Germain Barre

Langue Sale : Sarahmée plie le game avec souplesse

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, on souligne le retour réussi de Sarahmée, le swag canadien de DeusGod et la vie de Nispey Hussle

Sarahmée feat Tizzo – Chaka Zulu

« On plie le game avec souplesse

Quand tu m’demandes dis ‘s’il vous plait’

Non l’ascension n’est pas soudaine

On vise les sommets et l’Everest »

Sarahmée lançait le 4 avril dernier son nouvel album Irréversible, un peu moins de quatre ans après son premier opus, Légitime. On retrouve une artiste en pleine possession de ses moyens, au flow affûté et aux paroles fortes et assumées.

Sur Chaka Zulu elle s’allie à Tizzo, définitivement le rappeur de l’heure au Québec. L’an dernier, tous les rappeurs avaient un verse de FouKi sur leur album (même moi) mais cette année, le rappeur le plus en demande de 2019 risque d’être le MC longiligne d’Ahuntsic. Tizzo se charge sur Chaka Zulu du refrain très mémorable, en plus de l’excellent couplet avec des flows assez inédits pour lui.

Cependant, c’est le verse de Sarahmée qui mérite qu’on s’y attarde. Parce que si c’est un blessing d’avoir un verse de Tizzo, encore faut-il qu’il ne s’accapare pas la chanson avec son énergie contagieuse. Ce n’est pas le cas sur Chaka Zulu alors que Sarahmée arrive très fort en début de chanson, avec un style tout aussi énergique que son collaborateur. On ressent les grosses influences du rap français sur le flow de la rappeuse d’origine sénégalaise, sans que ça dénature son style. Le flow est tight, les punchlines arrivent vite.

On a énormément parlé de la place des MC féminines dans les derniers mois. Clairement, le rap a encore des croûtes à manger avant qu’on puisse parler d’équité, que ce soit dans la couverture médiatique – qui tourne souvent autour de l’identité d’une femme rappeuse au lieu de sa musique – ou dans les opportunités musicales. C’est pour ça qu’il faut célébrer une artiste comme Sarahmée, qui avance en traçant son propre chemin, avec intégrité et passion. Puis surtout, parce que finalement, en l’écoutant, on entre dans son monde et on oublie les différences hommes-femmes parce qu’on écoute de la bonne musique, point.

DeusGod – Chuck Norris

« In my canadian tux

Cause I’m a canadian thug

Holla at the canadian blood

For some Texas mud »

Alors que le monde est plongé dans la folie du rap-country (on s’en reparle plus tard cette semaine), on a DeusGod, rappeur de la rive sud qui arrive avec son propre style qu’il identifie au fameux Texas Ranger Chuck Norris, le tout sur une énorme production de l’omniprésent Lowpocus.

Il ne se passe pas grand-chose actuellement dans le rap anglo-montréalais: Husser a déménagé à Los Angeles, Zach Zoya se laisse désirer, Planet Giza sont partis faire des moves en Europe et Lou Phelps se repose après son Juno. Ça fait que la place est plus que libre pour que de nouveaux visages émergent. Si je vous ai parlé de Busy Nasa il y a quelques semaines, il faut aussi parler de DeusGod qui se démarque de plus en plus grâce à un style bien à lui et une personnalité attachante malgré son côté très grimey.

Sur Chuck Norris, on a droit à un hymne au canadian tuxedo, la combinaison «veste et pantalons en jeans», swag que le rappeur rock admirablement dans le clip bien réussit. Si DeusGod n’est pas le genre de rappeur qui vous retournera le cerveau avec des bars réfléchies, il est par contre le genre de boy qui va mettre un bon vibe et vous donner envie de musher dans votre cuisine (je peux vous confirmer).

Mention spéciale à la fin de la chanson où on a droit à une version chopped & screwed de Lowpocus, véritable disciple du Screwed Up Click de DJ Screw, légende de la scène de Houston. Ça donne un feel très épique à la chanson, qu’on entend se transformer en slow banger qui rentre directement dans les feels. Pis à ce moment-là, tu te sens drette comme Chuck Norris qui kick des culs en slow-mo.

Nipsey Hussle – Hussle & Motivate

« Pull up in motorcades, I got a show today

This all I’m tryna do, hustle and motivate

Choppers and throwaways, hustle the Hova way

That’s why they follow me, huh? They think I know the way »

Je ne pouvais évidemment pas passer sous le silence le décès tragique de Nipsey Hussle, un véritable monument du rap californien et surtout, une force positive dans sa communauté, malgré un passé trouble comme membre de gang de rue. Si le rappeur n’était pas parfait, lui qui a déjà tenu des propos homophobes par le passé, il représentait tout de même le désir de toute une communauté de créer ses propres opportunités, de posséder ses propres commerces, de se revitaliser au lieu de n’être associé qu’à un endroit d’où on rêve de sortir. Pour ça, il mérite qu’on souligne sa vie et son oeuvre.

J’ai choisi la chanson Hussle & Motivate, probablement ma préférée de son album Victory Lap, paru l’an dernier et nommé aux Grammys. Surtout, je pense que c’est celle qui résume le mieux l’esprit de Hussle – travailler et motiver les autres à partir du fruit de son travail. Le fait que la chanson reprenne de façon si géniale Hard Knock Life de Jay-Z vient ajouter un élément artistique qui démontre que Nipsey n’était pas qu’un simple rappeur, il avait également une vision artistique claire et unique. On peut notamment le voir dans ses vidéos, qui s’apparentent plutôt à des courts-métrages remplis de mises en scène, où le rappeur est souvent accompagné par sa femme, l’actrice Lauren London.

Ce qui me fâche dans tout ça, c’est la façon dont il est décédé. Abattu devant son magasin, au coin de l’avenue Slauson et du boulevard Crenshaw, le block qu’il représentait depuis le début, là où il a passé la majorité de sa vie. C’est là qu’un imbécile jaloux a décidé de tuer un king. C’est frustrant, c’est incompréhensible, et c’est tellement dommage parce que Hussle, de son vrai nom Ermias Asghedom, avait encore tellement à offrir à ses fans, mais surtout à la communauté afro-américaine. Pis c’est tristement romantique, d’une certaine façon, parce que je suis certain que Nipsey est passé proche d’y rester plus d’une fois sur ce coin de rue. To live and die in L.A., comme l’a dit 2pac.

The Marathon Continues. <3 

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