Germain Barre

Langue Sale : les cinq verses anglophones qui habitent mon cerveau depuis janvier

Une analyse des verses les plus catchy de la mi-année.

Cette semaine, les vacances du rap continuent et les sorties notoires se font toujours aussi rares. J’en profite donc pour faire suite à la chronique de la semaine dernière en vous présentant les cinq chansons de rap anglo qui me restent en tête depuis le début de l’année. 

ScHoolboy Q — CrasH

« Nigga gotta hit the golf course to get a peace of mind
Family friends want a piece of mine
I can tell they all piecin’ up
And I can show ’em where peace resides »

J’attendais CrasH Talk de ScHoolboy Q avec impatience et, même si j’ai été un peu déçu par le résultat final, j’ai énormément bump la chanson CrasH qui est venue me chercher grâce au sample tiré de Boom, le track classique de Royce da 5’9″. C’est le genre de clin d’œil que j’apprécie et c’est un coup de génie de la part du producteur Boi-1da, qui a allié nostalgie et modernité.

Surtout, je suis tellement down que des rappeurs comme Q commencent à jouer au golf. C’est un peu l’anti-gangsta, mais en même temps, certaines des plus grosses affaires sur la planète doivent se brasser sur un 18 trous, alors ça garde un côté G. J’imagine le rappeur sur un terrain de golf, paire de Jordans dans les pieds et blunt dans la bouche, pis ça me donne sérieusement envie de m’y mettre aussi. 

En plus, ceux qui suivent ScHoolboy Q sur Instagram savent qu’il a un pas pire swing, en plus d’être un bon père et un funny dude. Comme dirait Carl Carmoni, BIRDIE! 

Freddie Gibbs & Madlib — Situations 

« This how it feel to wake up and you don’t owe nobody shit

Not an explanation, not no conversation, Drug Administration, suck a ni**a dick

When my daddy ran over Eddie with that motorcycle, he ain’t been that ni**a since

Seen him transform to crackhead Ed, “If I got twenty, Fred, can I get a hit?”

Ni**a, damn »

Tout le monde attendait Bandana et les deux acolytes n’ont pas déçu. Le nouvel opus de Freddie Gibbs et Madlib marquera peut-être moins les esprits que Piñata, mais Gibbs est au sommet de son art, et les beats de son collègue, bien que produits sur un iPad, s’adaptent mieux que jamais au vibe du rappeur originaire de Gary, Indiana. 

C’est évident sur Situations, alors qu’on retrouve le Freddie Gibbs de Shadow of a Doubt au flow chanté qui vire sur des inspirations à la Bone Thugs-n-Harmony. Surtout, on a droit à un Gangsta Gibbs à son meilleur qui nous peint des images vives de la rue, de la vente de stupéfiants et de leur effet à long terme sur des gens qu’il a côtoyés. C’est real AF, et la fin du deuxième couplet m’est longtemps restée en tête grâce à l’impact de l’anecdote qu’il raconte. 

Son « ni**a damn » est senti, sincère, et illustre bien l’ambiguïté de l’homme qui vend de la drogue pour sortir du ghetto, mais qui comprend que son commerce entraîne la stagnation de sa communauté. 

Little Simz feat Chronixx —Wounds

« You idolize the rappers that are on gun talk

But their lifestyle, never lived that, never did that »

Sachez-le, Little Simz est la meilleure. Peu de rappeurs sont capables de me captiver et de me convaincre seulement avec leur voix. Pourtant c’est le cas de l’artiste londonienne, qui marque chaque couplet d’une transparence complète, où la vulnérabilité affichée devient souvent synonyme de force de caractère. 

Son album GREY Area est un de mes albums préférés cette année et Wounds est un des moments forts de celui-ci. Simz y aborde la relation pas évidente entre le rap et les guns avec franchise, et offre un témoignage poignant sur la mort d’un proche. 

La production est superbe, à mi-chemin entre sa rythmique trap et son esthétique créée par l’utilisation d’un band sur l’album. En même temps, le beat a un côté qui rappelle Forgot About Dre que j’aime bien, tandis que le flow de Little Simz est précis et bien adapté.

Ne dormez pas plus longtemps sur Little Simz.

Planet Giza — Ace Boogie Energy

« This greatness, in the making

Like the toilet broke, I don’t take shit »

Personne ne sera surpris de ce choix puisque je vous chante les louanges de Planet Giza à chaque occasion qui se présente. Si leur EP Added Sugar est un must au niveau des sorties rap cette année au niveau local, il se défend également merveilleusement bien à l’échelle internationale. 

Le côté un peu creepy de la production sur Ace Boogie Energy crée une atmosphère qui permet à Tony Stone d’expérimenter avec son flow et de rapper POUR VRAI, lui qui aime alterner entre gros flows et harmonies chantées. C’est une belle excursion loin du style plus joyeux que le trio aime survoler, et c’est une des chansons que j’ai le plus écoutées dans les derniers mois. 

Sérieusement, je ne peux dire assez de bien de Planet Giza. Si j’avais de l’argent, c’est sur eux que je l’investirais. 

2 Chainz — I Said Me

« Yeah, my daughter asked me what a drug dealer was

I said me, uh

When the lawyer asked me what a fuckin’ killer was

I said me, uh

When the bitch asked me what a real ni**a was

I said me, haha, yeah

Overseas in a yacht, they askin’ who it was

I said me »

LE REFRAIN. LE SAMPLE. C’EST TOUT.

Non mais sérieusement, je n’ai pas tellement trippé sur Rap or Go to the League, le dernier album de 2 Chainz que j’ai trouvé un peu dense. Par contre, I Said Me s’est rapidement trouvé une petite place dans un coin de ma tête pour ne plus jamais en sortir, notamment grâce à la mélodie du beat, samplée de la chanson Dead Presidents de Jay-Z.

J’adore la franchise du rappeur qui avoue à tout le monde sa vraie nature avec une pointe de fierté et d’arrogance, même à sa fille qui lui demande ce qu’est un vendeur de drogue. Bah, c’est 2 Chainz. Toujours dans la démesure, le MC assume pleinement son personnage et arrive encore une fois à bien faire entrer l’auditeur/auditrice dans un univers où la franchise (voire l’auto-snitching) est plus importante que les lois. C’est beau tellement c’est con.

Pour finir, on m’a demandé qui a eu la chance de vous parler de rap toutes les semaines depuis exactement un an aujourd’hui : I SAID ME. Merci.

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