Germain Barre

Langue Sale : LaF au 7ième Ciel

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, LaF est de retour avec les gros sons et les grosses nouvelles, Makala s’impose avec un nouveau mélange de trap et de funk et Jeune Loup est back (encore). 

LaF — Tour du monde

« Tout ce qui touche ma rétine me fait feel some type of way

Après tout life is a beach, on veut tous catcher la wave »

Les boys de LaF sont back pis pas à peu près avec le single Tour du monde qui annonce à la fois un premier album à paraître le 11 octobre, mais surtout leur signature avec 7ième Ciel Records. C’est une belle association pour les gagnants des dernières Francouvertes qui ont peut-être le plus gros potentiel du rap jeu grâce à la chimie établie entre le trio de rappeurs (Bkay, Jah Maaz et Mantisse) et le trio de producteurs (Oclaz, bnjmn.lloyd et Blvdr). Quiconque s’est déjà rendu dans un show de LaF aura remarqué l’engouement de leurs fans qui se déplacent toujours en bon nombre et qui ne se gênent pas pour s’époumoner en chantant les paroles du groupe.

Sur Tour du monde, qui me rappelle un peu la chanson Quart de siècle par sa mélancolie, mais aussi son hype, on retrouve LaF en plein contrôle de ses moyens. Cette facture nostalgique est d’ailleurs en train de devenir la marque de commerce du groupe, eux qui savent faire sauter les foules tout en offrant des vibes résolument ancrées dans l’émotivité. Le refrain soigné signé par Bkay oscille habilement entre la simplicité et la qualité lyrique. Le clip est soin, comme diraient les gars, et on a l’impression d’avoir affaire à des poids lourds du game, statut qu’ils sont tout près d’obtenir. C’est un moment important pour le rap québ, qui voit un de ses jeunes groupes suivre les pas de FouKi et Zach Zoya, les porte-étendards de la nouvelle génération 7ième Ciel.

Ce qui est bien, c’est qu’on ne pourra pas reprocher aux gars d’avoir changé leur son après la signature. Ils ne se cachent pas par contre d’être influencés par les mêmes choses que les autres rappeurs, alors que Mantisse avoue candidement dans la citation plus haute, vouloir « catcher la wave » comme tout le monde. Parce que si les vraies artistes créent sans copier, ils sont tout de même inspirés par ce qu’ils voient, ce qu’ils consomment, ce qu’ils vivent. Pis en 2019, la vie d’artiste, on la connait tous un peu, alors les motivations affichées dans la musique peuvent se ressembler. Quand on parle de rappeurs quebs ayant le potentiel de se faire connaître en France, il faudra désormais inclure LaF qui fait office de pont idéal entre les styles des deux continents.

Makala — Big Boy Mak

« T’as montré ton p’tit boule pour le buzz (ok, cool)

Tu t’attendais à plus de followers (ok, ouhlala)

Résultat : tu déprimes d’vant ton phone (oh)

Squa, celui qu’j’attends qu’tu m’impressionnes (oh oh oh, ok) »

Parlant du Vieux Continent, si les deux-trois dernières années du rap européen ont appartenu à la Belgique, c’est la Suisse qui est next up. Ce n’est jamais aussi évident que lorsqu’on regarde les clips des Xtrm Boyz de la SuperWak Clique, c’est-à-dire Di-Meh, Slimka et Makala. Ce dernier est probablement le plus créatif du crew basé à Genève. Accompagné par le toujours génial Varnish la Piscine à la prod, Makala explore les zones grises entre le funk et le trap, de façon toujours aussi originale. Il m’avait déjà blowmind avec Ginger Juice, et il le fait encore avec Big Boy Mak, grosse chanson au tempo rapide et entraînant.

Ce que j’aime particulièrement, c’est voir des rappeurs qui réussissent à dénoncer les tendances que les gens ont à se dénuder, de façon directe ou figurative, afin d’avoir du succès. C’est un peu ce que Makala explique ici, alors qu’il affirme que tout montrer, ça enlève le mystère autour d’un artiste. Quand un artiste dévoile toute sa stratégie, volontairement ou pas, il donne l’impression de ne plus être en mesure de surprendre son auditoire, et c’est à partir de ce moment que les gens commencent à déconnecter.

Cet état d’esprit est hyper représentatif de Makala et son crew. Leur laisser-aller complet leur permet de créer sans barrières, et donc de s’affirmer comme des leaders créatifs du nouveau rap francophone. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on les voit s’afficher constamment avec les Lomepal, Caballero & JeanJass et Roméo Elvis de ce monde. 

Jeune Loup feat Mike Shabb & Kevin Na$h — Jules Cesar

« J’coupe ton pénis si tu touches au trésor

Méthodique, euphorique; Jules Cesar »

Jeune Loup est back, back, encore une fois pour le plaisir des amateurs de rap ignorant. Si Jules Cesar n’est techniquement pas une nouvelle chanson, elle qui tourne sur IG depuis quelques mois, elle est finalement disponible à l’écoute ailleurs que sur les réseaux sociaux. On est toujours bien ancrés dans le monde du Big W, alors qu’il nous parle de belles histoires de la rue avant de céder le micro à ses comparses Mike Shabb et Kevin Na$h.

La bass est omniprésente, les paroles sont au summum de l’ignorance et on aime ça comme ça. Faut dire, je ne m’attendais pas à entendre Jeune Loup menacer de couper le pénis de celui osant s’approcher de son trésor (probablement sa blonde), mais j’ai bien ri. Je suis curieux de voir comment le rappeur va évoluer au cours de la prochaine année. S’il a su saisir l’imaginaire des fans de rap québ grâce à son arrivée inattendue dans le game, il devra maintenant peaufiner son style et dépasser la simplicité de sa musique actuelle s’il veut continuer à gravir les échelons.

Pis, peut-être aussi se pratiquer un peu à faire des shows, après être disparu de la tournée des Dead Obies alors qu’il devait assurer les premières parties de tous les spectacles du DEAD. Tour, qui est maintenant devenu le DEAD OBIA tour après que Jeune Loup aie été remplacé par Obia le Chef. Dans les coulisses du game, on parle beaucoup de 60 $, d’une bague et d’un téléphone qui auraient causé le départ du Big W de la tournée, en plus de son inexpérience sur scène.

Parce que faire parler de soi, c’est bien, mais encore faut-il être capable d’être un minimum professionnel ensuite, surtout pour un rappeur comme Jeune Loup qui espère faire du gros cash avec le rap. Des fois, l’expérience et l’humilité, ça vaut pas mal plus que 60 $ pis un vieux cell.

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