Germain Barre

Langue Sale : LaF fait déferler l’avalanche

Une analyse des nouveaux verses de la semaine.

Cette semaine, on découvre un Loud plus humain que jamais (mais avec deux hélicos), la poésie nostalgique de LaF et le succès sans compromis de Niska.

Loud – Jamais de la vie

« On a déjoué les centres d’appels de Bell jusqu’au Centre Bell

Pas si mal au final pour des adolescents rebelles »

Le rappeur aux années records est de retour avec un nouveau clip pour Jamais de la vie, de loin la chanson la plus pop de Tout ça pour ça. Alors qu’on aurait pu prédire un clip à la Toutes les femmes savent danser, Loud déjoue les attentes (en plus des centres d’appels) et arrive avec un clip hyper méta dans lequel on assiste au brainstorm du clip plutôt qu’à la vidéo elle-même.

Assis avec William Fradette, responsable des vidéos du MC depuis l’époque LLA, le rappeur tente de trouver le concept qui l’aidera à faire passer la chanson à la radio cet automne. Pleine de lucidité, leur conversation (stagée) laisse percevoir un Loud plus accessible, plus humain, et on a envie de dire que ce n’était pas trop tôt! Habitué des sommets, de l’exclusivité, on découvre un artiste qui doute, puis qui ose. Parce qu’un hélico, ça coûte cher, mais imaginez deux hélicos.

La beauté dans tout ça, c’est l’audace de ne pas se laisser emporter par le style de la chanson, tout en décuplant sa puissance en et déjouant les codes attendus. On arrive à un moment de l’histoire du rap québ où les artistes peuvent finalement ne pas se sentir limités par les budgets, par la grandeur de leurs ambitions. C’est un peu un problème de riche, vous me direz, de ne pas avoir pu faire de clip avec deux hélicos avant 2019. Sauf que les grands artistes méritent qu’on puisse apprécier leur vision sans compromis, et c’est vrai pour un peintre comme pour un rappeur québ.

Alors shoutout au père de Loud qui est définitivement un gros gars still. Puis, comme le dit le dicton, la pomme n’est finalement pas tombée bien loin de l’arbre.

LaF – Avalanche

« À chaque épisode les idées se consolident

Tu peux méprendre la Pangée pour mon île

Chaque membre de mon équipe est soliste

Crame les planches de la maison symphonique »

Depuis sa victoire aux Francouvertes en 2018, LaF a le vent dans les voiles. Les six membres du groupe enchaînent les gros shows, sont invités à Belle et Bum et sortiront leur premier album, Citadelle, le 27 septembre prochain sous l’étiquette 7ième Ciel.

Membres de La Fourmilière tout comme FouKi, Vendou et Kirouac, les gars de LaF se démarquent de leurs pairs grâce à la nostalgie qui habite constamment leur musique. Si les paroles sont optimistes, la musique amène l’auditeur à penser et à considérer les nuances de la vie. La charge poétique forte des paroles de Mantisse, Jah Maaz et Bkay peut parfois confondre, mais on les sent plus en maîtrise que jamais sur Avalanche, qui bénéficie en plus d’un beau clip léché, signé Philippe Chagnon.

Relayé par de gros médias français comme Générations FM ou Booska-P, ce nouveau single semble être celui qui pourrait ouvrir les portes de l’Europe à LaF. Il faut dire que leur formule est parfaite pour le marché français: des beats mélancoliques, un rappeur à l’accent français (Jah Maaz) pour ne pas trop désorienter les auditeurs outre-Atlantique, suivi d’un Bkay à la technique impeccable et de Mantisse dont la voix contient l’âme du groupe.

Si l’Europe ne leur est pas garantie, l’élan dont bénéficie le groupe présentement semble être assez puissant pour les amener très loin. À confirmer le 27 septembre.

Niska – La zone est minée

« J’ai les condés sur le dos, (ils ont perquis’ chez la vieille)

J’ai l’arme du crime sous la peau, (chacal j’ai vesqui la veille)

Le secteur est devenu mort, (le secteur est quadrillé)

Ils vont encore ramener les porcs »

Niska est depuis quelques années la figure de proue du rap français. Alors que son dernier album, Commando, a été déclaré disque de diamant (500 000 ventes), on mérite de s’attarder un peu sur son succès au moment où il présente Mr. Sal, un nouvel album lui aussi promis à une grande histoire.

Ce qui est fascinant avec Niska, c’est l’absence de compromis dans les paroles. Lorsqu’on pense à un tel succès commercial en France, on pense à un artiste comme Maître Gims qui fait plutôt dans la musique accessible, gentille et facilement intégrable dans les partys de famille. Par contre, pour Niska, on a plutôt droit au SALE des quartiers populaires français, présenté de façon complètement irrévérencieuse.

Il n’y a qu’à écouter Médicament, le single en puissance de Mr. Sal où on retrouve un Booba en forme. Si on parle surtout de romance, c’est encore fait sous fond de violence, de vente de drogue et de l’attrait du quartier. Single platine à la suite de sa sortie, Médicament a été chantée par des enfants, des ados, des mères et des pères de famille, etc.

Loin d’être un problème, il s’agit plutôt d’un signe que le rap commence finalement à être accepté tel quel. La démocratisation de l’accès à la musique, grâce à YouTube et aux services de streaming permet de contourner les règles de diffusion des radios commerciales et montre réellement ce qui est populaire auprès des auditeurs, à quelques détails près.

C’est grâce à ce changement crucial que Niska est désormais une popstar à part entière, et que les médias traditionnels n’ont plus le choix de lui accorder toutes leurs tribunes, même si ses sujets de choix vont à l’encontre totale des valeurs de la culture populaire. C’est que la culture populaire évolue, et le peuple a parlé. Maintenant, on veut du « méchant, méchant! »

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