Mélissa Desjardins

Langue Sale : Raccoon a Pénélope Mcquade sur son payroll

Une analyse des nouveaux verses de la semaine.

Cette semaine à Langue Sale, on vous présente le meilleur rappeur de la nouvelle génération des WordUp! Battles, le meilleur rappeur toujours en vie du côté des États-Unis et le premier album d’Astralopithèque qui se démarque par son originalité. 

Raccoon – Payroll

« C’est chaud comme à Belle et Bum Brathwaite

J’ai la dope, j’ai la white girl

J’ai la coke, j’ai la white

J’te dis que j’ai la Pénélope McQuade »

Raccoon se fait connaître depuis un an grâce à ses apparitions remarquées sur le circuit de WordUp! Battles en plus de ses projets musicaux. Après la sortie de son premier projet Mettre les gants, tuer le croc-mitaine, le jeune rappeur est de retour avec Payroll, premier single depuis sa signature avec le label Rico Rich Productions.

Digne descendant de la première génération des WordUp! qui mélangeaient à l’époque rap skills et habilités en battle, Raccoon se démarque avec son flow qui joue sur les assonances où les bars et le contenu se mélangent pour offrir un produit qui, malgré des influences claires (notamment Lost), donne quelque chose de plutôt original et propre au rappeur. 

Sur Payroll, on a droit à un Raccoon qui est prêt à vivre de son art, quitte à devoir faire des passes pas super legit sur le side. Les figures de styles qui mélangent coke et personnalités québécoises blanches se multiplient depuis quelques années, et le MC ajoute la sienne en namedroppant Pénélope McQuade. C’est drôle, efficace, et dans un pattern où ça rime avec « Belle et Bum, Brathwaithe », c’est quand même foutrement bien écrit. 

Si Raccoon a encore tout à prouver, on entrevoit un bel avenir pour ce rappeur dont la drive et l’envie ne sont plus à prouver. Reste à voir si, au contraire de ses pairs des nouvelles générations de battle rappers québécois, il saura également avoir du succès avec sa musique. 

Sinon, faut get Pénélope sur le payroll

Freddie Gibbs – LA Leakers Freestyle

« Real kings of the street shit

Got three books for the 20 Westbrook

Rest in peace, Nip »

Freddie Gibbs clame à quiconque veut l’entendre qu’il est le best rapper alive. Après ce freestyle, j’aurais tendance à aller dans le même sens. C’est pas juste une question d’écriture ou de flow; pour prétendre à ce titre, il faut posséder ce genre de qualité intangible qui fait qu’un artiste est capable de créer des moments iconiques, qui marquent le temps. Ce freestyle à l’émission de radio de Los Angeles LA Leakers en est l’exemple parfait.

Non seulement Freddie nous offre une démonstration de rap en trois minutes trente, mais il le fait avec son fils sur ses genoux, et Freddie Jr., à l’image de son père, garde son calme alors que son paternel s’élance dans les flows et la gestuelle. Il y a quelque chose de marquant dans ces images, surtout dans un genre musical où les propos ne sont pas toujours enfant-friendly

Sauf que Gibbs est authentique et ne se cache pas: membre des Vice Lords, une gang de rue américaine, ancien vendeur de drogue, il nous raconte tout ça en tenant fiston d’une main et en faisant preuve du meilleur breath control du rap jeu. Sérieusement, c’est hallucinant à quel point il est en contrôle sur ce freestyle.

Son débit est si rapide qu’il y a très peu d’endroits où respirer, et pourtant le flow de Freddie est limpide. Chaque mot est clair et le rappeur de Gary, Indiana, donne une forte impression de facilité. D’ailleurs, demandez à n’importe quel rappeur et il vous dira fort probablement que le contrôle de la respiration est un des plus gros défis dans le rap. Écrire un verse, trouver un flow, c’est bien beau, mais encore faut-il trouver le temps de respirer à travers tout ça. 

J’écoute encore Bandana, sa dernière collaboration avec Madlib, mais on dirait que depuis ce freestyle, j’attends le premier album de Freddie Gibbs Jr.. Vu sa prestance naturelle devant le micro, ce n’est qu’une question de temps. R.I.P. Nip.

Astralopithèque – Pas science infuse

« Tellement j’pense, j’ai trouvé réponse à toutes les questions

Écoute, tu vas comprendre:

Chaque fois qu’on m’demande

J’sais déjà que la réponse c’est que ça va dépendre »

Les trois compères qui forment Astralopithèque, soit les rappeurs Papi et Edaï et le producteur Eius Echo, ont présenté cette semaine leur premier album après une série de EPs solos produits par Echo

Le résultat est franchement impressionnant, alors qu’on sent deux rappeurs qui ont envie de revoir l’approche du rap actuel. Peu de flows trap, pas d’Autotune, mais tout de même une forte touche de modernité dans l’approche grâce aux synthés d’Eius Echo.

Si les flows sont parfois un peu imprécis (ce qui me rappelle Freestyle Fellowship), et qu’on perd un brin le sens des paroles dans certaines envolées poétiques, on retrouve tout de même un projet qui ne ressemble à rien de ce qui se fait dans le rap queb actuellement. C’est une réussite en soi, car il est de plus en plus rare de tomber sur un projet rafraîchissant, dont l’approche ne rappelle à peu près rien d’autre en matière d’influences. 

Sur Pas science infuse, on retrouve des propos pleins de lucidité, surtout dans le couplet d’Edaï où le rappeur explique la nuance de la vie: tout est une question de perspective, de timing. En gros, peu importe la question, la réponse dépend souvent de plein de facteurs extérieurs à ladite question. C’est le genre d’affaires que j’aime beaucoup dans le rap, lorsque les MCs nous poussent à la réflexion.

Dans tous les cas, les trois jeunes artistes ont des choses à dire, des principes à revendiquer, une marge de progression hyper intéressante et même un lancement d’album sold out. Dur de faire mieux pour une première. 

SHOUTOUTS

Retour de la rubrique SHOUTOUTS cette semaine pour envoyer des fleurs aux gros bonnets d’O.G.B qui viennent de dévoiler un premier single depuis leur EP Fruit Jazz, le très smooth Vega. Les gars sont en forme et ça annonce de bien belles choses pour les gagnants des Francouvertes qui se produiront d’ailleurs vendredi aux Jardins Gamelin et dimanche à Osheaga. Deux doigts dans les airs pour la victoire.

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