Germain Barre

Langue Sale : sexe, argent et Indiana Jones

Pendant qu'Alaclair cache son cash, Izzy-S le montre à qui veut.

Cette semaine à Langue Sale, on parle de fumée, d’opulence, et d’endroits tellement sombres que même Indiana Jones ne voudrait pas s’y aventurer. Je vous le dis tout de suite, I call bullshit à cette dernière allégation.

Lou Phelps – Miss Phatty

« First time I laid eyes on you

You were smoking on a cigarette

From ashy to classy, complimenting your silhouette »

Lou Phelps est un des rappeurs anglophones de la ville qui sort les projets les plus aboutis et pourtant, on en parle peu. Même s’il a été nommé pour un prix Juno l’an passé, on dirait qu’il y a un blocage au Québec avec le rappeur de la Rive-Sud de Montréal et c’est bien dommage.

Il ne reçoit pas le shine local comme Zach Zoya ou Mike Shabb, et pourtant il sort des projets qui sont écoutés à l’international, qui tournent dans les radios, qui sont nommés pour des prix prestigieux. Faut dire, il a un débit et un accent qui ne laissent pas indifférent : soit on aime, soit on hate.

Pour ma part, je suis plutôt down. Ce que j’aime beaucoup chez Lou Phelps, c’est la subtilité de son écriture. Si on écoute rapidement ses tracks, on peut avoir l’impression qu’il y a beaucoup de premier degré et de bars assez simples. Sauf qu’en s’attardant au contenu, on trouve des images assez nice. C’est le cas ici.

L’objet de ses désirs – Miss Phatty – fumait une cigarette lors de leur première rencontre. En anglais, l’expression « from ashy to classy », c’est un peu l’ancêtre de « started from the bottom », en gros, on est partis des cendres pour devenir classe. Donc ce que Lou explique ici, c’est que sa girl est passée de ashy à classy alors que le regard de Lou s’est d’abord posé sur la cigarette, avant de s’attarder à sa silhouette.

Qu’on s’entende, c’est pas le genre de phrase qui change le monde, mais à Langue Sale, on aime bien les lyrics subtilement next level, ce qui est le cas ici! Par contre, on aime beaucoup moins la cigarette… qu’on se le tienne pour dit.

Alaclair Ensemble feat. Souldia – FLX 

« On va jamais go back à vendre du weed sur l’coin pour payer nos loyers

Tout le monde mange sur ce rap shit, no lies, c’pas des gummies, c’pas des salades

L’argent est réel, pas besoin d’en exposer dans nos vidéos

Les haïsseurs viennent chin-check chantent rien j’donne le numéro de mon fiscaliste »

Y a un truc qui devient de plus en plus réel dans le rap jeu québ : finalement, y a du bread. Pendant longtemps, le rapkeb était un game de ti-coune, où même les labels établis dans le rap étaient vus comme des blagues par le reste de l’industrie – sauf quand ils ont vu un stage se faire bumrush par le 83 à l’ADISQ – là ils ont recommencé à avoir peur des gangs de rue.

Tout ça pour dire que maintenant, y a de quoi manger. Pis Alaclair, qui a roulé sa bosse de façon indépendante pendant une bonne partie de leur carrière, peut maintenant vivre de leur musique. Aisément, si on en croit les dires d’Eman sur ce gros track qui remet en question l’importance des prix comme les Félix de l’ADISQ.

Tout le monde mange sur ce rap shit, c’est pas des salades! Encore une fois, comme avec la chanson de Lou Phelps, on y va dans la subtilité pour passer un message. Ce qu’Eman raconte dans le fond, c’est qu’il est vraiment for real quand il dit que tout le monde mange, c’est pas des blagues. Comme le rappeur de Québec a gardé ses bonnes habitudes de vendeur de weed, il ne flash pas son argent devant la caméra, sauf que si tu veux des preuves, va parler à son fiscaliste qui va te hook up avec les faits.

Un shoutout à Souldia aussi, qui drop un verse aussi sale qu’une loge après que les Dead Obies y soient passés. Parmi ses meilleurs bars : « Y avait d’la coke dins yeux, y’avait de l’héro dans le sang/Et de la sauce à spagat’ sur son gilet propre ». Un bel amalgame des Colocs et du mom’s spaghetti d’Eminem. Aussi, mention à la ligne : « Passe-Carreau se fait tatouer sur l’acide ». Word.

Izzy-S – SPLR 

« Dans nos coeurs c’est tellement noir que même Indiana Jones aurait peur d’y aller

Allez j’sens que les coups de feu sont partis, c’est fini la période pour parler »

Qu’on mette une chose au clair tout de suite : Indiana Jones n’a peur de rien. Si le patnè est allé dans un temple maudit se battre avec des Nazis, j’suis pas mal sûr qu’il aurait pas trop de problèmes à aller dans St-Michel pour checker le coeur d’Izzy-S et ses boys. Non mais, y a des limites quand même. Vous, vous avez juste des guns. Indy avait un gun ET un fouet. Donc, avantage Indiana Jones.

Cela étant dit, on apprécie le désir d’Izzy-S d’aller chercher dans les figures de style au lieu de faire comme bon nombre de ses camarades du street et d’y aller dans le premier degré. On attend des grosses choses du rappeur de l’est de Montréal, qui a survécu à une fusillade et qui depuis est sur une lancée remarquable. On pourra d’ailleurs le retrouver dans l’édition québécoise de la série vidéo Rentre dans le cercle du rappeur français Sofiane. On devrait peut-être consacrer une édition de Langue Sale à ce vidéo… j’dis ça comme ça.

Par contre, Izzy-S devrait peut-être écouter la chanson d’Alaclair plus haut et réfléchir à ses démonstrations d’opulence. Parce que si les street rappers vendent un mode de vie basé sur le gros cash et l’argent illégal, ils flashent aussi leurs avoirs devant tout le monde. Si on se fie aux paroles de Biggie – mo’ money, mo’ problems, pas surprenant que les gens cherchent du beef après le visionnement des clips de street rap… Surtout quand on est « sponsorisé par la rue ».

SHOUTOUTS :

Shoutout à Catboot qui nous sort Bûrlés, un gros hymne sur le GPF (Gros Pot Fort) juste avant la légalisation, en collaboration avec le jeune génie FouKi, sur une prod de Quiet Mike. C’est un bon track pour chiller ben relax sur le bord d’une piscine, et comme il nous reste deux-trois jours de chaleur estivale, c’est le temps d’en profiter!

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