Germain Barre

Langue Sale : Flawless Gretzky, cavale et Bad Gyal

Cette semaine, on analyse des verses tout en finesse.

Toutes les semaines, j’arpente le rapquéb pour vous présenter le meilleur et le pire des lyrics du moment. Cette semaine par contre, il ne s’est pas passé grand-chose dans le game, alors on est allé voir ce qui se passe chez les anglos, question de ne pas discriminer. On commence ça avec une bonne dose de finesse locale et internationale.

Rowjay ft. 8Ruki – « Rolls Royce »

« J’fume un shit de Créteil

À STL le matin au petit réveil 

J’bois du Hennessy direct de la bouteille »

Bon, j’vous le dis tout de suite, Rowjay, c’est mon boy. Par contre, ça ne m’a jamais empêché de le call out quand ses lyrics n’ont pas trop de sens. Par exemple, quand il a confondu Sida et VIH dans 10ème, ou dans TETRIS quand il confond la polygamie et le polythéisme (« J’ai plusieurs bitchs / J’suis un polythéiste ») : je pense pas que la fille qui tu cruises soit impressionnée que tu vénères plusieurs dieux, bro.

Par contre ici on a droit à une leçon de flyness en règle de la part du Jeune Rowjay. L’habitué des vols transatlantiques nous explique un peu son lifestyle: fumer un peu de hash de la banlieue parisienne, tôt le matin dans son hood de St-Léonard avant de dormir – chose qu’il ne fait que très peu – en buvant du cognac direct au goulot. Pas facile, la vie de jeune finesseur. Bon la vraie question, par contre, c’est comment il a ramené le shit de Créteil à St-Léonard…

Dans tous les cas, les rappeurs paumés qui se paient une location de Mercedes Benz pour un clip avec Kevin Shayne peuvent prendre des notes : tant qu’à mentir sur le char dans lequel tu pull up, autant y aller avec le gros calibre, comme une Rolls Royce, par exemple.

Maky Lavender – « Ukannafo (the susan song) » 

« Yeah you weak, yeah you kinda rap

You wifey she on my lap

Booty cheek yeah it’s getting slapped

You mixtape, yeah we over that

You dropped it like we wanted that »

Des fois, c’est pas ce qu’on dit qui est important, mais comment on le dit. Par exemple, quand Koriass ou Jay Scøtt nous demandent de les laisser tranquilles, on les croit moyen… Même chose ici pour ce verse de Maky Lavender, qui nous dit pas grand-chose, mais qui montre son sens de l’humour.

Faut comprendre que Maky, c’est un peu le Tyler, the Creator du rapquéb anglo. Une personnalité attachante qu’il exploite dans ses vlogs hebdomadaires  (à se demander si une carrière d’acteur/comédien ne serait pas un meilleur choix ) qu’il mélange avec un rap un peu déjanté : on obtient alors un rappeur qui peut vraiment nous surprendre le temps d’un line.

Ici, en gros, il dit qu’il va voler la blonde d’un rappeur wack. Rien d’extraordinaire jusque-là, c’est aussi fréquent que des erreurs de grammaire dans un track de Sir Pat. Sauf que tout est dans le delivery. Il fait comprendre au boy que personne ne voulait de son mixtape avec une désinvolture et un laisser-aller qui m’a legit fait rire à haute-voix devant mon ordi. Alors que d’autres rappeurs se disloquent le cerveau à essayer de trouver des façons poétiques de descendre leurs pairs, Maky lui, y va avec humour et finesse. Pis dans la vraie vie, c’est souvent ça qui fonctionne le mieux. Surtout qu’il s’est retrouvé très malade à l’hôpital cette semaine, et que le rire est le meilleur des remèdes. *sourire cheezy*

Flawless Gretzky feat Sabz – « Bad Gyal » 

« I ain’t talking in the air

Last gyal I made her disappear

Left her with no underwear »

Flawless Gretzky a pas mal fait parler de lui dernièrement. En cavale, il multiplie les entrevues, les mixtapes et les apparitions dans des clips. À ce rythme-là, il risque de finir par s’auto-snitch en faisant un Instagram Live pendant qu’il se brosse les dents. Sérieux, je suis même pas recherché par la police pis je m’expose pas autant que le patnais.

Il reste qu’on doit saluer sa productivité. Apparemment libéré de son deal avec Make It Rain Records, il est désormais seul maître de son destin, ce qui est pas nécessairement une bonne chose – on se rappellera de ce qui est arrivé à Lary Kidd après la séparation de LLA. #pertedecontrôle

Après Téquila de Corops la semaine dernière, on a droit à un autre track au style caribéen, avec un hook médiocre qui ne marcherait jamais à la radio et un clip tourné dans un chalet qui se prêterait mieux à du rap d’influenceurs que personne n’aime vraiment. Niveau texte, c’est pas très fort non plus, surtout que Flawless a presque go full-Sean Paul sur l’accent : faut jamais aller full-Sean Paul sur l’accent, man.

Ceci étant dit, dans la chanson, il se transforme en David Copperfield du rap jeu, et fait disparaître une femme, sans même lui laisser de sous-vêtements. J’ai rien à rajouter, c’est juste extraordinaire. Si seulement il pouvait faire la même chose avec sa propre personne pis se sauver dans les Caraïbes for real, genre dans un pays sans traité d’extradition avec le Canada.  

BONUS:

Comme il a décidé de le remettre sur les Internets, je vous laisse avec le clip de Téquila de Corops dont j’ai parlé la semaine passée. Parce que y’a rien de trop beau pour vous.

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