Langue Sale : Nepal nous laisse avec « Adios Bahamas »

Un survol des verses de la semaine.

Cette semaine à Langue Sale, on célébre la vie de Nepal et Mac Miller, et on souligne le retour de Jay Scøtt.

Nepal – Daruma

« Quand t’es solo, y’a pas dix mille mains

Beaucoup d’jambes écartées comme à midi vingt 

J’deviens fou comme un président philippin

Tu peux commencer aveugle et finir peintre »

Samedi le 9 novembre 2019 nous quittait Nepal, un rappeur français hyper talentueux dont le talent n’avait d’égal que la discrétion. En effet, le rappeur du collectif 75e Session n’a jamais montré son visage, lui qui voulait combattre le culte de la personnalité qu’il dénonçait souvent dans sa musique. Proche de rappeurs comme Nekfeu, Doums, Alpha Wann, Di-Meh et d’innombrables autres figures importantes du rap français actuel, le rappeur est parti en laissant derrière lui un dernier album, Adios Bahamas, qui a vu le jour vendredi dernier. 

Toujours très mélancolique dans l’approche, le MC du 14e arrondissement de Paris laisse une marque forte avec cet album, son premier (et donc dernier). Sa plume est touchante, pleine de lucidité mais aussi d’une amertume face à un monde dans lequel il ne se reconnaît pas. C’est évident sur Daruma, single sorti il y a un peu plus d’un mois mais qui mérite le détour à la sortie de l’album. L’influence chopped & screwed vient amener une touche un peu trap à la chanson, qui reste tout de même une vraie démonstration de rap senti. Le débit presque paresseux de Nepal laisse toute la place à sa plume et montre le génie du rappeur, qui arrive à agencer rimes intelligentes et comparaisons pertinentes. Chaque mot semble important, calculé, mais en même temps, synonyme de liberté et de grandeur. 

Le décès de Nepal est une immense perte pour le rap français, lui qui n’avait que 24 ans. Dans le malheur de sa disparition, il laisse toutefois un héritage riche et un catalogue de haut niveau qui n’est que renforcé par le magnifique Adios Bahamas

Jay Scøtt – Copilote

« Rolling in the deep comme Adèle un moment donné ça roulait pu

J’avoue que j’avais un peu bu

mais j’suis rendu avec mon permis d’adulte j’ai 15 points d’inaptitude »

Ça faisait un bout de temps qu’on avait pas de nouvelles de Jay Scøtt, lui qui n’avait rien sorti depuis EM0G0D en août 2018. Un des plus gros talents bruts de la scène québécoise, le rappeur de Terrebonne possède un fanbase relativement imposant qui n’attendait que de recevoir du nouveau matériel.

C’est maintenant chose faite avec Copilote, une balade voix-guitare où se croisent rap et folk. C’est un peu un retour aux sources pour Jay Scøtt, qu’on a d’abord connu pour ses reprises de chansons sur Youtube lorsqu’il se nommait encore PL3. Depuis, il a proposé quelques projets, notamment en compagnie de Smitty Bacalley avec qui il a participé aux Francouvertes il y a deux ans. 

Maître des références culturelles Internet-friendly, le emogod par excellence du rap jeu revient à son meilleur sur Copilote, où se mélangent humour et franchise, une mixture efficace dont Scøtt a le secret. Ça parle de relations ratées, d’amitiés terminées, le tout sur un fond d’ironie qui porte parfaitement le message. Ça peut être lourd, parler des affaires plates, mais pas mal moins si tu utilises des références à Paul Walker, Adèle et à tes points d’inaptitudes sur ton permis de conduire. 

À la fin de la vidéo, le rappeur annonce qu’il va commencer à publier des vidéos plus fréquemment, et c’est une excellente nouvelle pour le rap queb. Que ce soit de la musique, ou en tant que youtubeur, Jay Scøtt a des choses à dire qui nous feront rire et pleurer, probablement en même temps. On attend la suite avec impatience. 

Mac Miller – Good News

« Well, so tired of being so tired

Why I gotta build something beautiful just to go set it on fire? »

Après le décès de Nepal et le regain de vie de Jay Scøtt, on repart malheureusement sur une autre nouveauté d’un rappeur défunt avec « Good News » de Mac Miller, premier single de Circles, un album posthume qui sera disponible vendredi. 

Je vous avoue que ma première réaction à l’annonce d’un nouvel album du rappeur de Pittsburgh n’était pas positive. En tant qu’artiste, je ne pense pas que je voudrais que des gens reprennent ma musique pour la sortir après mon départ. Puis surtout, rares sont les albums posthumes dont la qualité rend hommage à l’artiste décédé. On peut penser à Tupac dont le catalogue a pris une méchante débarque après sa mort, la faute à une suite d’albums rapiécés et recousus avec des bouts de maquettes et de chansons déjà sorties. 

La bonne nouvelle, c’est que Circles ne semble pas s’inscrire dans cette lignée. La famille de Mac Miller a expliqué que le rappeur travaillait sur un album “compagnon” à Swimming, sorti en août 2018. Les deux albums devaient se combiner pour former Swimming in Circles, un genre de double-album, un peu comme l’a fait Nekfeu avec son album Les étoiles vagabondes et son Expansion sortie 3 semaines plus tard. 

Un an et demi après la sortie de Swimming, on aura donc droit à Circles. Si on se fie à « Good News », on peut s’attendre à un album fidèle à ce que Miller a offert sur son dernier album. Des vibes douces, la voix rauque et chantée du rappeur est toujours bien en évidence et ses paroles sont toujours brillantes de simplicité. 

Rendez-vous vendredi pour le reste de l’album, que les fans du MC pourront savourer comme un ultime adieu à un autre artiste parti trop tôt. 

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