Germain Barre

Langue Sale  : Tizzo fait le tour des festivals

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, je vous parle de la montée en flèche du street rap dans l’industrie musicale queb et du dernier bon coup de Lary Kidd sur l’album de Loud. C’est parti!

Tizzo x Demon D.O.A. x Shreez —Que des facts

« Quand j’étais petit mon pire cauchemar à moi c’était de faire un oral *j’te jure!*

Le temps a passé j’pointe le mic j’entends une chorale *c’est fou!*

Sainte-Teresa, Metro Metro, Francos plus Mural *51trap!*

Poignet tornade pour le plug ma face dans l’journal »

Décidément, Tizzo et son crew ne s’arrêtent jamais. Deux mois après la sortie de Fouette St-Patrick, les boys sont back avec Flocon Zow, un nouveau tape où Tizzo et Shreez sont accompagnés par Demon D.O.A.. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas la faute de Flocon Zow si la température de ce début juin est plutôt glaciale…

Peu importe la météo, les gars ont encore frappé fort sur ce tape et on retrouve dans Que des facts un Tizzo qui semble pour la première fois être dans une position qui lui permet de comprendre l’ampleur de son succès. Ce n’est pas rien pour un street rapper comme lui que d’être graduellement accepté par l’industrie musicale, surtout quand on s’attarde au contenu de ses chansons. Il faut dire que la fraude, tant prisée par le crew de Canicule Records, est un crime sans violence, donc probablement plus facile à cosign. Justement, le fouetteur en chef sera partout cet été, comme il l’indique dans la partie citée plus haut. En plus, on le voit s’afficher avec les Loud et autres membres de Joyride Records. Le signe d’une signature à venir?

Dans tous les cas, l’envolée du rappeur d’Ahuntsic est historique pour le rap québécois. Désormais backé autant par le street que par l’industrie, il ne lui reste qu’à continuer de produire des projets de qualité afin de convaincre le reste du Québec de son talent, voire même convaincre la France. Parce que si certains de ses collègues de la rue ont des sons qui s’apparentent plus à celui de nos cousins français, le succès transatlantique de Loud a prouvé que les fans de rap de l’Hexagone ne cherchent pas nécessairement ce qui leur ressemble, mais plutôt de nouveaux sons qu’ils n’ont pas encore entendus. En plus, il est dur de trouver un endroit où le fouet est plus symbolique que dans le pays de la gastronomie. À suivre…

Montez le voluuuuuume!

Loud feat Lary Kidd—Off the grid

«Mes nouveaux Gucci slip-on, j’les surnomme Crocodile Dundee

Tu m’vois wild out à chaque gala comme si j’animais les Dundies»

Je vous ai déjà parlé de la qualité des paroles de Tout ça pour ça de Loud la semaine dernière, et j’hésitais à en reparler dans ma chronique cette semaine. Sauf que comme je cite plutôt Lary Kidd, ç’a rendu le tout plus acceptable. Sauf que…

Première confidence : Off the grid n’est vraiment pas ma chanson préférée sur Tout ça pour ça. Je trouve que le mixing est un peu off, surtout lorsque les « oh oh » du refrain arrivent très fort de nulle part et probablement placés là seulement pour que les basic people se regardent, et le scandent ensemble pendant les shows. Lors du premier concert de Loud au Centre Bell vendredi dernier, ça n’a pas vraiment marché. Dommage.

Deuxième confidence : la ligne citée plus haut de Lary Kidd est ma préférée de l’album. Peut-être parce que le style de Lary aide à marquer une rare pause des bars de Loud qui, bien que de qualité, n’offrent pas une énorme variété du côté de l’approche. Il faut dire, je suis aussi un grand fan de The Office et donc je suis un peu gagné d’avance lorsque je tombe sur une référence à la série culte. Ici, Lary arrive à faire un parallèle adroit entre sa tendance à get wild dans les galas de type ADISQ, et Michael Scott qui est incapable de s’empêcher de foutre la merde lorsqu’il anime les Dundies, le gala annuel de la compagnie qui l’emploie, Dunder Mifflin.

L’image est drôle, vive et parle aux jeunes comme aux moins jeunes. À défaut d’avoir la culture générale nécessaire pour comprendre les références de Lary à des concepteurs de mobilier et autres figures de l’élite artistique du dernier siècle, celle-là, je la comprends et je l’apprécie. C’est peut-être là que se trouve le secret de la réussite pour le jeune Lary Kidd : un mélange plus équilibré entre knowledge artistique inatteignable pour la masse et références bien ficelées à la culture pop. D’ici là, savourez votre succès à coups de Chinon et autres vins orange, c’est bien mérité.

White-B—Bye bye

« Fini les temps où j’trappais dans le telly

Maintenant j’suis connu partout dans le pays

Mais tu sais bien qu’on vient d’en bas

Mes pensées restent très sombres malgré qu’autour de moi pratiquement tout embellit »

On retrouve ici White-B sur Bye bye, le nouveau single issu de son EP Blacklist et probablement ma chanson préférée du projet. On a droit à un White Berretta qui rappe pour vrai, avec des bars et un flow agressif qui aide à mettre l’accent sur les paroles.

Surtout, le rappeur du 5Sang14 soulève une facette importante de la réussite de cette nouvelle vague du street rap queb : le succès ne change pas les personnalités ou les habitudes de vie. Ce n’est pas parce qu’un rappeur semble percer que ses problèmes disparaissent, ou que son passé s’efface. C’est peut-être aussi pour ça que les rappeurs de la scène street ont plus de mal à se conformer aux attentes de l’industrie : venant d’en bas, ils sont habitués à défendre chaque petit gain, chaque petite victoire comme si leur vie en dépendait. Confrontés à une industrie bien huilée, où ses acteurs ont des attentes, des standards, une façon de faire, il est parfois difficile de s’adapter.

C’est pourquoi la présence d’un groupe comme 5Sang14 aux Francos, avec leur propre show au MTelus de surcroît, c’est un truc historique qu’il ne faut surtout pas ignorer. À défaut d’avoir le savoir-faire de l’industrie, le street rap a la force du nombre, et on est finalement arrivés à un moment où les gens du milieu ne peuvent plus ignorer tout ça. Il était temps!

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