Germain Barre

Langue Sale : le retour du Roé

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Bonne semaine pour le rap québ, alors que des vétérans reviennent en force et que la relève réaffirme son besoin d’exister. Check ben ça aller! 

Robert Nelson — Jacques Plante

« Jacques Plante devant l’net, shoot from downtown pis yo j’te l’enlève

Le boy est back su’le mode présidentiel, write bars dans l’avion

C’était écrit dans l’ciel, man »

Le boy Bobby Nel’ arrive en solo sur une grosse prod de Lowpocus et DJ Manifest avec Jacques Plante. La chanson annonce son premier album Nul n’est roé en son royaume qui verra le jour le 12 avril sur 7ième Ciel. On m’avait chuchoté que le Président travaillait sur un projet solo, mais l’extrait est arrivé comme un extraterrestre et on ne s’attendait à rien de moins de la part de Robert Nelson.

Au départ, j’ai été un peu déstabilisé par Jacques Plante. C’est assez minimaliste et ça faisait surtout très longtemps qu’on n’avait pas eu droit à du contenu solo d’Ogden. Finalement, après quelques ré-écoutes, la chanson m’a convaincu grâce au flow affûté du rappeur qui se marie parfaitement à l’instru lourde et pleine de drive.

Surtout, Jacques Plante possède quelque chose que j’apprécie beaucoup : un gros punchline pour ouvrir la track. Souvent, je ne porte pas trop attention au début d’une chanson et j’attends que quelque chose vienne saisir mon esprit. Quand j’ai entendu la ligne « write bars dans l’avion, c’était écrit dans le ciel », la switch de mon cerveau s’est tout de suite mise sur on et on était partis sur une grosse ride.

On n’avait pas vu le rappeur du Alaclair High en solo depuis 2012 lors de sa collaboration avec Kaytranada, Les filles du roé. Cette fois, il semble que le Roé soit de retour sur une grosse besogne, lui qui travaille en parallèle sur La voix du Bas, un podcast hyper intéressant que j’écoute assidûment.

Je termine en remerciant l’artiste d’avoir autant de surnoms, grâce auxquels je n’ai pas utilisé le même deux fois pendant tout ce segment. Chapeau, le Magicien.

Nomadic Massive — Quoi te dire

« Wake up baby, t’es une déesse, tes pensées sont créatrices il faut que tu t’élèves

Faut prendre tes vitamines, soigner tes carences

Protect your energy; le reste on s’en balance »

Alors là… LA CLAQUE. J’ai toujours beaucoup aimé l’approche de Nomadic Massive, vétérans du rap jeu dans plusieurs langues, mais généralement en anglais. Par contre, dans l’ensemble, je ne connectais généralement pas beaucoup avec leur musique, une question de goût et de timing, surtout.

Sauf que là, là… wow. L’instru, le propos, les flows : tout est là. Pour ceux qui cherchaient la meilleure MC en ville, il fait déjà un bail que Meryem Saci est assise bien confortablement sur ce trône et elle le prouve encore ici. Son flow habile, ses intonations et l’utilisation de sa voix puissante sur les back vocals amènent une présence et une force qui devraient mettre tout le monde d’accord.

Quoi te dire amène un certain changement pour Nomadic Massive, par son utilisation du français qu’adoptent tous les membres du groupe. J’ai envie de dire qu’il était temps! C’est une réalité pour la majeure partie des rappeurs anglophones de la province (l’ayant été pendant une dizaine d’années, je la connais trop bien) : le désir d’évoluer en anglais pour toucher un plus grand nombre de gens, malgré son identité (habituellement) francophone et la priorisation de la culture franco au Québec.

Un moment donné, l’attrait des subventions, des radios, des festivals et autres opportunités quasi exclusives à la musique francophone commencent à peser dans la balance et tranquillement pas vite, on se dit que c’est pas si mal finalement, rapper en français. C’est moins vrai pour Nomadic, qui a toujours inclus du français dans sa musique, mais il reste que même pour eux, ce nouveau single représente un virage clair vers la langue de Molière.

C’est tant mieux, parce qu’on a rarement entendu les MCs du groupe aussi tranchants et précis sur un morceau. Le beat, un banger à l’influence trap, sans vraiment en être, permet au groupe d’actualiser ses flows sans pour autant perdre de sa pertinence.

Quoi te dire… sinon que j’ai très hâte à la suite !

Kevin Na$h — Go Up II

« I’m the best one, that’s a fact bitch

I’m getting cake like a fat bitch »

J’ai beaucoup de love pour Kevin Na$h. En tant que rappeur, évidemment, mais surtout en tant qu’humain. Pour le meilleur et pour le pire, il est real et ne cache pas ses joies et ses peines au public. Parfois, du haut de sa jeune vingtaine, il veut trop, trop rapidement, et laisse son ambition avoir le meilleur de son image. Souvent, c’est quelque chose qui m’énerve chez les rappeurs, eux qui pensent que du haut de leurs accomplissements, aussi (peu) impressionnants soient-ils, on leur doit tout. La patience est une vertu dans ce rap jeu, les gars.

Sauf que dans le cas de Kevin Na$h, je trouve légitimement que les gens dorment sur lui. Si le rap québ l’a connu à travers ses collaborations avec FouKi, il mérite qu’on s’attarde à son univers bien à lui, où il mélange habilement cette confiance un brin arrogante avec une vulnérabilité indéniable et cette dualité le rend hyper attachant. Parfois, il y va même avec des pointes d’humour dans la mélancolie, comme ici avec la ligne citée plus haut qui m’a bien fait rire.

Le feeling mélancolique de Go Up II est amplifié par le superbe clip tourné à Berlin réalisé par Serge et monté par Saint.hi. L’ambiance sombre et un peu glauque se mélange à merveille avec la production envoûtante d’un Quiet Mike au sommet de sa forme. On ajoute Kevin Na$h à tout ça et on se retrouve avec une chanson que je risque d’écouter très souvent quand je marche dans la rue en fin de soirée.

Le rappeur du LITGANG annonce son projet Powerful Kids depuis un moment, et j’espère que ce sera le projet qui l’aidera à décoller. D’ici là, force, honneur et patience Kevin, le reste s’en vient.  

SHOUTOUT

Je termine cette chronique en copiant Eman et en envoyant un shoutout à Mahdi Ba. Je ne suis généralement pas un grand fan des Youtubeurs et autres influenceurs de ce monde. Par contre, je suis un grand fan des gens qui utilisent leur plateforme pour donner du shine à des artistes qui le méritent, et c’est exactement ce que Mahdi Ba fait avec sa chaîne UNKNOWN, alors respect et force à toi!

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