Germain Barre

Langue Sale : Demon D.O.A ne garde rien d’illicite chez lui

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, on a le droit à un retour en force d’un OG du rap anglo montréalais, on parle de ne pas garder de substances illicites chez soi et de payer pour des verses poches de rappeurs américains.

Loe Pesci – Gone For A Minute 

« Those that quote my shit, that know I spit like no one did

Say if they can only get that one line, the globe would flip like a polar shift

Shut it down, closing the grip, take control of this shit

And make sure no one gets shine, folks and your kids getting solar eclipsed »

Ça fait plusieurs années que Loe Pesci était silencieux, lui qui a été un des piliers du battle rap au Québec. La dernière fois qu’on l’a vu, il a livré un battle un peu douteux avec Suspek-T au WordUp! Battles alors que les deux adversaires se sont transformés en collègues commentateurs du battle rap québ. La foule et le public sur YouTube en sont restés un peu perplexes.

Qu’à cela ne tienne, Pesci est back avec de la nouvelle musique alors que ce single Gone For a Minute annonce la sortie de son projet Slow Down Papa pour le 23 février. Il était temps, parce que Loes est un des rappeurs anglos les plus talentueux au Québec et il n’avait plus rien sorti depuis l’excellent album OG Hindu Kush: In 3D qu’il avait présenté en collaboration avec le rappeur Osa d’Ottawa en 2011. Cet album reste d’ailleurs dans mon top 5 de projets de rap anglo sortis d’ici.

Sur Gone For A Minute, on retrouve un Loe Pesci penseur qui revient sur sa longue absence, sur ses défauts, sur sa réputation, le tout sur fond de fous bars et un flow qui actualise le beat minimaliste du producteur MoonBoots.

Ce que j’ai feel, c’est justement l’honnêteté du rappeur qui est parfaitement conscient de la qualité de son écriture – c’est ce qu’il décrit dans les paroles citées plus haut, alors qu’il mentionne que ses fans savent qu’une seule ligne de Pesci peut tout changer, lui qui est reconnu pour ses punchlines.

Bref, si l’absence du rappeur all Polo’d out a été longue sans être fortuite, on retrouve aujourd’hui un Loe Pesci en pleine maturité, qui a encore des bars de qualité, et qui réussit maintenant à les mélanger avec une dose de vécu.

On attend Slow Down Papa avec impatience.

Demon DOA x Tizzo x $oft x Kay Bandz – Pas chez moi II 

« Si tu m’parles pas d’argent mais garde la close

Check-moi donc ton compte pis on dépose

Appelle pour d’la farine pour ses narines

À ce qui parait jt’un héro parce que j’vaccine »

Grosse collaboration ici entre plusieurs acteurs du street rap qui vous confirment une chose : on peut trouver toutes sortes de choses dans la rue, mais vous ne les trouverez pas chez Demon DOA, Tizzo, $oft ou Kay Bandz. J’aime bien cet angle, parce que trop souvent, les rappeurs street d’ici sont tombent dans l’auto-snitching qui ne laissent que très peu de place à l’interprétation lorsqu’il vient de temps de savoir s’ils sont real ou pas.

J’aime beaucoup le passage de Demon DOA qui arrive avec calme et retenue, alors que Tizzo pousse des cris autotunés un peu partout dans la chanson. Ça crée un univers musical qui allie bien les forces de chaque rappeur, même si la partie de Kay Bandz, qui dure à peine 25 secondes, semble un peu random et superflue. Mais le rappeur anglo semble préparer des grosses choses pour son prochain projet, on peut donc comprendre ses boys de l’avoir mis sur la chanson.

J’ai surtout apprécié la complicité entre Demon, Tizzo et $oft qui s’entrecroisent dans les flows et les patterns de rimes. La citation que j’ai choisie illustre bien cette chimie alors que $oft nous expose la guish, technique de fraude mise en lumière par le HuffPost en 2019, parce qu’elle n’a DÉFINITIVEMENT jamais existé avant ça. Juste après, on a Tizzo qui détaille les produits en vente dans la rue.

Puis, même s’il n’y a rien chez lui, il a par contre tout ce qu’il faut pour faire un gâteau ou vacciner la jeunesse. Dans un monde où on retrouve des épidémies de rougeole parce que les gens pensent que la vaccination mène à l’autisme, c’est bon de savoir que Tizzo est du bon côté du débat.

OrelSan feat YBN Cordae – Tout ce que je sais 

« Ceux qu’ont des trucs à s’reprocher sont les plus jaloux, woh

J’trouve ça ridicule mais j’ai quand même signé tes boobs, woh »

Des fois, la vie fait bien les choses. Je dis ça parce que pour la deuxième fois en trois semaines, OrelSan me permet de vous parler de sujets que j’ai en tête depuis un moment. Il y a deux semaines, j’abordais avec vous l’étiquette de « rappeur commercial » ; cette semaine, le rappeur français me permet de vous parler des collaborations avec des rappeurs américains.

Avant d’aborder tout ça, je dois donner du respect à OrelSan pour les bars citées plus haut. Parce que sérieusement, les filles qui se font signer les seins par un artiste… vous faites quoi? Déjà que j’ai du mal à comprendre le but d’un autographe, là on parle d’un autographe qui s’effacera par lui-même à la première pluie/douche. 

De retour à mon point original: les collaborations avec des rappeurs américains. On a ici un bon exemple d’une collab légitime: YBN Cordae est dans le clip, lâche un bon verse de qualité et semble réellement content de collaborer avec OrelSan. Ça fait changement de collaborations peu naturelles où il est clair que le verse du rappeur américain, souvent très bas en terme de qualité, a été acheté alors qu’il était déjà écrit et enregistré. Prenons comme exemple Water, le single d’Enima et son boy Ness avec Offset, Quavo et Hoodrich Pablo Juan sorti il y a un an. Je ne knock le hustle de personne, mais le public n’est pas imbécile et sait discerner le contenu organique du reste, et ce genre de collabs nuisent plus au rappeur local qu’autre chose, au final. À bon entendeur!

SHOUTOUTS

Un immense shoutout à Shotto Guapo, David Campana et Major qui se sont hissés en première place des Francouvertes lors de la première soirée du concours annuel. Depuis l’an dernier, le concours a réellement ouvert ses portes au rap. Par contre, on va se le dire, on était beaucoup dans le rap blanc de bonne famille. Cette année, les trois acolytes ont prouvé que le son de la rue avait sa place dans les concours et institutions de l’industrie musicale québ, et c’était pas trop tôt! Je vous conseille fortement la chanson CE7TE LIFE, sortie la semaine dernière.

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