Langue Sale : le monde de Vald est cruel

Une analyse des nouveaux verses de la semaine.

Nouvelle semaine, nouvelle Langue Sale! Aujourd’hui, on explore le monde cruel de Vald avant de s’envoler dans le COSMOS avec Charlie ShulzFouKi et Maybe Watson, pour finalement revenir aux racines du rap grâce à Faktual et Skywakka

Vald – Ce monde est cruel

« Ce monde est cruel, fais ton argent, ferme ta gueule

Parlons du bénef, même si les mots n’ont pas de valeur »

Vald sortait il y a un peu plus d’un mois Ce monde est cruel, un nouvel album qui fait suite au très réussi XEU. Ce nouvel opus amène le rappeur d’Aulnay-sous-Bois à un niveau encore plus élevé, et la pièce titre de l’album en est un exemple probant.

Longtemps vu comme un rappeur un peu dégénéré, en marge, avec des lyrics ironiques qui tournaient autour des théories du complot et autres fourberies, Vald est désormais une des superstars du rap français. La preuve? Il y a deux jours, il se produisait devant une salle comble à l’Accor Arena de Bercy, l’équivalent du Centre Bell dans la région parisienne. Dur de comparer l’ampleur de cette réussite au rap queb, puisque contrairement à notre Loud national, il ne s’agit pas du tout d’une première pour un rappeur français. Tout de même, pour un rappeur dont je doutais fortement de la capacité à attirer les foules il y a quelques années, le monde ne semble pas si cruel. 

Sur cette chanson, comme sur pas mal tout l’album, on a droit à un Vald qui ne renie pas ses amours du passé (« ce monde est cruel comme le projet MKUltra »), mais qui semble également avoir à coeur de rejoindre un public plus large. Le ton est sérieux, les références sont incisives et j’ai l’impression qu’on découvre un Vald devenu adulte devant nos yeux. 

L’argent, thématique omniprésente sur Ce monde est cruel (l’album), revient également sur Ce monde est cruel (la chanson), et on sent que Vald, grâce à sa richesse relativement nouvelle, a compris comment l’argent contrôle le monde. S’il est souvent facile de se plaindre, de déplorer le monde dans lequel on vit, la façon la plus efficace d’évacuer le stress est de faire de l’oseille et de fermer sa gueule. L’argent ne fait pas le bonheur, mais clairement, il aide à éviter le malheur. C’est ce que Vald semble avoir pigé, même s’il reconnait également dans la chanson tous les aspects néfastes de l’oseille.

Je ne peux pas assez vous recommander ce nouvel album qui est dans mes oreilles depuis sa sortie. Vald est au sommet du rap jeu français, et vu sa créativité, ça ne risque pas de changer de sitôt. 

Charlie Shulz – COSMOS feat FouKi & Maybe Watson

« J’ai l’toupet

Assez crêpé pour que le serveur sorte un sirop avec du track (?) »

Le producteur Charlie Shulz, bien connu des Internets et early collaborateur de FouKi – “j’ai mon beat de Charlie Shulz”, rappait-il en 2016 sur un beat du producteur – est back avec SVP, un nouvel album rempli de grosses collaborations (Tizzo, Imposs, Robert Nelson, etc.) propulsées par sa signature récente à Joyride Records. Il nous a présenté cette semaine le clip pour COSMOS, une belle rencontre interstellaire entre Shulz, FouKi et Maybe Watson

Si les deux premiers shine comme il faut, c’est Wats qui vient voler la vedette avec un flow posé, voire lazy par moments. Sauf que cette fausse paresse est totalement contrôlée et la maîtrise du rappeur est évidente. 

Pour une des premières fois, je dois vous avouer que je ne suis pas certain d’avoir bien compris la ligne citée plus haut. J’en comprends le sens, dans la mesure où Maybe est tellement crêpé que le serveur sort le sirop, mais la fin de la bar, je ne sais pas ce que le rappeur dit. Pis c’est là que ça devient DOPE. Le flow et le débit de Watson sont tellement spéciaux et désinvoltes sur cette ligne que je devais le souligner même si je n’étais pas certain de la bar. Wats est dans son pocket, une expression du rap qui indique que le rappeur a trouvé sa “zone” en terme de flow et que peu importe ce qu’il fait, ça sera assumé et parfaitement maîtrisé. Entre cette track et son nouvel album Enter the Dance (et l’hilarante mini-série dont je vous parle plus bas), le rappeur du Alaclair All-Star can do no wrong.

Faktual x Skywakka – Pimp Slap

« C’est rien de truqué

Toi tu fuckin’ bow down pis regarde à terre comme un chien truffier »

Samedi dernier, la crème du battle rap était réunie au Bain Mathieu pour le WordUp! 15, le plus récent événement numéroté de la ligue de battle rap la plus connue de la province. La faute à un rhume tenace, j’ai dû passer mon tour mais les retours indiquent qu’il s’agit d’un des meilleurs events de battle rap depuis un bon moment. Deux des participants, Skywakka et Faktual, ont profité du hype autour de la soirée pour révéler Pimp Slap, une grosse collaboration bilingue pleine de bars entre deux rappeurs qui gagnent à être connus en dehors des cercles du battle rap queb.

La vibe est résolument old school et dans les avalanches de trap autotuné que je consomme au quotidien, ça fait du bien de retrouver une ambiance plus underground de temps en temps. C’est exactement ce qu’amènent les deux rappeurs sur Pimp Slap, avec des bars qui font faire des grimaces à mon visage et des flows tout de même novateurs, surtout chez Skywakka qui rejette les standards du débit traditionnel boom-bap avec son flow décalé mais précis. 

J’attends impatiemment de voir leurs battles, alors que Faktual affrontait Krome et Skywakka se mesurait à ParkaOne. Ça promet, mais en attendant, je me retape Pimp Slap lorsqu’une envie de bars me prend soudainement. 

SHOUTOUTS

Un immense shoutout à Maybe Watson pour sa mini-série Enter the Dance, réalisée en compagnie de Xavier Cantin-Lemieux, connu notamment pour ses projets sous l’égide de la Maison Balman. Les deux épisodes d’une vingtaine de minutes sont hilarants et proposent un genre de Ramdam version hip-hop adulte, avec des dialogues à la fois complètement niais et pleins d’ironie. Le meme potential de certaines scènes est immense et grâce à Baby (incarné par Watson), je crois que je vais commencer à saluer les gens en silence avec un signe de peace sul side un peu mou. Parce que moi aussi, j’ai des projets.

Salutations également à Lewis Dice, un beatmaker de Québec qu’on a connu pour ses soirées avec KNLO et ses productions pour le groupe Maestronautes, entre autres. Il est de retour en solo avec Neck, une première proposition vocale assez convaincante. Avec une approche qui rappelle celle d’un VNCE CARTER, le producteur propose un style résolument moderne et actuel, mais assez assumé et bien exécuté pour se tailler une place dans la rotation des fans de rap queb. À bump!

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