Langue Sale : Obia le Chef contrôle le jeu comme Luigi et Mario

Une analyse des nouveaux verses de la semaine.

Cette semaine, on a droit au grand retour d’Obia le Chef, à l’arrivée en solo de Vincent Biliwald et au brag rap renouvelé de Sadam Huss’. Let’s go

Obia le Chef – Zoklo Paradise

«Quand y m’voient dans leurs culottes les idiots chient comme le Dino 

Tu m’parles, mais t’entends rien, j’perds l’ouïe g, pas de Mario»

Semaine faste pour Obia le Chef alors qu’il a annoncé la sortie de son prochain EP Zoklo le 30 août qui comprend deux nouvelles chansons. Si c’est Soussa avec Tizzo qui retiendra probablement l’attention, c’est pourtant Zoklo Paradise, un freestyle sur Sanguine Paradise de Lil Uzi Vert qui est réellement venu me chercher. 

Rien contre Soussa, qui reste une bonne chanson, mais la qualité des paroles et du flow déçoivent un peu, autant que la présence quelque peu random de Loud dans le clip. Par contre, sur Zoklo Paradise, c’est un Obia en grande forme qu’on retrouve, alors que les métaphores et les autres figures de style se multiplient et sont sublimées par son utilisation sentie de l’Auto-Tune pour amener une vraie émotion à ses propos. 

Bien qu’il rende les harmonies justes accessibles à tous, le plugin le plus populaire du monde du rap n’est pas une garantie de qualité. Il est d’ailleurs fascinant d’analyser l’utilisation qu’un artiste fait d’Auto-Tune. S’il s’agit pour certains d’une béquille dont ils ont bien du mal à se séparer, d’autres arrivent à s’approprier l’effet pour ajouter à la qualité d’une pièce. C’est d’ailleurs le cas d’Obia sur Pas né, par exemple. 

Le piège principal d’Auto-Tune, c’est l’abandon de l’écriture. Comme il est facile de faire bien sonner à peu près n’importe quoi à travers l’effet, les rappeurs ont souvent le réflexe de délaisser le travail de rédaction des rimes au profit du son. Parce qu’avec Auto-Tune, c’est possible d’allonger les notes, de camoufler des rimes pauvres, mais ce faisant, on finit par faire ce que tout le monde fait.

Dans le cas d’Obia, le MC sait préserver la qualité de sa plume malgré la facilité d’Auto-Tune, il suffit de voir l’exemple plus haut. En deux lignes, on retrouve un champ lexical qui fait référence à la série de jeux vidéos Mario Bros, en plus de jeux de mots habiles pour amener les noms de Yoshi et de Luigi, deux personnages importants du jeu vidéo. Le tout est exécuté sans qu’on perde le sens premier du message d’Obia.

OneUp, mon Obia. On attend patiemment la sortie de Zoklo

Vincent Biliwald – Parallèle

«Quand j’pèse les “pour” c’est la fête

Quand j’pèse les “contre” j’arrête tout

Sur mon dix vitesses j’prends la route

Elle m’accueille pour des kilomètres»

Nouvelle sortie pour Vincent Biliwald avec le single Parallèle qui annonce l’arrivée de son album Frugal ce vendredi. Le rappeur de Québec s’est fait remarquer au sein du groupe Maestronautes, mais il prend ici une approche plus chantée qui laisse présager un album beaucoup plus smooth alors que le MC alterne sur Parallèle entre rap et chant. 

Le refrain est particulièrement réussi alors qu’on sent une charge émotive claire tout en ayant envie de bouncer avec le rappeur, alors qu’il se réapproprie le classique «mon pays c’est l’hiver» de Gilles Vigneault. On retiendra de Parallèle les nombreuses références à la ville de Québec à laquelle le rappeur semble porter une grande affection. Ça tombe bien, on a besoin de plus de nouveaux joueurs de la capitale nationale dans le rap jeu. Avec des rappeurs comme Steve Beezy, Biliwald ou Velozo, une relève semble tranquillement se former autour des remparts de la capitale nationale et c’est tant mieux.

Seul hic de la chanson, l’accent un peu étrange du rappeur qui oscille entre des intonations québécoises et françaises. C’est un peu déconcertant, et du moins lors de mon écoute, ça m’a sorti un peu de l’univers que Biliwald tente de créer autour de sa musique alors que j’avais constamment en tête cette phrase de Loud «tu voulais percer en France, han?/du coup t’as largué ton accent.» Il est possible que cette façon de s’exprimer soit propre au rappeur, par ses origines et/ou son vécu. Mais dans un paysage du rap québécois qui cherche à affirmer son individualité par rapport à ses cousins français, ça sonne un peu faux. 

Malgré tout, Biliwald possède un style propre à lui à la croisée du rap et de la chanson folk qui lui permettra de shine dans une scène qui commence à tourner en rond, stylistiquement parlant. Un genre de mouvement parallèle, finalement, et on est down avec ça.

Sadam Huss’ – Hahaha

«Tu sais que j’en ai rien à foutre comme l’an 40

J’ai ma boîte de chaussures fak fuck un cashdown»

Le vétéran du Casse-Croute est back avec Hahaha, un nouveau single avant la sortie de son album Polyester. C’est agréable de voir un gars comme Sadam Huss’ continuer de faire son bout de chemin dans le rap, lui qui s’est plutôt fait connaître comme ingénieur du son dans les dernières années. Pas surprenant alors que le mix de Hahaha soit hyper propre. Le rappeur a signé le mixage et le mastering sur Zay de FouKi, notamment.

Sur Hahaha, on est toujours dans l’univers brag rap propre au Casse-Croute qui en a fait sa marque de commerce, mais aussi sa béquille. Dans une époque où Loud (dont j’ai définitivement trop mentionné le nom aujourd’hui) domine le rap jeu en grande partie grâce à une approche similaire, il est difficile de se faire voir lorsque le produit est un brin en deçà. 

Malgré un flow répétitif, on sent un Sadam Huss’ qui en veut toujours autant qu’à l’époque où son crew vendait ses mixtapes dans la rue. Le clip est léché et brille par sa scénarisation simple qui met de l’avant le MC qui déambule dans les rues du Vieux-Montréal. Le rappeur est confortable dans sa formule, à laquelle il fait encore honneur sur Hahaha. On espère tout de même avoir la chance de découvrir un côté plus personnel du rappeur à la sortie de Polyester.  En attendant, on est toujours heureux de souligner le retour d’un OG du rap jeu québ. 

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