Germain Barre

Langue Sale : faites comme FouKi, si vous en êtes capables

FouKi cherche le respect, les Dead Obies cherchent l'amour et SP cherche Ben Laden

Cette semaine, on parle d’homophobie, d’appropriation culturelle et de peine d’amour. Parce que le rap, c’est tough, mais c’est aussi plein d’hommes qui exposent leur vulnérabilité comme ils le peuvent… c’est à dire en chest, et entourés de leurs boys.

Lord Esperanza feat FouKi — Audigier (Skula Banks)

« Les haters aiment pas que je parle à ma manière, appropriation culturelle sur ma tchass

Non ils veulent pas que je détruise toutes les barrières mais sont pas capables de le faire à ma place

On m’a dit : “Dans la vie, bats-toi”, “Munga Zayzay”, c’est le patois

Pleine vitesse, tu nous rattrapes pas, 300 sur l’autoroute A3 »

Nouvelle collaboration transatlantique qui met le Québec en valeur alors qu’on retrouve Lord Esperanza et FouKi sur un gros track bien hype. Je ne connaissais pas trop Lord Esperanza, et force est d’admettre que s’il a un bon flow, une aisance sur le beat, il ne me fait pas capoter non plus. Ça ressemble un peu à tout ce qui se fait en Europe.

Par contre, ce qui est marquant ici, c’est FouKi qui répond aux critiques qui l’ont accusé de faire de l’appropriation culturelle, avec sa tchass ou ses lyrics. Le rappeur zayzay a donc mis ses culottes et est allé défendre son point sur la place publique.

Faut dire que c’est un débat où il est difficile de trancher. Parce que si les intentions de FouKi sont nobles, et qu’il utilise réellement un patois « munga zayzay » au quotidien, des membres de la communauté haïtienne pourraient également être un peu froissés par le fait qu’une tranche de la population québ associe des termes comme « pozé » ou « gayé ¢ » à un rappeur québécois blanc.

Et si FouKi s’en défend en clamant que personne ne peut les populariser à sa place, on se rappellera quand même qu’il existe encore une énorme stigmatisation des artistes de couleur sur la scène musicale québécoise, et qu’il sera probablement plus facile pour un blanc de blow up que pour un noir.

Sinon, je vous jure que la ligne « Ancien rappeur frustré devenu chroniqueur me critique » de Lord Esperanza ne parle pas de moi. Promis!

Dead Obies — Run Away 

« I gotta focus baby

Hustle and motivate

Fais pas la sourde oreille

La vie est pas donnée

Non pour de vrai tout peut changer en une poignée d’main

Mindstate de bandit on est pas né d’même »

Les Dead Obies sont back! Après avoir vécu leur deuil de Yes McCan, ceux qui se surnomment maintenant le Big 5 (plutôt le Big 4 sur celle-là, Snail Kid étant plutôt effacé) présentent le premier single de leur prochain album DEAD! qui sortira en février.

J’vais pas vous mentir, c’est un track un peu weird. La meilleure façon de décrire le feeling que ça m’a donné, c’est de comparer ça à un rebound après une rupture. On dirait que les gars se cherchent, sautent sur la première idée pour oublier celle d’avant et, à défaut de retrouver la flamme, se disent que ce qu’ils ont trouvé, c’est mieux que rien.

C’est un peu compliqué de juger où les gars s’en vont avec tout ça. Joe Rocca est très impliqué dans sa carrière solo, Snail Kid a connu un beau succès avec Brown (on nous a d’ailleurs dit que le deuxième album s’en vient et qu’il va frapper très fort), VNCE gère Make It Rain Records tandis que Ogee Rodman et 20sum n’ont jamais vraiment semblé intéressés à faire de la musique en solo. Yo 20, s’il te plait, ça prend au moins un EP solo un jour, you’re too good not to do it.

Ça fait que, on fait quoi avec ça, le nouveau Dead Obies? On attend, puis on verra i guess… Sauf que je ne peux pas m’empêcher de sentir un vibe du genre « trop peu, trop tard » de la part des boys alors que Joe Rocca nous parle de hustle et de motivation. C’est dommage, parce qu’ils sont tous de bons rappeurs, mais avec un cœur qui ne semble pus y être…

SP — Bordeaux 

« C’est toujours la même affaire, la même recette

J’veux pas entendre ta merde, ça me sert à rien

C’est rendu ça dans le game y a plein de tapettes

Tu me cherches mais t’as plus de chances avec Ben Laden »

Que quelqu’un avise Catherine Dorion : il y a encore des gens qui sont là pour traiter les rappeurs de tapettes. On ne s’en réjouit pas, parce que SP démontre une arriération sociale plus qu’autre chose.

L’ironie de la situation, c’est que lu hors contexte, les paroles ci-haut pourraient très bien s’appliquer à SP. Depuis que DJ Crowd joue au concours du blanc qui peut drop le plus de n-word sans se faire smack, le style du vétéran québ commence à être un peu réchauffé. De chanson en chanson, ça se répète, ça cherche le spotlight. J’imagine qu’après le succès, c’est dur d’évoluer dans l’ombre…

Puis, entendre la même merde toujours, ça ne sert à rien. C’est sûrement pourquoi l’intérêt des gens pour SP s’est arrêté à son remix de Shape of you de Ed Sheeran. Après ça, impossible de faire mieux, ou pire.

Ah pis en passant, Ben Laden est mort depuis 2011 alors ça veut dire qu’on ne trouvera plus jamais SP. Tu pourras donc continuer à légitimiser en paix les n-words de DJ Crowd qui te garde prisonnier d’un trois et demi à Tétreaultville.

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