Langue Sale : Kirouac & Kodakludo patrouillent le parc Jeanne-Mance

Une analyse des nouveaux verses de la semaine.

Cette semaine, on fume de gros joints avec Kirouac & Kodakludo, on parle du slang de Tizzo x Shreez et on écoute un Baggies particulièrement en forme. 

Kirouac & Kodakludo – Jeanne-Mance (feat Claudia Bouvette)

«Insiste pas trop sur le tabac

On aime ça fumer des purs»

Parfois, la meilleure recette lorsqu’on fait de la musique, c’est de garder ça simple et de se concentrer sur la création de bons vibes. C’est exactement ce que Kirouac & Kodakludo font sur Jeanne-Mance, accompagnés par la talentueuse Claudia Bouvette pour une collaboration enfumée qui célèbre les petits plaisirs de la fumette dans un parc pendant un bel été montréalais. 

Qui dit simplicité ne dit pas forcément facilité et Jeanne-Mance en est le parfait exemple. Authentique, Kirouac livre un texte fidèle à lui-même, et si la vie facile du Vilain Bonhomme du Plateau ne rejoins pas la majorité, il a le mérite d’être transparent. Ici, on chill en survêt’ dans le parc, on fume de gros joints et on profite de la vie. C’est con, mais les gens comme moi qui ont tendance à trop réfléchir devraient adopter ce mode de vie de temps en temps, c’est plutôt libérateur. 

Mention spéciale au réalisateur Felipe Arriagada-Nunez qui signe un clip magnifique où on suit les aventures du trio qui se transforme parfois en marionnettes. Encore une fois, c’est simple, mais hyper léché et le résultat est à la hauteur des 5000$ de la bourse Telus du Festival Santa Teresa remportée par le duo cet été qu’ils ont réinvestie dans le clip. 

Un shoutout en passant à l’absence de tabac dans les joints. Parce que si chacun peut choisir ses vices, je vous confirme que l’absence du tabac dans le joint est préférable. Tsé, au cas où ce genre de knowledge puisse vous servir un jour.

Un mot aussi pour les haters qui, s’ils ne sont pas fans de Kirouac & Kodakludo, pourront se réjouir de voir le duo se faire pitcher des tomates sur un stage. Finalement, il y en a vraiment pour tout le monde dans la musique du jeune groupe montréalais. 

Tizzo x Shreez x $oft – WOW

«Elle veut une pointe: Kimbo

Ça va pas bien *non*: chimio»

Depuis deux ans dans le rap queb, on a une certitude: une nouvelle chanson de Tizzo x Shreez n’est jamais bien loin. Comme diraient les deux acolytes, c’est fou! Parce que sortir de la musique de façon constante, c’est une chose, mais le faire en renouvelant le style, les vibes et le slang est un tout autre défi que relèvent avec brio les vedettes de Canicule Records

Ça ne change pas sur WOW, extrait de Canicule Vol. 1 et produit par un VNCE CARTER en forme. D’ailleurs, c’est le genre de collaboration que l’on doit voir davantage dans les prochaines années, parce que le style du producteur se mélange à merveille aux propos plus crus de la nouvelle génération du trap queb qui arrive depuis quelques années. 

La formule est autrement sensiblement la même, mais toujours aussi efficace. Tizzo et Shreez sont rejoints par $oft et les trois partenaires offrent encore une fois des adlibs énergiques, leur argot toujours en évolution – le «bédev» (pour l’expression créole bon dieu voit, ou «BDV», d’où «bédev») de Tizzo est d’ailleurs next level et présente un rap ignorant toujours aussi puissant. Dans presque chaque ligne de la chanson se trouve des expressions que je pourrais vous expliquer, si les trois rappeurs me les expliquaient d’abord. C’est franchement hallucinant de voir à quel point le slang du crew se renouvèle constamment. 

Finalement, c’est ce qui sauve un peu le groupe à mes yeux. Parce que si leurs propos sur les femmes me font parfois un peu cringe, ils arrivent toujours à me faire rire, parfois même avec des trucs pas drôles du tout dans la vraie vie. Par exemple, la ligne citée plus haut est niaiseuse de simplicité, mais tellement efficace. Parce que quand on est en chimio, c’est vrai que ça ne va pas bien. Bravo les gars, c’est bien la première fois que le cancer me fait rire, ce n’est pas rien. Force tout de même à tous ceux qui en souffrent présentement, on est ensemble. 

Baggies – Libre

«Comparer comparer comparer

Tu t’compares aux meilleurs pis les meilleurs font pareil»

Baggies est un rappeur de la grande région montréalaise actif depuis maintenant plus de cinq ans sur la scène rap queb. Connu d’abord pour ses apparitions aux WordUp! Battles, le membre du groupe 13 Salopards laisse son empreinte sur le rap jeu depuis deux ans grâce à une éthique de travaille irréprochable, lui qui a proposé de nouvelles pièces presque tous les mois depuis plus d’un an.

Si la qualité des pièces n’était pas toujours égale, le rappeur se dépasse sur Libre où il laisse justement de côté le rap trop technique, les thématiques un peu gimmick et autres tentatives quelque peu artificielles de créer du rap intéressant. On a ici droit à un Baggies 2.0 simplifié (la thématique du jour), qu’on sent authentique et plus près de sa prose. Les mots sont bien choisis, les rimes sont riches et le rendu est très propre. 

Le refrain est particulièrement frappant, grâce à une émotion palpable. On sent le désir du rappeur de se dépasser, de prouver qu’il mérite sa place parmi les meilleurs, mais également sa rationalité par rapport à tout ça, parce que finalement, tout le monde rêve d’être au sommet, mais peu y parviennent. 

C’est justement en observant les plus grands qu’on devient grand à son tour, et c’est quelque chose que Baggies a bien compris. Quand on veut devenir le meilleur, on regarde les meilleurs, pas les pires. Sinon, on finit par faire du rap d’influenceurs.

Avec un peu de chance, de l’envie et de la continuité pour sa progression, certains finiront peut-être même par se comparer à Baggies

SHOUTOUTS

Un gros shoutout à Temple de la renommée, le nouvel album des Anticipateurs. C’est un retour en force pour les gars qui ont tellement de lignes de fou que je n’ai même pas été en mesure d’en choisir une pour vous en parler dans cette chronique. Je vous laisse alors aller écouter le tout, ça vaut la peine. Parle moé don d’ça.

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