Germain Barre

Langue Sale : Carpe Diem avec Jeune Loup

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Depuis quelques mois, il y a des choses qui marquent par leur constance : chaque semaine, on peut trouver un nouveau Langue Sale, un nouveau scandale qui implique Donald Trump et un nouveau remix de Nervous. Allez, on se lance directement dans le rap.

Jeune Loup — Intro (prod. Mike Shabb) 

« Trap dans le backend toute la night

Fuck le “back then” qu’est-ce t’as live? »

Jeune Loup arrive ici avec un des clips les plus courts de l’histoire du rap québ. D’une durée totale de 50 secondes, Intro est un avant-goût de ce que le chef du Rx gang prépare en 2019.

Si la chanson ne marque pas autant les esprits que Back sur le BS ou Geeked Up, elle laisse entrevoir un Jeune Loup qui pousse son personnage à fond, avec des pointes d’humour et d’ironie qui prouvent qu’il est un rappeur bien plus self-conscious que ce qu’il laissait paraître. Malgré tout, même si Intro ne passera pas à l’histoire, elle m’aura permis de créer ce GIF qui devrait blow up d’une seconde à l’autre.

Je l’ai nommé « Moi, quand je croise ma proprio le 3 »

Dans Intro, le Big W nous raconte l’histoire d’une jolie femme qui l’invite chez elle pour des plaisirs partagés. Malheureusement, lorsque Jeune Loup arrive à l’appartement de la demoiselle, il se rend compte que c’est un coup monté alors que trois gars lui ouvrent la porte. Vu qu’il n’a pas de gun sur lui, il préfère se sauver du danger, comme montré plus haut.

Tout ça pour en revenir à sa maxime citée plus haut. Parce que comme Jeune Loup lors de son arrivée à l’appartement, ce qui importe, c’est ce que tu as LIVE. Alors, si on veut se battre avec toi et que t’avais un gun hier, mais pas aujourd’hui, tout le monde s’en fout, tu vas subir.

Au final, l’important, c’est de retenir que Jeune Loup n’a sorti que trois chansons dans sa vie, et que malgré ça, il fait jaser tout le game, en bien ou en mal. Les puristes se choquent, les traplords tripent et les autres observent. En espérant que l’attrait du street ne soit pas assez puissant pour décourager le rappeur lorsqu’il commencera à toucher les cachets du rap.

Izzy-S feat Tizzo — Dang 

« En attendant que le rap paye un jour

J’investis mon argent dans la drogue »

Collaboration qui tombe à point entre deux des rappeurs ayant posé les plus grosses pierres à l’édifice du street rap québ en 2018, Izzy-S et Tizzo. Si ni l’un ni l’autre ne déposent leurs meilleurs bars sur cette chanson, ils arrivent toutefois avec des flows énergiques qui assurent le stunt de hit à Dang lors de la tournée prévue par Izzy-S pour promouvoir son album Empire (un des très bons projets rap de la dernière année dont je vous ai d’ailleurs parlé pendant les Fêtes).

J’ai choisi la citation plus haut non pas par sa qualité lyricale, mais plutôt parce qu’elle m’a bien fait réfléchir. Depuis le début du raz de marée street rap, les acteurs de ce mouvement montrent un désir de sortir de la rue, de se défaire de la condition de « vendeur de drogue qui rappe ». Cependant, la différence entre les cachets du rap et les profits de la rue étant généralement assez immense, on assiste à un phénomène où les rappeurs voulant sortir de la rue finissent par y rester parce que l’appât du gain est trop fort et le rap pas assez payant.

Faut dire que dans la rue, tu payes ton stock et tu profites directement à la revente. Dans le rap, chaque dollar doit être séparé entre le rappeur, le producteur, le distributeur, le gérant, la maison de disque, etc., et les dollars deviennent rapidement des cennes. Alors pour des artistes habitués à l’argent (plus) facile de la rue, on fait comment? C’est la question qui risque de faire rage tout au long de l’évolution du street rap québ.

Clay and Friends feat FouKi — Undercover 

« Hamdulillah, c’est la vie c’est la life

Ouais je m’étais attaché comme une paire de Nikes

Dans ton appart vide comme la bouteille de vin

Moi j’ai, écrit cette balade je me souviens de rien »

Sur cette chanson assez entrainante de Clay and Friends, on a droit à un spécial Sam Rick, puisque le gérant le plus en vue du rap jeu mêle ses cartes et associe ses deux protégés : FouKi se joint au band pour Undercover, premier single de leur prochain album La musica popular de Verdun qui verra le jour le 25 janvier.

Ce que j’aime beaucoup du style de Mike Clay, chanteur et frontman de Clay and Friends, c’est sa nonchalance sur le beat, lui qui semble glisser tout en finesse sur l’instru et ce, sans nécessairement faire de sacrifice au niveau des paroles. Il nous parle ici du moment où il a écrit la chanson, probablement dans l’appart d’une fille aussi vide que celui des rappeurs qui clament « vivre du rap » à qui veut l’entendre sur leurs pages Facebook. Attaché à cette fille « comme une paire de Nikes », Clay explore ici son sentiment amoureux en allant chercher une référence populaire (presque autant que la musique de Verdun) qui permet d’attirer l’attention des gens dès le début de la chanson.

C’est un petit détail, mais il joue pour beaucoup lorsqu’on commence à analyser la qualité d’écriture d’une chanson. Les bonnes plumes du rap jeu vont savoir où placer des références, des jeux de mots pour garder l’attention de l’auditeur. Ça parait anodin, mais comme dans tous les domaines, rien n’est laissé au hasard dans la musique.

Alors, pendant que les émules du rap jeu continuent d’essayer de refaire des chansons d’Alaclair, de LLA ou de Souldia, d’autres tracent leur propre chemin. FouKi, lui, semble s’être donné comme but d’incarner le plus de personnages différents dans ses clips. En deux ans, on aura vu un FouKi chef cuisinier, chirurgien, chix bronzée/pédicurée, clown et même mort après une opération ratée de Koriass dans All Zay.

Comme quoi, c’est pas parce qu’on ne peut pas devenir millionnaires avec le rap québ qu’on ne peut pas l’utiliser pour réaliser ses rêves : faire du cosplay dans un clip à petit budget.

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