sur une production qui lui demande de rapper plus que chanter. Sauf que là, il a SNAP. En quelques secondes, il réussit à aborder presque tous les thèmes qui lui sont chers : les femmes, la célébrité, l’argent, le racisme, la famille, la trahison et les conséquences de ses choix. Il s’éparpille volontairement sans perdre le fil. J’ai rarement vu un rappeur faire la synthèse de son contenu comme Damso le fait sur cette chanson.

C’est surtout la ligne citée plus haut – « rappeur connu; humain anonyme » qui est pertinente. On oublie souvent que derrière les personnalités publiques se cachent,  sous des allures de perfection, des humains avec les mêmes problèmes que nous. Si tu bois trop ou que t’es incapable de t’empêcher de vider un sac de chips one-shot… ben, c’est possible que ça soit la même chose pour ton artiste préféré. C’est facile de faire des procès d’intentions à ceux dont les vies sont exposées au grand public. Vous, si on exposait votre vie au grand jour, vous seriez good?

Tout ça pour dire que Damso vient de drop mon verse préféré du rap français cette année. J’aime encore beaucoup l’album d’Alpha Wann, mais ce couplet est au-dessus de tout.

SHOUTOUTS

Un gros shoutout cette semaine à Olivier Arbour-Masse et à toute l’équipe de Rad pour leur superbe reportage sur le street rap québécois. J’en aurais pris une heure de plus, mais il reste que c’est un pas important dans la médiatisation de la scène du street rap québ qui explose malgré le manque de support d’une majorité des médias. 

Un autre shoutout à SP. Certains m’ont trouvé dur avec lui la semaine dernière et je suis d’accord : on doit faire attention aux monuments de notre rap jeu, peu importe l’avis qu’on a sur leur progression actuelle dans le game. Alors, j’envoie du love au vétéran qui a, dans la même semaine, sorti deux chansons avec des collaborations notoires: Bilo da Kid et Ti-Kid, en plus d’annoncer un remix à venir de Gayé, le hit de FouKi. On est down!

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