Langue Sale : Tizzo est le vrai père Noël

Un résumé des verses de la semaine.

Nouvelle année, nouvelle Langue Sale! Cette semaine, Tizzo et Jeune Loup nous déstabilisent, Izzy-S signe un retour remarqué et Shreez continue à prouver son expertise dans le domaine de la frappe.

Tizzo – Windmill feat Jeune Loup

« Plug m’appelle il faut que j’bouge

Elle aime le français: Moulin Rouge

Mission Impossible comme Tom Cruise

J’ai la roche: vite et furieux »

C’est officiel: le collab de l’année 2019 dans le rap québ est atterri un peu dans dans le beurre le 25 décembre lorsque Tizzo a sorti Bonne Fouette, un EP qui suit dans la lignée des classiques estivaux du rappeur d’Ahuntsic comme Fouette Jean-Baptiste et Fouette St-Patrick. Sur Windmill, l’artiste est allé cherché Jeune Loup pour une association des plus déjantées. 

Lorsque j’ai entendu Windmill pour la première fois, j’ai été ramené à ma première écoute de Back sur le BS, la chanson qui a fait connaître Jeune Loup. Complètement déstabilisé, pris de court dans ce que je pensais comprendre du rap, j’ai vécu quelque chose de fort. Dans la voiture de mon frère dans le stationnement d’un centre d’achats de la rive nord de Montréal, j’ai viré sul top. Le mélange des univers des deux rappeurs est génial, parce que les deux y sont allés à fond, sans compromis et avec une fulgurance marquante. Si les deux compères auraient pu se contenter de poser chacun un couplet paresseux, ce n’est pas du tout le cas. Sur Windmill, Tizzo et Jeune Loup alternent les lignes, combinent leurs flows et leurs meilleurs punchlines comme la séquence citée plus haut. 

Les deux collègues avaient teasé cette collaboration quelques fois sur leurs réseaux sociaux mais n’avaient jamais annoncé de date pour sa sortie et c’est donc comme beau cadeau de Noël que les fans auront pu découvrir Windmill. J’espère qu’on aura droit à un clip pour cette chanson qui mérite d’exploser comme il se doit. 

Parce que si un jour le Québec devient souverain, Windmill devrait en être l’hymne national. En tout cas, j’aimerais que MON Québec soit défini par Windmill à partir de maintenant.

Izzy-S – Virgule

 « On répond aux imbéciles par le silence, on répond à la police par le silence

Arrête donc de mettre ton argent sur des putes, tu devrais commencer par gérer tes finances »

Ça faisait un moment qu’on avait pas eu de nouvelles d’Izzy-S et le rappeur de Saint-Michel est de retour en force avec Virgule, un bon banger produit par Alain, qu’on connait notamment grâce à ses productions pour Tizzo x Shreez. On a beaucoup parlé de la montée du street rap depuis deux ans, et Izzy-S a bien évidemment bien occupé ces conversations grâce à son excellent album Empire paru en 2018. 

Sauf que depuis un an, alors que les omniprésents Tizzo et Shreez, ainsi que le 5sang14, Mikezup ou encore Enima jouaient les têtes d’affiches (pas toujours pour les bonnes raisons), Izzy-S était en retrait, et avait même laissé entendre qu’il pourrait tirer sa révérence du rap jeu dans des stories Instagram. Il n’en est toutefois rien, et le rappeur semble plus inspiré que jamais sur ce nouveau single qui espérons-le, sera rapidement suivi d’un projet. 

Parce que dans un paysage rempli de personnages plus grands que nature, Izzy-S frappe par sa modestie, sa personnalité terre-à-terre et l’honnêteté qui transpire de sa musique. Contrairement à certains rappeurs qui sont pris dans la caricature, le rappeur ne cherche pas à imposer sa crédibilité mais commente plutôt sur son vécu et les gens qui l’entourent. Pas de vente de rêve, pas de glorification ou d’incitation à la violence, pas de misogynie malsaine, juste du vrai knowledge. Les rappeurs ont souvent été dépeints comme des journalistes de la rue et Izzy-S en est un exemple probant. 

Tout ça confirme encore une fois l’ampleur du mouvement street montréalais. Se côtoient des personnages comme Tizzo et Jeune Loup, et des raconteurs de la rue comme Izzy-S. Le game est en santé, et 2020 promet des sommets encore inexplorés pour le street rap montréalais. Le game est à vous, suffit de vouloir le prendre comme il est. 

Shreez – Sur la route

« Hier j’étais Guillaume, demain Mathias

Différents noms chaque fois que j’parais dans la place »

L’année s’est terminée en force du côté de Canicule Records, avec Shreez qui également offert un cadeau de Noël à ses fans le 25 décembre en présentant Sur la route, une nouvelle salve de trap aggressif comme le rappeur et son crew en ont le secret.

Ce qui est fascinant avec Shreez, c’est sa capacité à continuer à proposer de la musique mémorable tout en exploitant une seule thématique: la fraude. Ici, le rappeur présente ses alter ego Guillaume et Mathias, ses fronts du moment lorsqu’il prend avantage du système bancaire québécois. L’énergie de Shreez est toujours aussi unique et ses bars font toujours autant réagir; une combinaison gagnante pour le rappeur de Canicule Records.

En 2020, j’espère fort la suite de La vie gratuite, probablement mon mixtape préféré du street rap queb de la dernière année.

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