Germain Barre

Langue Sale : Souldia, Kevin Na $h et l’amour toxique de Colo

Sous leurs masques de durs les rappeurs cachent (parfois) des émotions.

Cette semaine, la chronique Lange Sale analyse des textes qui parlent d’amour, de violence et de respect de soi. Comme quoi, y’a de tout dans le rapquéb, pas juste du franglais.

Souldia & Sinik – « Paisible Violence »

« Je crache la langue française comme si j’avais mal à la gorge

J’ai rien à voir avec le prochain rappeur à la mode »

Qu’on aime ou qu’on aime pas Souldia, il faut reconnaître que le OG de Québec a toujours eu son style bien à lui : au niveau du rap lugubre rempli de punchlines, il est la référence.

Ici, il prend le temps de faire revivre la carrière du rappeur français Sinik – la version masculine de Diams – le temps d’une chanson, et on remarque rapidement la différence de qualité dans leur prose. Souldia, plutôt en forme sur le track, y va de ses meilleures références sombres qui mélangent struggle et espoir. Puis, Sinik arrive en disant « puisque le rap est robotisé, qu’ils aillent tous se faire sodomiser. » Pas tant paisible ta violence, chum.

Pour revenir aux lyrics de Souldia, j’aime sa façon directe d’exprimer sa vision de son art. Au lieu de dire qu’il rappe en français, il crache direct son français comme un bon vieux mal de gorge. En bons québs, on peut tous relate à ça. Plus j’écoute Souldia, plus je me dis qu’il va probablement devenir le Éric Lapointe de notre génération: le symbole du mal de vivre de toute une province qui jouera les mêmes tounes en show dans 20 ans devant du monde tatoué qui porte son gear. Ok, il sera surement un peu moins magané, mettons.

Kevin Na$h – « One Day Shot Pt. II » 

« N****s better come correct

Tell your label keep that 10k, that’s some disrespect »

Kevin Na$h est un des rappeurs anglophones de Montréal les plus prometteurs du moment. Remarqué suite à ses collabs avec Quiet Mike, il a sorti l’album Pure Fiction à la fin 2017 et il multiplie les singles depuis.

Il arrive ici avec un style un peu particulier, avec un flow volontairement offbeat, mais pas encore tout à fait maîtrisé. Mais au moins c’est original, et dans un monde de clones, c’est dope de voir un rappeur prendre des risques.

Dans le cas de One Day Shot Pt. II, je tiens surtout à faire un shoutout à Kevin pour la ligne citée plus haut. On a la chance d’être témoins d’un essor sans précédent de l’intérêt de la population pour le rap local. Enfin, l’industrie musicale québécoise mainstream s’intéresse au hip-hop.

En parallèle, les rappeurs doivent donc se professionnaliser, et les artistes doivent établir leur valeur et la faire respecter. 10 000$ pour faire un album, c’est quand même du gros bread pour des rappeurs habitués de jouer pour pas grand-chose, et d’autoproduire leurs albums.  Mais selon Kevin Na$h, c’est pas assez. On s’en reparle rendu aux offres à six digits?

Colo – « Une Esti de Folle » 

« Mais c’est une grosse folle, une esti d’mongole

Se bat avec tout le monde, mon Wood est vraiment long

Elle snap, je cache le strap, elle crie que j’suis plus un black

Trop d’amour pour la battre, j’préfère manger mes claques »

Je vous avais déjà présenté Colo il y a quelques semaines. Unique en son genre, le rappeur montréalais détonne souvent avec ses camarades de la scène du street rap local en abordant des thèmes comme être broke ou faire de la musique qui ne marche pas.

En voyant le titre de la chanson, on se dit qu’Une esti de folle est un autre track typique de rap super misogyne. Ce qui est vrai. Mais y a-t-il plus que ça, ou pas?

Difficile de savoir comment on doit interpréter l’ensemble de l’oeuvre. Entre deux lignes pas tendres avec la fille, il lui fait une déclaration d’amour mettons maladroite. Un amour aussi fort que celui des jeunes filles 14-18 pour FouKi. Oubliez les vieilles peines d’amour sur fond de piano-violon à la Ale Dee, ici, c’est un vrai amour du street.

En gros, même si il dit qu’elle est « folle », Colo, en vrai ride or die, se dit prêt à dealer avec les mauvais côtés de sa douce. C’est-tu de l’amour ça? Ou juste une relation malsaine? C’pas clair.

Par contre, ça va peut-être trop loin au final. Parce que Colo est même prêt à manger des claques et ça, c’est de la violence conjugale mon boy, pis t’as pas à subir ça. À l’inverse, « Trop d’amour pour la battre » ça veut-tu dire que s’il l’aimait moins ce serait correct de lui sacrer une volée?

Bref, on peut s’entendre pour dire que tout ça, c’est juste… wrong.

Shoutouts

À partir de cette semaine, je vais consacrer un paragraphe à certains tracks récents que j’ai bien aimé. So, shouts à Mike Shabb pour MVP, un gros track trappy mais plein de soul, et shouts à JT Soul et Jei Bandit pour Perplexed, un gros bon son lourd, comme dirait mon boy Maxime Albors.

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