Germain Barre

Langue Sale : Enima veut « niquer des mères » le 8 mars

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, on parle de memes québécois qui traversent l’Atlantique, du struggle des subventions et de comment faire pour choquer les gens en annonçant ton prochain album.

FouKi – Budapest 

« Les subs te rendent pas bon en rap

Dude, ça donne juste un bon boost

Ta carrière est anormale

C’t’arrangé avec le gars des views »

À chaque année, Musicaction révèle à quels artistes l’organisme a accordé des subventions pour réaliser leurs albums et autres projets connexes. Il faut savoir que les subs, c’est ce qui fait marcher l’industrie musicale au Québec. Sans les subventions, très peu d’artistes et de maisons de disques auraient les reins assez solides pour faire vivre le microcosme culturel quasi-autosuffisant qu’est la scène musicale québécoise.

D’ailleurs, c’est toujours drôle de consulter la liste et de voir les rappeurs qui bénéficient de subventions. Il y a évidemment des gros noms qu’on s’attend à voir, mais aussi des has-beens, des no-names et des rappeurs franchement pas très bons. La faute à qui/quoi? Au processus de demande de subvention qui est hyper démocratisé et qui au final, ne juge pas tant la qualité de la musique mais plutôt le réalisme de l’explication des besoins financiers de l’artiste. Comme au final, le jugement de la qualité d’une oeuvre reste très subjectif, il est relativement logique de fonctionner ainsi. Sauf que…

C’est ce qui nous amène aux propos de FouKi, artiste subventionné, dans Budapest, le premier single de son prochain album ZayZay (on admire la continuité dans les titres du rappeur du Plateau Hess), où il s’attaque à d’autres rappeurs subventionnés dont la carrière n’existe à peu près que grâce à l’accès au support financier du gouvernement.

Si certains mauvais rappeurs sont pluggés dans l’industrie (ce qui peut faciliter l’accès aux subs), l’augmentation des moyens financiers ne leur procure malheureusement pas le talent nécessaire pour faire de la bonne musique. On aimerait avoir des noms, mais en fait, ils sont tous sur le site web de Musicaction alors allez vous gâter et essayez d’identifier de qui FouKi parle. On a notre petite idée…

Di-Meh – Fake Love 

« Oh, pas l’temps d’niaiser, va t’en, va t’faire baiser, ouh

J’sais pas, claque dans fessier, comme Pablo, j’dois encaisser, ouh yeah

La mula, la mula gang, cette bitch doit me foutre la paix

Tout à perdre, tout à gagner, pour la peine, j’pull-up c’t’année (brrr) »

Je vous parle souvent des ponts qui se créent présentement dans la francophonie du rap. Des fois, ça passe par des collaborations, des spectacles ou des échanges créatifs captés sur vidéo, mais d’autres fois les gestes sont plus subtils. Comme ici avec ce verse du rappeur suisse Di-Meh, qui nous prouve à quel point le transfert culturel entre l’Europe et le Québec s’en vient important, alors qu’il nous sort un classique « pas l’temps d’niaiser ».

Cela dit, l’emprunt montre que le Québec est dû pour changer sa réputation auprès de nos cousins européens. Parce que jusqu’à très récemment, le rap québécois en France, c’était le Roi Heenok et  K-Maro. Bien sûr, le Roi est un trésor national, mais on s’entend que ce n’est pas très représentatif du paysage foisonnant de la scène locale qui shine depuis maintenant 5-6 ans. Mais rassurez-vous, Di-Meh connait plus de la Belle province que ce meme classique d’ici, puisqu’il a collaboré avec Rowjay et fait partie du consortium belgo-suisse qui maîtrise bien notre franglais local.

Dans Fake Love, par exemple, quand le rappeur genevois dit qu’il « pull up c’t’année », ça sonne beaucoup plus rap queb que rappeur européen à l’accent anglais douteux. Alors si pour le Français moyen, le Québec c’est toujours Céline Dion et Garou, au moins les rappeurs sont en train de capter la fibre franglaise qui définit notre rap local depuis un moment.

Enima – Easy 

« Oh yeah oh yeah oh yeah sors les statistiques

Ça peut pas mentir comme un putain d’rapport balistique »

Gros single pour Enima qui a du même coup annoncé son prochain album, De rien sous fond de pétales de roses. La décision de lancer l’album le même jour que la journée internationale des droits des femmes est questionnable, surtout que le rappeur l’a annoncé en disant que le 8 mars, il allait « niquer des mères ». Cependant, on a droit ici à un très gros beat qui fait changement des vibes soft qu’il nous a récemment offert. On sent ici un Enima qui a faim et qui, maintenant libéré de ses enjeux légaux, peut désormais se concentrer sur sa carrière musicale.

Malgré mes réserves en ce qui a trait à sa stratégie de sortie d’album, j’ai été agréablement surpris par Easy et notamment par les paroles citées plus haut qui établissent un lien habile entre les statistiques de la musique d’Enima et un rapport balistique, qui établit la source de coups de feu et leur cible. En gros, stats à l’appui, Enima a tué le game. Si on compare les views de Easy avec les views d’un certain boys band local qui a sorti un single à saveur très fromagée en même temps que le rappeur de St-Léonard, on ne peut que lui donner raison.

SHOUTOUTS

Je parle d’eux à chaque semaine ces temps-ci, un peu malgré moi mais avec des raisons toujours aussi valables de le faire. Cette semaine, Planet Giza a finalement sorti son premier album Added Sugar qui s’inscrit directement comme un des meilleurs projets de rap anglophone et de r&b qu’on a vu sortir d’ici. Le genre de sucre à consommer sans modération.

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