Langue Sale : Robert Nelson ne se tanne pas de la 40

Cette semaine, on fait de la route avec Robert Nelson, on jase du nouvel album de Lary Kidd et on part voler un ATM avec Les Fourmis.

Robert Nelson – Ma

“Checkez lé parader, ma pas t’en faire 40h par semaine

M’a faire 40 semaines par année, pas encore tanné d’faire l’aller-retour d’la 40

80 fois par année, environ plus ou moins 40 000 miles pour environ 40 000 par année”

Robert Nelson continue de rouler avec son album Nul n’est roé en son royaume sorti en avril dernier. Il revient ici avec un magnifique clip pour la chanson Ma réalisé par Dan & Pag, une de mes préférées sur cet opus. Fraîchement nommé Maison de disques de l’année au gala de l’ADISQ, 7ième Ciel poursuit sur sa lancée pour bien terminer 2019.

Ce qui est marquant avec cette chanson, c’est ce regard hyper introspectif que porte Bobbé Nel sur sa propre vie, autant son passé, que le présent et l’avenir. On sent un rappeur mature qui saisit beaucoup mieux les complexités de la vie, tout en soulignant à quel point elle peut être belle. 

Par exemple, ces lignes citées plus haut qui font le calcul de toute la route parcourue dans une année par un rappeur comme lui. La vie du rap peut sembler belle et facile, mais pour un artiste qui arpente les quatre coins de la province pour faire des spectacles, ça fait des kilomètres pas à peu près, pour une paye qui n’est finalement pas si glamour que ça. Parce que 40 000$ par année, quand t’es jeune, ça semble être une fortune. Pis, tu deviens adulte, avec toutes les responsabilités viennent avec, et tu réalises que 40 000$, c’est pas mal la base si tu veux avoir une belle vie qui te permet de vivre, de voyager, de t’acheter des choses. On célèbre donc le fait que Robert Nelson ne soit pas encore tanné de ses allers-retours Montréal-Québec, parce que le lauréat de l’album rap de l’année à l’ADISQ avec Alaclair Ensemble a encore bien des choses à nous dire. 

Également, une mention à DJ Manifest et Lowpocus qui signent sur Ma une magnifique prod qui va chercher dans les influences Dirty South de Lowpocus sans que le sujet n’y soit nécessairement adapté. Ça donne une chanson pleine d’émotions, mais sur laquelle tu peux quand même bounce comme si t’écoutais du Three 6 Mafia. Le meilleur des deux mondes, finalement. 

Lary Kidd – Miroir miroir

“Écoute, imagine de quoi t’aurais l’air

Pas d’mère, pas d’Lorelai

Little girl on that big snow, je l’appelle Maripier Morin-Heights”

Le jeune homme par excellence du rap queb devient donc un Surhomme sur ce nouvel album qui amène Lary Kidd à un tout autre niveau de ce qu’on avait connu sur Contrôle. La production léchée de l’album est signée par Ruffsound et Ajust, et le résultat est un opus concis, bien ficelé et même touchant par moments. 

Force est d’admettre que plus les rappeurs phares du rap jeu vieillissent, plus ils prennent du galon et gagnent en maturité. Pour un Lary Kidd qui était reconnu comme un électron libre dans la sphère du rap queb, on ressent sur Surhomme une lucidité et un regard critique plus affûtés que par le passé. Alors qu’avant, les observations de Lary ne servaient généralement qu’à venir renforcer son personnage, il y a sur cet album plusieurs moments où le regard qu’il pose amène des vrais questionnements, tant sur le monde dans lequel on vit que sur nous-mêmes. 

Évidemment, on retrouve à travers tout ça la folie qui fait de Lary Kidd le personnage que le rap queb aime, ou aime détester. Sur Miroir miroir, l’ex-LLA semble parler aux jeunes filles de la jeunesse dorée québécoise qui vivent la vie de party avec la musique du rappeur comme soundtrack. Il y a évidemment les bars citées plus haut qui font référence à Maripier Morin qui m’ont fait faire une grimace de type «oh ça c’est dope» quand je les ai entendues pour la première fois. 

Alors si l’arrogance de Lary Kidd avait pu le condamner au rôle de mal-aimé sur Contrôle, on sent ici qu’il a réussi à sublimer cette arrogance pour devenir un… Surhomme.

Les Fourmis – Fok le 6tème

“Fuck it faudra le poser ce verse votre game faudra l’exploser

Je ris de vos rappeurs mauves aux fucking fesses exposées”

La Fourmillière est morte, vive Les Fourmis! Le collectif qui comprend notamment FouKi, LaF, L’Amalgame et Kirouac est de retour avec Fok le 6tème, un troisième extrait en tant que groupe après Purp de St-Mich et La palette. Désormais avec un nom abrégé, pour que les gens évitent de confondre LaF et La Fourmillière, le collectif arrive avec un clip explosif réalisé par un Baz en grande forme. 

C’est beau de voir un collectif rempli de jeunes rappeurs vouloir redéfinir le système dans lequel il évolue. Si les revendications restent très basiques, on sent chez Les Fourmis ce désir de brasser la cage, de refuser les compromis afin d’imposer leur propre griffe sur le monde dans lequel on vit. 

Sur ce, je vais aller essayer, moi aussi, de voler un ATM. Je vous en donne des nouvelles la semaine prochaine.

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